Chapitre 35

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J'ai longtemps hésité avant d'accepter de venir. J'étais vraiment prêt à dire non pour moi et à laisser Valerio profiter de sa soirée avec sa pote, que j'allais de toute évidence gâcher avec ma « mauvaise humeur ». Sincèrement, j'étais prêt à ravaler ma... mon agacement, mais il faut croire que je n'y ai pas mis beaucoup de conviction puisque j'ai changé d'avis.

En plus, il aurait vraiment été tout seul. D'une, ça ne se fait pas de laisser son pote, et de deux j'aurais passé à une soirée de merde à me demander ce qu'il ferait pendant que je regarderais Intervilles avec mes parents.

Une sonnette me fait tourner la tête, alors que je remonte l'allée jusqu'au bungalow, et Valerio me dépasse avec mon vélo. Depuis la saucée de la semaine dernière, il le prend pour aller au lac, car c'est plus rapide pour rentrer en cas d'averse. Plus rapide tout court, d'ailleurs.

Il m'offre un large sourire, et je l'imite naturellement.

— Hey, Valeeerio !

— Valentiiino, prêt pour ce soir ?

— J'ai trop hâte, dis-je sans feindre le moindre enthousiasme.

— Oh, allez, ça va être marrant.

Il se gare à côté de la Peugeot, et nous grimpons les marches de la terrasse côte à côte. En réalité, j'aurais bien aimé qu'on passe la soirée juste tous les deux. Ma cousine arrive demain, et on va être tout le temps avec elle. Quelque part, je suis un peu soulagé car la présence de Laura va me distraire de mes pensées.

Nous dînons avec mes parents, puis sortons sans eux. Depuis qu'ils ont compris que je ne me présenterais jamais à l'élection Mister Camping, ils ont cessé de s'y intéresser.

Alors que nous patientons assis sur les marches, le temps que Nadia nous rejoigne, Valerio me donne un coup de coude.

— Sois gentil avec elle.

— Je vais essayer.

Il pose sa tête sur mon épaule en riant, n'en croyant pas un mot.

— En vrai, t'as aucune raison de la détester...

— T'as l'air bien sûr de toi.

— Je sais que t'as peur que je sorte avec elle et que je te laisse tomber, affirme-t-il.

Je me crispe, car même si on en a déjà parlé, je me sens exposé. Il incline légèrement la tête, faisant ainsi reposer son menton sur mon épaule. Son souffle chatouille ma gorge, et je déglutis quand il me dit :

— Et ça n'arrivera pas, parce que ce ne sera jamais la même chose.

— Parce je suis ton meilleur ami, et que ça n'a rien à voir avec une petite amie ? avancé-je, tout en jaugeant l'effet que mes propres paroles ont sur moi.

Celles-ci ont un goût amer, ce qui a le don de m'inquiéter.

— Mmh...

— Quoi, mmh ?

Il se décolle de moi, et je le dévisage, attendant qu'il développe.

— Pas exactement, non.

Il parle lentement, comme si lui aussi jaugeait l'impact de ses mots. Sur moi ou sur lui-même, ou peut-être que je me fais des idées et que j'interprète n'importe quoi.

— Ça veut dire quoi ? insisté-je.

— Qu'elle ne sera jamais plus importante que toi, conclut-il rapidement avant de frapper ma cuisse en se levant.

Du coin de l'œil, j'aperçois Nadia qui se dirige vers nous, dans une robe rose fuchsia. Enfin je crois, je n'y connais rien en couleurs. Surtout en rose.

W [EN PAUSE] Où les histoires vivent. Découvrez maintenant