Durant une de ses missions pour sa famille, Monroe Saphir se retrouve confrontée à un complot qu'elle n'aurait jamais imaginé possible. Si elle n'agit pas rapidement, la maison Saphir pourrait s'effondrer et Monroe ne laissera pas cette tragédie se...
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La lune est maintenant haute dans le ciel. Voilà une heure que j'ai repris mes esprits et pourtant je n'ai aucune nouvelle d'Ameer. Néanmoins, je reconnais la chambre où je suis car ce n'est pas la première fois que je l'utilise.
A mon réveil, Ameer avait laissé une robe à côté de mon lit avec pour instruction de prendre une bonne douche. Heureusement, il a opté pour une robe bleue qui me convient mieux que celle de la dernière fois. Alors, je me suis lavée et posée sur le balcon pour essayer de me détendre. Ce n'est pas une très grande réussite, leurs visages remplissent mes pensées à chaque instant et je sens encore leur sang sur mon corps. Au final, Elisy avait raison sur un point, ma mère continue de me contrôler même sans le vouloir.
- Déjà réveillée ?
Accoudé à la porte, Ameer m'observe comme si j'étais du cristal qui menaçait de se briser.
- Sachez que je vais beaucoup mieux, je ne veux pas de votre pitié.
- Loin de moi cette idée ! Je sais très bien que tu es une femme forte. Seulement, ce que tu as vécu hier a dû être compliqué, même pour une personne telle que toi. Tu veux en parler ?
Me remémorer la veille est bien la dernière chose à laquelle je veux penser, et pourtant je lui dois bien ma vie, même si cela reste dur à admettre.
- C'est une forme d'illusion que ma mère m'a transmise il y a quelques années. Seulement, ce n'est pas comme devenir invisible ou créer des papillons, celle-ci est mortelle. Lorsque l'on utilise cette force, elle te possède entièrement. Tu deviens une personne violente et sans aucune limite. D'abord, le seul signe visible est tes yeux qui deviennent complètement bleus et c'est à ce moment là que la colère t'envahit mais quand elle est à son stade maximum, elle provoque chez la victime une folie pure qui se finit en suicide pour la plupart ou pour d'autres en crise cardiaque. Elle montre aux gens leur plus grande peur et les enferme dans une boucle de terreur. Un peu comme le pouvoir d'Elisy sauf qu'elle ne peut faire revivre que des choses qui se sont déjà passées alors que cette monstruosité n'a aucune limite. C'est la technique secrète de ma mère, un atout d'après elle qui permettra à ma lignée de survivre parmi les autres maisons. Elle me l'a « offerte » lorsque j'avais huit ans et j'ai dû vite comprendre le danger qu'il représente.
Je savais que j'arriverai à ce moment. Je m'en rappelle comme si c'était hier : les cris, les larmes, les supplications, et enfin le silence.
J'avais alors entendu une voix semblable à ma mère me dire : « regarde ce que l'on peut faire toi et moi, ensemble nous serons invincibles ».
- Enfin, je reprends, depuis j'essaye de me contrôler et un accident de la sorte ne s'est pas reproduit jusqu'à hier. J'ai tué tellement d'innocents... c'est un miracle que le monstre ne soit pas totalement sorti.
- Non Ro, ce n'en est pas un.
Son regard ne dégage en effet aucune pitié, seulement de la compréhension et de l'empathie. Une seule personne m'avait déjà regardé de la sorte, ça m'avait plus manqué que je ne l'imaginais.
- Tu n'es plus seule, ajoute-il. Je suis là et je promets de rester avec toi pour te calmer si tu te retrouves dans des situations similaires.
- Et si vous n'y arrivez pas, je riposte. Si ma colère est trop grande et si je vous blesse par mégarde ou pire, si je vous tuais.
- Alors je te soutiendrai jusqu'à ce que tu ailles mieux et tant pis si ça m'est fatal tant que j'ai fait de mon mieux. Tu as mis beaucoup trop de temps à demander mon aide, je ne te laisserai pas tomber de si tôt.
