● Chapitre 12

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Nalia se réveilla avec difficulté et constata qu'elle était toujours dans cette cellule. Elle espérait que tout ceci ne soit qu'un mauvais rêve et qu'elle finirait par se réveiller bientôt, même si sa vie d'avant n'était pas beaucoup plus douce que celle-ci.

Elle ne savait pas combien d'heures elle avait dormi, mais une chose était sûre : elle était là depuis plus de deux jours.

Son esprit repensait à sa prise de confiance soudaine lorsqu'elle avait osé répondre à M.Vincello alors qu'il était déjà sur les nerfs. Une vague de stupidité l'envahit, la faisant frissonner. Comment avait-elle pu être aussi téméraire ? Elle n'avait strictement rien à gagner, et pourtant elle avait parlé.

Son ventre, soudainement, se mit à crier famine. Elle posa une main sur lui, espérant calmer cette douleur lancinante, mais elle savait qu'elle n'avait rien mangé de substantiel depuis trop longtemps.

Pourtant, elle avait bel et bien englouti l'intégralité du plateau que M.Vincello lui avait laissé. Non seulement pour éviter de provoquer sa colère, mais également parce qu'elle était au bord de l'évanouissement. Cela ne compensait pas une semaine de jeûne, loin de là, mais c'était déjà un petit soulagement.

Elle se sentait sale. Ses vêtements, si l'on pouvait encore les appeler ainsi, étaient recouverts de poussière et d'une crasse qui collait à sa peau. Son fond de teint, jadis destiné à masquer ses blessures, n'était plus qu'un lointain souvenir. M.Vincello ne l'avait pas remarquée grâce à la faible luminosité de la pièce, et elle s'en félicitait.

Une peur sourde la traversait à l'idée que son geôlier fasse une nouvelle crise de colère, l'accusant d'actes qu'elle ne connaissait même pas. Elle serra son inhalateur contre sa paume, reconnaissante de ne pas l'avoir perdu lorsqu'elle s'était évanouie dans la voiture. Sans lui, elle aurait probablement été inconsciente en cet instant.

Après le départ furieux de M.Vincello, la pression qui pesait sur elle retomba, lui provoquant une nouvelle crise d'angoisse, parmi tant d'autres qu'elle avait déjà connues.

Elle fut sortie de ses pensées par le bruit de la porte de sa cellule qui s'ouvrait à nouveau.

Son corps se raidit, de la racine des cheveux jusqu'aux pieds, et la chair de poule parcourut ses bras meurtris.

Un visage inconnu entra dans la cellule, silencieux, presque glissant dans l'air lourd de poussière.

Un homme, pensa-t-elle.

À cette confirmation, un frisson la parcourut, et ses mains se crispèrent davantage autour de son inhalateur. Elle n'en pouvait plus de devoir faire face à des hommes. Elle savait, au fond d'elle, que tous n'étaient pas identiques, mais son expérience l'avait rendue méfiante et prudente.

Kamel, en remarquant ses tremblements, s'arrêta net. Il fronça les sourcils, frustré : cette femme était-elle une actrice redoutable ou était-elle réellement terrifiée ?

M.Vincello lui avait tout raconté à propos de David et du lien de Nalia avec cette histoire sordide. Pour Kamel, cela dépassait l'imaginable. Il avait confiance en son ami les yeux fermés, et pourtant, même avec cette certitude, il peinait à comprendre comment M.Vincello avait pu laisser cette femme dans un état pareil.

Malgré ses soupçons sur ses talents de manipulation, Kamel ne pouvait rester indifférent à l'état de Nalia. La voir ainsi, à peine reconnaissable, lui serra le cœur. Comment M.Vincello avait-il pu lui refuser au moins une douche ?

Il savait que, s'il avait été là, il ne l'aurait jamais laissée descendre dans ces cellules. C'est pourquoi il avait attendu le départ de son ami avant de venir.

— Je ne te veux aucun mal, dit-il en levant les mains, pour lui montrer qu'il n'était pas une menace.

Nalia le fixa, la peur logée au creux de son ventre, son inhalateur serré comme un talisman. L'homme se tenait droit, presque aussi grand que M. Vincello, et dégageait une aura qui imposait le respect. Moins massif que le mafieux, mais tout aussi intimidant.

