● Chapitre 10

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— C'est simple. Tu sers d'appât.

Nalia fronça les sourcils, l'incompréhension brouillant son regard humide.

— J'imagine... que vous vous rappelez du charmant Shrek qui comptait vous acheter, non ? demanda-t-il, même si ça sonnait plus comme une affirmation que comme une véritable question.

Comment aurait-elle pu l'oublier. L'image de cet homme obèse et répugnant, les yeux luisants de désir malsain, essayant d'attraper sa jambe alors qu'elle était pétrifiée sur place, restait imprimée dans son esprit comme une brûlure.

— Figure-toi, reprit Vincello d'une voix traînante, qu'il avait passé un accord avec ton père. L'accord était simple : il devait miser la plus grosse somme possible sur toi pour t'obtenir, et en échange, l'argent récolté revenait à ton père... pas au commissaire-priseur. Et toi, tu étais la marchandise.

Nalia écarquilla légèrement les yeux. Ses sourcils se haussèrent malgré elle, choquée par une telle révélation. Mais une question s'imposa à son esprit, obsédante :

— Je... je comprends pas... pourquoi avoir fait ça dans un lieu public ? Si de toute façon cet homme devait revoir mon père plus tard, à quoi bon ?

Sa vision se brouillait, noyée par les larmes qui menaçaient de couler à tout instant. Sa respiration se faisait irrégulière, chaque inspiration ressemblant à un sanglot étouffé.

Vincello la fixa un instant, puis son sourire mauvais s'élargit.

— Parce que ton cher papa savait que tu rapporterais énormément. Il savait que tu allais exciter la convoitise de tous ces hommes prêts à vendre leurs organes pour t'avoir. Et après t'avoir "officiellement" vendue, il avait prévu que, lorsqu'ils apprendraient que tu étais retournée auprès de lui... ils se précipiteraient pour offrir encore plus.

Il ramassa la chaise qu'il avait projetée contre le mur et s'y rassit avec nonchalance. Le grincement du métal résonna dans la cellule, un bruit sec qui fit frissonner Nalia. Sortant un briquet, il commença à l'allumer puis à l'éteindre, le cliquetis régulier faisant écho au battement affolé du cœur de la jeune femme.

Il se pencha légèrement en avant, se rapprochant d'elle, et sa voix se fit grave, débordante de haine :

— Sauf que ton cher père ne s'attendait pas à tomber sur moi.

Un rictus étira ses lèvres. Il passa une main dans ses cheveux en soufflant, agacé, avant de replonger ses yeux noirs dans ceux de Nalia.

— David est un homme qui adore se vanter. Il aime exhiber ses trophées, et toi tu n'étais qu'une de plus. Il aurait pu te vendre discrètement, en privé, et ton destin aurait été le même. Mais non. Monsieur voulait une mise en scène. Après cette vente, l'homme qui t'aurait achetée aurait fait de toi ce qu'il voulait... puis t'aurait ramenée à ton père. Et le cycle se serait répété encore et encore. Il a préféré un spectacle public, car ton père est avide d'argent et d'orgueil.

Les paupières de Nalia battirent à plusieurs reprises. Chaque mot frappait son cœur comme un coup de marteau. Elle en avait assez. Assez de ce père qui la détruisait depuis l'enfance. L'idée qu'il ait pu prévoir de la revendre encore et encore jusqu'à l'user jusqu'à la moëlle la faisait trembler de rage et de dégoût. Ses sanglots, qu'elle essayait de contenir, secouaient son corps fragile.

Vincello se leva brusquement de sa chaise, son corps imposant se jetant dans sa direction.

— Malheureusement pour lui, dit-il en serrant les dents, je suis arrivé. Et je t'ai arrachée de ses mains.

Nalia, tremblante, releva lentement la tête. Ses yeux rougis croisèrent les siens.

— Qu'est-ce que... vous allez faire de moi ? osa-t-elle demander, la gorge serrée, le souffle court.

Le Sort Du DestinOù les histoires vivent. Découvrez maintenant