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Parfois, je me demandais ce que j'aurais pu faire dans la vie. Si mon destin avait été un peu plus optimiste en quelque sorte. Est-ce que j'aurais eu un beau métier ? Peut-être que j'aurais vécu une reconversion professionnelle à 50 ans et qu'on m'aurait appelé « l'homme sans limite ». Est-ce que la perspective et l'envie d'enfant m'auraient poussé vers les femmes ? Est-ce que c'était l'approche de la mort qui m'avait poussé dans les premiers bras qui m'étaient tombés sous la main, en l'occurrence ceux de Felix ? Aucune idée.

Ou peut-être que l'absence de contrainte me laissait enfin être moi-même, que j'aimais réellement les hommes et en particulier, mon cher voisin ? Je n'en savais pas plus.

En tout cas, j'éprouvais une réelle attirance envers lui et plus les jours passaient, plus j'avais envie de combattre la douleur grandissante dans mon crâne pour aller me poser sur le banc à ses côtés tandis que nos mains étaient discrètement enlacées.

Quand ce n'était pas pour Felix, j'avouais avoir du mal à sortir de mon lit. Dongsun continuait de m'approvisionner en anti douleurs super puissants alors je tenais les semaines plutôt bien mais quand les effets se dissipaient, la douleur se vengeait en redoublant d'effort à chaque fois. De plus, l'énorme fatigue qui m'accablait chaque jour m'empêchait parfois même de pouvoir me lever. Fort heureusement, mes parents travaillaient et Dongsun, qui s'occupait de Junghyeong, ne m'adressait pratiquement plus la parole. C'était stupide, pourquoi ne pas profiter de nos derniers mois ?

Voilà un mois que j'avais atterri ici, j'étais bien. J'avais embrassé Felix, passé du temps avec mon neveu et mes parents, profité de la plage mais uniquement la nuit, lorsqu'il fait frais et que Felix était avec moi.

- Changbin, on passe à table, me prévint ma soeur en ouvrant la porte pour ne laisser passer que sa tête. Tu veux manger ?

- J'arrive... J'avais marmonné en ouvrant difficilement les yeux.

Ma soeur ne s'était pas plus attardée, j'avais pourtant besoin de lui parler. De discuter de cette situation. De ses yeux gonflés et rouges chaque matin, pourquoi elle était sans arrêt dans la lune. J'avais ma petite idée de pourquoi mais je voulais qu'on en discute.

J'avais choisi de mourir doucement et naturellement, je comprenais son désarroi mais c'était ce que je voulais. J'avais passé ma vie à suivre les procédures, à faire ce qui est bien, à m'enfermer dans ma cage. Toute ma vie était parfaitement rythmée, chaque jour la même routine. Mais depuis que je suis malade, ou du moins que je le sais, j'ai l'impression de comprendre ce qu'est être heureux ou triste. C'était des sensations étranges mais tellement agréables. Je ne regrettais pas mon choix, j'étais de toute façon condamné. Je n'avais aucune raison de vouloir continuer à vivre si j'allais mourir aussi vite. Autant en finir rapidement.

Au moins, j'allais pleinement profiter de mes derniers mois, c'était tout ce que je voulais. Vivre sans aucune contrainte, comme je le souhaitais réellement.

Lorsque je m'étais assis autour de la table, mes parents avaient commencé à discuter de choses et d'autres, des trucs dont honnêtement je n'en avais rien à faire mais je m'efforçais à écouter et répondre pour participer, discuter avec eux, entendre le son de leurs voix. Junghyeong de temps à autre voulait discuter également mais c'était limité et surtout sa mère l'obligeait à terminer son assiette dans les temps pour ne pas y passer la soirée.

Ça aurait été cool que Felix soit là, je me disais. On aurait pu parler avec lui, j'aurais pu entendre le son de sa voix, voir son sourire et sentir la chaleur nos mains ensemble. Puis avec un peu de chance, il m'aurait autorisé un nouveau baiser si on était bien caché.

Pourquoi pas maintenant ? Et qu'est-ce qui m'empêchait d'aller le voir tout de suite ? Juste passer un moment tous les deux sur la plage, le soleil se couchait juste, ça sera agréable. Puis on pourra discuter, de tout et de rien comme d'habitude s'il le veut, ou alors de ce qui compte. Je pourrais l'entendre rigoler à cause de mes blagues idiotes, ou parce qu'il est gêné.

REGARDE MOI. changlixWhere stories live. Discover now