Combien de fois avait-elle entendu que personne ne lui voulait de mal ? Trop de fois pour y croire encore. Et pourtant, cet homme lui inspirait une confiance fragile qui pourrait se briser en une fraction de seconde, mais réelle.

— Angelo est parti. C'est pour cette raison que je me suis permis de descendre. Écoute, je ne sais pas si tu es sincère, mais je ne vais pas te laisser pourrir ici avec des vêtements sales et un estomac vide, dit-il avec une voix à la fois rassurante et mesurée, mais teintée de prudence.

— Angelo ? demanda-t-elle, incertaine.

Il cligna des yeux, légèrement étonné par sa confusion, puis reprit :

— M. Vincello, si tu préfères.

Ainsi, il s'appelait Angelo...La jeune femme comprit alors que ce n'était qu'un autre nom pour le même homme terrifiant qui la gardait prisonnière Elle ne comprenait pas pourquoi ils la croyaient complice ou actrice, envoyée par son père. Elle n'avait pas la force d'y penser maintenant, et ce n'était pas le lieu pour s'abandonner à ces questions.

— Alors ? Qu'en dis-tu ? Tu veux une douche et des vêtements propres, ou rester là à pourrir comme un vieux demi-citron oublié au fond du frigo ?

La comparaison, aussi insolite que triste, fit naître un petit sourire sans joie sur ses lèvres. Il avait raison : elle ne ressemblait plus à grand-chose.

Après un long moment d'hésitation, elle finit par accepter. Une douche ne pourrait que lui faire du bien.

Mais une inquiétude la troublait encore.

— Et s'il se rend compte que je suis sortie ? demanda-t-elle, la voix tremblante.

— Il ne remarquera rien. Il est sorti et ne rentrera pas avant ce soir. Une fois que tu te seras lavée et changée, je te ferai changer de cellule pour t'emmener dans une plus convenable, prétextant que la porte s'est cassée. Je ne peux pas te prêter une chambre, ce serait trop risqué, et ça ne lui plairait pas.

Elle resta silencieuse, fixant cet homme qui se montrait si attentionné envers elle alors qu'elle n'était censée être qu'un appât.

— Pourquoi vous montrez-vous si sympathique alors que vous pensez que je suis une menace ? demanda-t-elle, anxieuse.

Kamel passa une main dans ses cheveux et souffla, plongeant son regard dans le sien.

— Disons que je ne suis pas du genre à laisser une femme pourrir dans une cellule parce qu'elle pourrait être une menace... Angelo non plus, d'ailleurs. Mais je ne comprends pas ce qui lui a pris de te mettre ici, ce n'est pas dans ses habitudes. Dans ton état, menace ou pas, tu n'irais pas bien loin, répondit-il simplement.

Nalia frissonna, réalisant l'engagement risqué qu'elle venait d'accepter. Et si, en retour, il attendait quelque chose ?

La peur qui s'était atténuée il y a peu revint l'assaillir comme pour lui rappeler que chaque instant de répit n'était qu'une illusion, que ce lieu n'était qu'une prison étouffante et que le danger pouvait surgir à tout moment, prêt à l'écraser sous son poids.

— Qu... qu'attendez-vous de moi ? Je n'ai rien à offrir ! commença-t-elle.

— Ne t'inquiète pas. Je n'attends rien de toi. Je suis marié et j'ai des enfants. Je ne joue pas sur ce terrain. Tu peux respirer tranquillement, dit-il calmement, dissipant ses doutes.

Un souffle de soulagement la traversa. Elle leva les yeux et fixa l'homme qui se tenait devant elle.

— Alors ? Redemanda-t-il, la voix calme mais insistante, ses yeux ancrés dans les siens, attendant sa réponse.

— D'accord, répondit-elle enfin après un long silence, laissant la fatigue et la peur s'évaporer un peu.

Kamel acquiesça avec un léger sourire, s'assurant que chaque geste, chaque mot, inspirait un peu de réconfort et de dignité à la jeune femme épuisée, tout en gardant cette pointe de malice qui le caractérisait, rappel subtil que malgré sa gentillesse, il savait manier l'autorité avec fermeté et agilité.

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F-Z.E

Le Sort Du DestinOù les histoires vivent. Découvrez maintenant