Ils ne parlaient peut-être pas la même langue, un océan ou même dix devaient sûrement les séparer, mais leurs fronts l'un contre l'autre, leurs souffles saccadés, leurs regards brillants, leurs sourires béats et stupides ne pouvaient signifier qu'une chose : ils partageaient les mêmes sentiments.
Ce langage-là était universel.
— Hm, les gars ?
Tuck s'éclaircit la gorge, les sortant de leur transe. Les paupières de Kier papillonnèrent et il relâcha son étreinte sur le petit corps frêle qui se collait à lui. Il venait d'embrasser Nikita devant toute une bande d'inconnus et... il avait adoré ça.
— Tuck, go away, grinça une voix rauque posée contre son cou. Je souis occoupé.
Ils dévisagèrent tous la demi-portion avec un certain étonnement et le torse de Kier se gonfla de fierté en comprenant sa phrase. Il passa une main dans ses cheveux noirs en signe d'approbation, les massant avec délicatesse. C'est ça, casse-toi, Tuck !
L'adolescent en question leva les mains en l'air.
— J'dis ça pour vous moi. Y'a Monsieur Hochard qui arrive comme une furie dans le hall.
Le sang de Kier ne fit qu'un tour. Il l'avait complètement oublié celui-là.
Il décida de suivre sa pire idée de la journée et attrapa la main glacée de Nikita pour le tirer à sa suite. Le garçon se laissa faire, les lèvres gonflées. Il le contemplait comme la huitième merveille du monde.
— Putain, t'es beaucoup trop mignon !
Cette confession fit éclater de rire leurs jeunes spectateurs.
Trop pressé pour s'en soucier, Kier s'écarta du groupe sans lâcher les doigts fins en sa possession. Le duo se mit alors à courir jusqu'aux escaliers de la cour et les dévala quatre à quatre sous les exclamations du professeur et des autres étudiants. Quand ils furent à l'angle du bâtiment, leurs pas ralentirent. Ils finirent par s'arrêter dans une ruelle adjacente, entre deux terrasses à café.
Le moustique avait du mal à reprendre son souffle.
— Ça va ? s'en alarma aussitôt l'autre.
En guise de démonstration, Nikita le plaqua contre le mur sans prévenir. Une force colossale se dégageait de tout son corps et cela augmenta la surprise de Kier, qui ne put qu'admirer la beauté de ses yeux. Leur brutalité subite. Leur noirceur incomparable.
Son assurance à tomber par terre.
— You push people away, that's your thing, déclara-t-il brusquement. Not because they're not good enough for you, but because you think you're not good enough for them. You're scared they will leave when they get to know you. You're terrified, actually. I can see it in your eyes. You're desperate to be loved. And I do, sorta. When I arrived, I needed someone to be there for me. You were. You still are. It's just... Don't overthink it ! Enjoy it while it lasts, alright ? It's okay if it's not meant to be forever. We're okay, now.
Son interlocuteur le fixa avec toute l'incompréhension du monde. Nikita sourit, avant de secouer la tête. Ses paupières se fermèrent une fraction de seconde. Puis, il les rouvrit lentement.
— Tu as une... repoutazon, résuma-t-il.
Kier eut un rictus amusé. Il égara ses doigts sur la taille de son inconnu du banc et l'enlaça. Il aurait voulu que ce moment ne s'arrête jamais. Leur nouvelle proximité lui donnait des ailes.
— Yep, confirma-t-il sans être le moins du monde affecté. Ça t'dérange ? You.. don't like ?
L'intéressé haussa les épaules. Apparemment, il s'en foutait. Tant mieux. Ce n'était pas le genre de Kier d'aimer les mecs à caprices, même si pour celui-ci, la question ne se posait plus ; il avait fallu la simple apparition de ce moustique pour bousculer toutes ses convictions.
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Pot de Colle
Novela JuvenilKier détestait le système scolaire et surtout ses professeurs. Pour échapper à leur tyrannie, il trouvait toujours le moyen de se faire renvoyer de son dernier cours de la journée, histoire de gratter quelques minutes d'impunité sans se préoccuper d...