Quel beau parleur à me servir des promesses sur un plateau. Et pourtant, j'ai envie d'y croire.
- Lève-toi, il lance.
- Excusez-moi ?
- Je veux te montrer un endroit qui m'aide à me détendre.
- Je viens de passer plus d'une journée hors de chez moi et s'il y a une chance pour qu'Elisy n'ait rien dit à ma mère, alors je dois rentrer au plus vite.
- Mais on est en plein milieu de la nuit ! Crois-moi si elle s'était inquiétée, une patrouille entière serait déjà à ta recherche. Ou alors, aurais-tu peur de moi ?
- Ce mot n'est pas dans mon vocabulaire.
Je prends alors la main qu'il me tend. Il a raison, ma mère n'a sûrement pas remarqué ma disparition alors autant en profiter. Il me conduit à travers sa maison vide et s'arrête dans un jardin se trouvant au centre de la maison qui doit faire jalouser plus d'un.
Il doit y être planté des milliers de plantes diverses qui s'illuminent dans la nuit dans des tons toujours verts. Les dizaines de fontaines qui chatoient sous le reflet de la lune rendent le décor tout bonnement magique. Puis, il y a ce kiosque à toit ouvert qui parait simple dans cette place de magie mais c'est ce qui le rend parfait pour moi, il brille à sa façon.
- Je ne savais pas que les Émeraude possédaient une si grande fortune et nous ne sommes même pas dans le domaine principal, je comprends pourquoi ma mère convoite tant votre richesse.
- En fait, c'est mon domicile privé. En quelque sorte, c'est mon jardin personnel. Ici, personne ne me dérange, il n'y a aucun domestique dans mes pattes et aucun membre de la noblesse pour me dire quoi faire ou ne pas faire, personne n'attend rien de moi. Il m'arrive d'envier les humains parfois. Bien-sûr ils ne connaissent pas le plaisir de manger à leur faim, leur vies sont plutôt misérables et pourtant... à chaque fois que je descends pour les observer, ils ont l'air bien plus joyeux que nous.
- Je n'y ai jamais réfléchi, ma mère me dit toujours que ceux qui vivent en bas sont des pauvres barbares qui nous tourneront le dos dès que l'on montrera des signes de faiblesse, mais c'est aussi elle qui m'a inculqué les bonnes raisons de commettre un meurtre donc je me méfie de ses paroles.
- A-t-elle toujours été si dure envers toi ?
- D'aussi longtemps que je me souvienne, oui. Après tout, une femme sensée n'enfermerait pas un monstre dans le corps de sa fille en espérant qu'elle en devienne un également. J'essaye de lâcher un petit rire ironique mais le cœur n'y est pas. J'aimerais tant ne plus jamais avoir à la revoir.
- Et la vôtre ? je reprends pour changer de sujet.
- Eh bien, elle est d'un naturel doux, aimable, calme et généreux mais le pouvoir la rend de temps en temps... hystérique. Ses crises sont assez espacées les unes des autres mais elles sont suffisamment fréquentes pour m'avoir poussé à développer mes pouvoirs à un âge précoce et à me concentrer sur les cœurs. Désormais, tant que je ne reste pas éloigné d'elle trop longtemps, je peux rapidement l'apaiser et tout rentre dans l'ordre.
- Je n'en savais rien. J'imagine que cet endroit est aussi un moyen de t'éloigner d'elle et de toute cette pression.
- Je l'aime évidemment mais, il semble réfléchir un instant avant de continuer, oui c'est totalement ça.
- Lorsque l'on aura fini notre mission, je déclare, nous reconstruira un monde où personne n'aura à gérer de telles responsabilités à un si jeune âge.
- Nous ?
- Oui pourquoi pas ? Nous formons une équipe.
Je ne sais pas comment je dois interpréter son rire, je suis plus que sérieuse et même si personne n'y croit, je le ferai.
- C'est d'accord, il répond, nous le ferons. Mais avant, ça te dirait d'aller jouer les fouineurs?