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  - Debout là-dedans

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- Debout là-dedans.

- Il est quelle heure ? je marmonne dans mes couvertures.

- Quatre heures de l'après-midi.

Je me lève en sursaut cognant le tête d'Ameer au passage.

- Vraiment ?

- Oui vraiment, il grogne en se frottant le crâne. Je n'ai pas osé te réveiller mais je t'avais promis quelque chose.

- Je suis désolée, je suis restée éveillée tard et...

On est lundi. Ameer n'a pas l'air inquiet, ce qui veut dire que ma mère n'a pas attaqué les Émeraude. Les dieux soient loués, nous sommes sauvés.
 
- J'ai fait venir une tenue pour toi, il faut que tu te prépares.
 
Je m'empresse de le faire après qu'il ait quitté la chambre, et m'apprête aussi joliment que possible.
 
- C'est bon, tu peux rentrer, je lance à travers la porte.
 
Je m'attendais à un compliment de sa part mais il m'étudie de haut en bas, la mine froissée.
  
- Ah ! Je sais ce qu'il manque, il déclare.
 
Il s'approche de la commode et attrape au passage un rouge à lèvre écarlate.

- Ouvre la bouche.
 
Je m'exécute et il applique la couleur sur mes lèvres.
 
- Tu sais qu'il y a un miroir ?
 
- Chut !
 
Il est si concentré dans son geste. Me tenant délicatement le menton, il effectue des
petits allers-retours de gauche à droite en faisant de légers mouvements de rotation. Je ne suis pas très convaincue de sa technique mais son visage s'illumine donc ça ne doit pas être trop mal.
 
- Parfait !
Je me regarde dans le miroir et me rends compte qu'il n'a pas tort, ce n'est pas mal du tout.
 
Je prends son bras et il m'emmène vers la salle de danse remplie de nourriture et de boissons diverses.
 
- Ton sommeil prolongé m'a été quelque peu utile en fait.
 
La salle de bal est plus que magnifique mais quelque chose me dit que les cartons disposés au fond de la pièce ne sont pas moins intéressants.
 
- Je peux les ouvrir ? Je demande.
 
- Fais comme chez toi.
 
A l'intérieur, une multitude de décorations diverses et variées, de petites et grandes tailles y sont disposées. Des babioles bleues.
 
- Es-tu prête à décorer notre maison ? il continue.
 
Un verre de champagne à la main, on déballe tout et on replace les objets un peu partout dans la maison. Le papier-peint et la peinture restent verts mais l'ambiance de la maison a quand même changé en quelque chose de jamais vu. Si les Iris l'apprenaient, ils ne s'en remettraient pas. Mais nous, on est bien dans notre maison et il me fait tourbillonner à chaque pièce que je traverse.
 
Une fois fini, il me ressert une coupe et déclare haut et fort :
 
- À notre chez nous et à notre futur !
 
Je reprends ses paroles et me viens à imaginer notre vie ici dans plusieurs années : les fêtes que l'on organisera à chaque occasion et les esprits des autres Iris que l'on fera évoluer. Cette vie est à portée de mes mains, je ne vais certainement pas la laisser passer.
 
- À quoi est sensé servir ceci ? je demande en montrant deux feuilles de papier de couleur verte et bleue qui sont étendues à même le sol.
 
- Je vais te montrer.
 
Il prend celle de couleur verte et commence à la faire tournicoter dans tous les sens jusqu'à former une belle boucle.
 
- C'est ma mère qui m'a appris ça quand... elle allait encore bien. A force d'exercer, je suis arrivé à ce résultat.
 
C'est vrai que je l'ai déjà vu porter ce style de bague, à l'enterrement de Robert et Grace je crois.
 
Soudain, il me regarde dans les yeux, comme s'il n'est pas sûr de ce qu'il va faire, et me tend la bague qu'il vient de créer.
 
- Monroe Saphir, il commence, Ro... Veux-tu bien être ma femme pour le restant de notre vie ?
 
Il me faut un temps pour comprendre cette information. Mais nous sommes de simples enfants, forcés tous deux à rentrer dans la cour des grands. Cela peut sembler stupide pour certaines personnes mais je n'en ai que faire, ils ne m'empêcheront pas de vivre.

- Jusqu'à ce que la mort nous sépare, je récite le sourire aux lèvres, oui.
 
Il enlève mon gant et dispose la bague dans mon annulaire droit, elle est un peu grande mais elle reste parfaite.
 
Je saisis l'autre bout de papier et commence à imiter ses gestes du mieux que je peux. Ce n'est pas le même résultat mais ça fera l'affaire.
 
- Je nous déclare, je lance en lui enserrant la bague, mari et femme.
 
Il me prend dans ses bras et m'embrasse encore une fois alors que le monde s'arrête. Je trouve tout le réconfort dont j'ai besoin dans ses bras, il a ce pouvoir en moi.
 
La soirée passe, les verres s'enchaînent, et nous sommes toujours debout comme deux enfants qui refusent de se coucher. Enfin, je ne pense pas que les gamins ressentent ce mal de tête.
 
- Comment va Dalyna ? je le questionne.
 
- Elle est en pleine santé, ma mère reste souvent auprès d'elle. Elle n'a pas l'air d'avoir fait de trop grosse crise depuis sa naissance alors c'est un soulagement pour moi aussi. Cet enfant a apporté tant de bonheur dans nos vies, je n'aurais jamais cru ça possible.
 
- Ça fait longtemps que ta mère a débloqué sa bipolarité ?
 
- J'ai des souvenirs où tout allait bien mais durant une grande partie de ma vie, elle était comme ça. C'est apparu il y a dix an, pendant la chute des Diamant, là où tout a basculé.
 
- Lorsque qu'elle est morte...
 
- Tu parles d'Enorama, n'est-ce pas ? La mère d'Elisy, ta tante.
 
Je hoche la tête mais je ne rajoute pas un mot, la blessure ne s'est pas encore totalement refermée.
 
- L'affaire a été bouclée mais des rumeurs ont circulé...
 
- Elles disent vrai pour une fois, je l'ai tué alors qu'elle n'avait rien fait de mal, par pure excès de colère.
 
- Tu n'es pas obligé de tout m'expliquer, je peux attendre.
 
Son regard n'a pas changé lorsqu'il me regarde, il a toujours cette étincelle et je ne perçois aucun jugement. Je crois que je m'endors à petit souffle dans ses bras confortables.
 
- Fais de beaux rêves Ro, il me chuchote au creux de l'oreille.
 
Je m'endors avec cette dernière vision de calme et de tendresse.

SaphirOù les histoires vivent. Découvrez maintenant