● Chapitre 4

286 15 5
                                        

Nalia ouvrit difficilement les yeux lorsqu'une odeur nauséabonde lui monta au nez. L'air était chargé d'une humidité poisseuse, mêlée à une odeur de moisissure et de sang ancien. Dans le noir, elle ne savait plus où elle se trouvait et examina tout autour d'elle pour trouver un fil de lumière, une étincelle qui pourrait lui permettre de mettre un nom sur cet endroit et, peut-être, comprendre dans quel cauchemar elle était tombée.

Chaque mouvement lui arracha un gémissement de douleur. Elle tenta de ramener ses mains à son visage, mais un bruit métallique la figea : les menottes lui brûlaient les poignets et elle était vulgairement attachée contre un mur. Ses mains, écartées de chaque côté de sa tête, étaient suspendues au-dessus du sol, le béton froid mordant sa peau à travers ses vêtements déchirés. Son corps entier tremblait de froid et de peur. La panique lui noua l'estomac lorsqu'elle réalisa qu'elle se trouvait sûrement dans une prison, une cellule sans issue. Le cliquetis des grilles qui s'ouvraient confirma son effroi.

Tremblante de la tête aux pieds, elle vit son bourreau entrer, suivi du même homme qu'avant. Une lumière crue éclata dans la pièce, lui brûlant les yeux et lui arrachant un frisson. Elle les referma un instant, puis les rouvrit très lentement, laissant ses yeux s'habituer à la clarté de la pièce.

La vision enfin nette, elle put observer son environnement et un sanglot lui échappa. La cellule était infestée de rats, certains vivants, d'autres morts. Du sang récent et séché recouvrait le sol et les murs, et l'air sentait le fer et la putréfaction. Elle n'était qu'en sous-vêtements, et ses cicatrices, anciennes et récentes, semblaient crier sous la lumière crue, accentuant son désespoir. Les toiles d'araignées pendaient de chaque recoin, comme si elles avaient été tissées pour enfermer ses souffrances.

- La belle au bois dormant s'est enfin réveillée, dit son père en s'approchant d'elle, un sourire cruel aux lèvres.

- Qu'est-ce que je fais là ? murmura Nalia, sa voix tremblante et faible. Sa gorge était sèche, chaque déglutition lui arrachant une douleur brûlante. Elle n'avait pas mangé depuis une semaine et sentit ses côtes se dessiner sous sa peau amaigrie.

- Mais enfin, t'as déjà oublié, princesse ? renchérit son père, caressant son ventre froid.

Nalia eut envie de vomir. Elle regretta amèrement de ne pas avoir mis fin à ses jours lorsque l'occasion s'était présentée.

- Lâchez-moi ! Ne me touchez pas ! cria-t-elle, tirant sur les menottes avec un espoir fou qu'elles cèdent.

L'autre homme, silencieux jusqu'ici, s'approcha et tourna autour d'elle comme un prédateur évaluant sa proie. La peur lui glaça les veines. Dans un élan désespéré, Nalia leva sa jambe et frappa de toutes ses forces son père à la tête. Il perdit l'équilibre et tomba à terre, surpris, ses yeux écarquillés par l'incrédulité. Elle sentit un bref soulagement, vite remplacé par la terreur lorsqu'elle vit les deux hommes s'avancer de nouveau, cette fois armés de fouets.

- Ça t'apprendra, salope, à frapper celui qui t'a élevée toutes ces années ! hurla son père, fouettant son ventre.

Chaque coup lui arracha un cri déchirant. Les coups pleuvaient sur son corps meurtri, déjà à bout, et la douleur s'insinuait dans chaque muscle, chaque articulation. Elle était au bord de l'évanouissement. Son corps ne ressemblait plus à rien, et elle espérait, intérieurement, que cette violence l'emporterait enfin. Mais son père ne semblait pas prêt à la laisser mourir ; il voulait qu'elle souffre pleinement, qu'elle sente chaque instant de douleur, prolongé et cruel.

Au début, Nalia avait cru que la violence de son père n'existait que lorsqu'il était ivre, espérant secrètement qu'il redevienne un jour ce père aimant et protecteur qu'elle n'avait jamais eu. Hélas, la réalité l'avait rattrapée. Elle s'en souvenait parfaitement : un matin, il avait surgi dans sa chambre, furieux, l'accusant d'avoir vomi, et l'avait battue sans aucune raison.

Elle ferma les yeux, acceptant une fois de plus son sort. Elle était convaincue qu'elle le méritait. Après tout... elle avait tué sa mère. Cette pensée lui tournait en boucle dans la tête, lui broyant le cœur. Elle se sentait coupable, honteuse d'avoir survécu au prix de la vie de sa mère.

~

Nalia rouvrit péniblement les yeux au prix d'un effort surhumain. Les hommes étaient partis.

Mais pour combien de temps ?

Un sanglot lui échappa lorsqu'elle réalisa qu'elle était toujours vivante. Elle n'en pouvait plus. Elle était devenue un objet sur lequel tout le monde déversait sa colère. Sa vie n'avait jamais eu de sens. Depuis qu'elle était bébé, elle savait qu'elle ne serait jamais en sécurité. Son père la retrouverait, peu importe où elle tenterait de s'échapper.

Son corps, épuisé et meurtri, peinait à rester debout. Sans le soutien des menottes, elle serait tombée sans effort. Elle n'avait plus la force de pleurer. À quoi bon ? Cela ne ferait que prolonger la douleur. Ses yeux piquaient à force de larmes, sa gorge était sèche au point qu'elle ne pouvait plus produire un son, ses poignets saignaient à force d'être attachés, et ses lèvres tremblaient de froid.

Son corps... elle n'osait plus le regarder. Il lui dégoûtait davantage que jamais. Elle était perdue, désespérée, incapable de trouver la moindre solution.

La jeune femme ne savait plus combien de temps elle avait passé là. Combien de jours s'étaient écoulés depuis qu'elle avait été enfermée ? Était-il matin ou soir ? Combien de jours avait-elle passé sans manger ? Son père, au moins, avait eu la "générosité" de lui donner un morceau de pain chaque jour, pour l'empêcher de mourir.

Un cri étouffé lui échappa lorsqu'elle vit l'homme qui l'avait enfermée s'avancer vers elle, un sourire inquiétant étirant ses lèvres. Il s'approcha, caressa sa peau meurtrie et elle poussa une plainte de douleur incontrôlable.

Satisfait de son état, il retira ses menottes sans la moindre délicatesse.

- T'as pas intérêt à mourir, salope. Tu m'apporteras énormément d'argent ! dit-il en s'accroupissant, alors qu'elle s'écroulait au sol, épuisée.

Il referma ensuite la porte, la laissant là.

Par terre.

Frigorifiée.

Tremblante de peur.

Elle ferma les yeux et pria pour que la mort vienne enfin l'emporter, abrégeant ses souffrances.

☆☆☆☆☆

F's Writing

Le Sort Du DestinDes histoires addictives. Découvrez maintenant