Sac sur le dos, Kier lâcha un rire nerveux au milieu du trottoir, le regard rivé sur un bâtiment à l'allure délavée.
« Baisez. »
Il était livide et tentait désespérément de se donner une contenance, clope au bec. Cependant, rien n'y faisait. Il était mort de trouille, à tel point que ses jambes s'étaient transformées en spaghettis trop cuits, mais restaient indéniablement plantées devant la grille du foyer où vivaient Nikita et sa sœur, Win.
Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez lui, sérieux ? À quel moment sa stupidité avait surpassé sa couardise ? Et bordel, pourquoi ses pieds refusaient de bouger à cet instant précis ?
Tout ça, c'était la faute de Tuck. Il n'avait pas réussi à se sortir du crâne les mots crus du fouille-merde, ce midi. Après avoir refusé de lui donner le numéro tant convoité, il avait commencé à s'inquiéter lui aussi de l'absence du moustique. Il s'était retenu d'envoyer un message à ce dernier, mais son angoisse n'avait fait qu'augmenter en conséquence. Résultat : il avait séché son dernier cours pour se rendre directement aux nouvelles...
Saugrenu.
C'était le seul mot qui lui venait.
Fouineur et pris d'un mauvais pressentiment, il avait marché dans la direction opposée à son appartement, tout en sachant que venir frapper à la porte de celui qui l'ignorait actuellement était la pire idée du siècle. Pourtant, il n'avait pas tourné les talons une seule fois.
Ses yeux fuirent vers le sol, alors qu'il s'appliquait à ne pas trembler des doigts. Il essayait vraiment, mais sa cigarette chavirait tout de même à chaque fois qu'il la portait à ses lèvres. Il avait le malheur de se sentir vulnérable et il détestait ce sentiment, autant qu'il détestait être soumis par l'autorité.
Il ne pouvait pas se permettre d'être faible. Il n'avait pas été élevé ainsi. S'il voulait survivre, seul, il devait se montrer fort. Ça, tout ceci, c'était tout l'inverse de ce qu'il avait toujours été. C'était une erreur. Il ne pouvait pas.
Il n'irait pas.
— 'Tain ! s'énerva-t-il d'un coup, se mordant l'intérieur des joues.
Nikita le retranchait dans ses limites, sans même le savoir. Il agissait sur lui à la manière d'un aimant et faisait naître en lui des émotions qu'il était incapable de contrôler. Plus Kier y pensait, plus il cherchait une échappatoire à sa folie, et plus cette attraction grandissait en lui.
Il en était réduit à débarquer à l'improviste à son domicile ! La prochaine étape, ce serait de chanter la sérénade sous sa fenêtre ?
— Et merde !
Gagné par une montée d'adrénaline, il écrasa son mégot contre le couvercle d'un container public et traversa d'un souffle le parking jusqu'aux portes principales du foyer. Il déboula ensuite dans le hall d'entrée sans prêter la moindre attention au décor, cherchant activement un point de renseignement. Son œil fut aussitôt attiré par le panneau de l'accueil, affiché au-dessus d'une sorte de réception minimaliste. Il s'y dirigea et finit appuyé contre le bureau surélevé, avide de réponses.
Il tapa deux fois sur la sonnette, puis encore deux fois.
Un homme chauve à lunettes rondes, la trentaine, fit irruption par une porte de service et lui adressa des salutations chaleureuses. Kier perdit alors toute capacité de communication. Son visage se liquéfia, tandis qu'il serrait les poings sur la surface lisse du comptoir. Il flippait à nouveau.
— Je peux vous aider ? demanda gentiment l'employé. Vous cherchez quelque chose ?
Sa voix, incroyablement grave, agit comme un électrochoc sur l'adolescent. Il cligna des yeux à sa question, avant d'expirer subitement tout l'air comprimé dans ses poumons. Soudain, tout lui parut clair.
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Pot de Colle
Novela JuvenilKier détestait le système scolaire et surtout ses professeurs. Pour échapper à leur tyrannie, il trouvait toujours le moyen de se faire renvoyer de son dernier cours de la journée, histoire de gratter quelques minutes d'impunité sans se préoccuper d...
