Lovely day, isn't it ?

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Le discours sans âme du professeur fut interrompu par la sonnerie et un soulagement général parcourut les élèves. Ils s'attelèrent à sortir, vidant la classe en un tour de main.

— Kier, jeune homme, reprit néanmoins la voix impérieuse. J'ai deux mots à vous dire.

Les derniers retardataires s'éclipsèrent, tandis que Kier ruminait, dessinant une tête-de-mort sur sa main avec le stylo-bille de sa voisine qui avait oublié de le récupérer. L'expression de son visage se déforma de dégoût à la pensée de se taper un sermon de la part de Monsieur Hochard. Il ne l'avait jamais apprécié. Il n'appréciait aucun adulte pour être honnête ; l'autorité était sa pire ennemie.

Ce fut à lenteur d'escargot qu'il se leva et se posta devant le pupitre principal, son sac raclant quasiment le sol. Nikita n'eut pas besoin de bouger quant à lui, il s'était assis en face, pour une raison qui lui échappait. Il n'avait même pas retiré sa veste et son bonnet, en plus de se comporter comme un extraterrestre.

Leurs regards se cherchèrent un instant, avant de se faire happer par la réprimande grinçante du professeur :

— C'est la dernière fois que je te reprends, Kier. Tu es insupportable ! Tu souhaites te faire expulser, c'est ça ? Parce que tu-

La main à peine levée de l'autre adolescent, inconnu au bataillon, le stoppa net dans sa tirade. Il croisa les bras sur son torse et le jaugea de haut en bas, avant de souffler longuement. L'explication décousue de Kier à leur arrivée lui revint en mémoire par bribes diffuses. Il pouvait bien leur donner le bénéfice du doute.

— Oui ?

L'étranger déglutit, se mordant la lèvre inférieure. Il contempla ses doigts sur la table, en prise à un dilemme cornélien. Après une réflexion interminable, il guigna en direction de son bon samaritain, debout à côté de lui. Son courage réapparut, semblait-il, et il bredouilla :

I... hmm... Keur help. Pas foute loui.

La mine de Monsieur Hochard se métamorphosa, tandis qu'il scannait tour à tour les deux individus avec un enthousiasme remis à neuf. Il se mit à rire, tout doucement.

Do you speak english, young boy ? le questionna-t-il. Why didn't you say anything ? You know this is an english class, right ?

Les pupilles de Kier roulèrent. Il n'y comprenait que dalle, mais vu le regard illuminé du professeur, il s'en foutait. Ce n'était pas une discussion à laquelle il avait envie de prendre part. Les conversations de comptoir ne l'intéressaient qu'à moitié.

Son protégé garda lui aussi le silence, apparemment gêné. De toute évidence, l'attention qu'il suscitait ne lui plaisait pas. Sa timidité allait finir par devenir légendaire à ce stade.

Cependant, l'adulte était loin de se décourager.

What's your name ? continua-t-il.

— Nikita.

À ce rythme, la journée allait être longue.

Monsieur Hochard se frotta le menton, songeur. Ses petits yeux de belette se rétrécirent ensuite en deux fentes. Il s'empara de ses lunettes au bord de la table et entreprit de fouiller dans ses papiers pour en sortir une feuille imprimée.

Fouineur, un certain cancre tenta de la lire du haut de sa discrétion : il s'agissait d'une liste où étaient réunies les informations personnelles des enseignants de l'établissement. Un rictus triomphant prit place sur ses lèvres d'ordinaire serrées. Ah, là, l'administration servait enfin à quelque chose ! Cette histoire allait se régler une bonne fois pour toutes, à son plus grand bonheur. Il avait mieux à faire que jouer au détective, surtout avec un moustique et un vieux grincheux dans les pattes.

Grincheux qui semblait avoir tourné — au moins — quinze fois sa langue dans sa bouche, avant d'avouer à demi-mot :

— Bon, Kier, tu as bien fait. Nikita ne m'a pas l'air très réactif aujourd'hui et je ne sais pas ce qu'il en serait advenu sans ton intervention. Je vais contacter mes collègues et voir si quelqu'un est au courant de son arrivée. Tu peux rentrer chez toi, mais que je ne te reprenne plus à insulter tes camarades ou tu peux faire une croix sur ton diplôme.

C'était peu dire.

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