Nerveux, j'enfonce les mains dans mes poches en entrant dans le bungalow à la suite de mes parents. J'ai préparé ma tirade, j'aimerais dire que je suis prêt à tout encaisser et à retourner la situation, mais si je suis tout à fait honnête j'ai juste envie de vomir.
— C'est la dernière fois que tu nous fais un coup pareil ! m'avertit maman en pointant un doigt menaçant sur moi.
Derrière elle, mon père est adossé au placard soutenant la petite télévision, et il me toise avec lassitude.
La réponse logique à son avertissement serait des excuses, mais je ne m'attendais pas à ça.
— Quoi ?
Les poings sur les hanches, elle a des éclairs dans les yeux et je me sens tout petit sous son regard.
— Quoi ? Comment ça, quoi ? Tu te fiches de nous ?
— Je...
— Je conçois qu'à votre âge vous n'ayez plus envie de passer du temps avec nous, c'est normal, on est des parents, vous êtes des ados, les sorties ensemble, c'est barbant. Mais le manque de respect, ce n'est pas à cela que nous t'avons éduqué, jeune homme.
— Pardon... bredouillé-je.
— La moindre des choses, c'est d'en discuter, et non de filer comme des voleurs au petit matin, sans même prendre la peine de...
— J'ai laissé un mot, me défends-je.
— Valentin, me coupe papa.
— Sans même prendre la peine de partir avec son téléphone, reprend ma mère, furieuse.
Ah. C'est donc ça.
— Depuis hier soir, vous n'en faites qu'à votre tête ! Vous partez sans prévenir, on ne sait même pas où vous êtes, pas moyen de vous joindre, et ce matin vous nous faites le même coup. Avez-vous seulement la moindre idée du souci que vous nous causez ?
— Désolé maman...
— Alors c'est bien, de s'excuser, mais il s'agirait de ne plus recommencer.
— Depuis le début de l'été c'est comme ça, souligne mon père. Vous êtes toujours fourrés on ne sait où, sans vos portables. Tu sais combien coûte un forfait mobile ? S'il ne te sert à rien, autant le résilier !
— Oh non, papa !
— On est très sérieux, Valentin. Dans quelques semaines, tu quittes la maison. Il est hors de question qu'on te laisse partir si on doit constamment se demander où et avec qui tu es si tu ne réponds pas au téléphone.
— Mais ce sera pas pareil...
— Ah oui ? Et pourquoi ? Ici, là-bas, ou à la maison, c'est pareil, Valentin. Tu es peut-être majeur, mais tant que tu vis sous notre toit, la moindre des choses est de rester joignable. Nadège était morte d'inquiétude quand elle venue frapper à la porte ce matin.
— Ah...
— Oui, ah. Je sais que vous êtes les meilleurs amis du monde et que vous avez tendance à oublier le reste de la population quand vous êtes ensemble, mais il s'agirait de ne pas penser qu'à vous.
— Désolé, murmuré-je une fois de plus.
— Sans compter que Nadège et Francis sont venus passer leurs vacances ici pour être avec leur fils, renchérit papa. Alors pense aussi à eux, avant d'embarquer ton ami pour filer à l'anglaise pendant son jour de repos, qu'ils pourraient passer ensemble.
Merde, je me sens vraiment comme le dernier des idiots. Pas une seule seconde je n'ai pensé à eux. Je n'ai pensé qu'à moi, et à Valerio. Quel abruti.

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W [EN PAUSE]
RomanceBienvenue au camping « À la belle étoile » Ce panneau, Valentin l'a déjà vu un million de fois. En exagérant à peine. Chaque année, c'est là-bas qu'il se rend avec ses parents, où ces derniers ont acheté un mobil home pour goûter la tranquillité de...