Nalia réussit à traverser la chambre de son soi-disant père et, d'une main tremblante, attrapa la poignée qu'elle abaissa doucement.
- Tu te décides enfin à sortir ?
La jeune fille se figea aussitôt, interdite, le souffle saccadé. Elle sentit alors la batte de son géniteur se poser contre le bas de son dos. Un frisson glacé lui parcourut l'échine. Il appuya brusquement sur celle-ci, arrachant à Nalia un gémissement de douleur lorsqu'il pressa l'une de ses cicatrices encore fraîche.
Les yeux fermés, elle sentit une larme solitaire rouler sur sa joue tandis que son père éclatait d'un rire gras, cassé par l'alcool et la cigarette.
- Où croyais-tu aller comme ça, hein ?! cria-t-il en la saisissant par le bras pour la retourner brusquement.
Nalia lâcha un hoquet de peur. Son cœur battait si fort qu'elle avait l'impression qu'il allait briser sa cage thoracique. Ses yeux s'écarquillèrent d'horreur, ses lèvres tremblaient sans pouvoir s'arrêter. Face à elle, son père savourait cette expression de terreur, son sourire diabolique étirant ses lèvres.
Elle savait parfaitement ce qui allait suivre. Mais à présent, elle n'avait plus la force de lutter. Toute sa vie, elle s'était battue, toujours, sans répit. Et à quoi cela avait-il mené ? À la souffrance. À la tristesse. Au désespoir. Sa vie n'avait plus de valeur à ses yeux. Elle ne voyait plus pourquoi s'accrocher. Cette existence lui avait été volée bien avant qu'elle ne puisse la comprendre.
Le sol sembla s'ouvrir sous ses pieds quand elle sentit la main de son père glisser sur sa jambe, remonter lentement le long de sa cuisse, de son ventre, puis de sa poitrine. Son souffle se coupa lorsqu'il serra sa gorge à deux mains, comprimant son souffle, lui volant chaque parcelle d'air.
- Lâche-m... moi... articula-t-elle d'une voix étouffée, l'air quittant ses poumons. Sa vue se brouillait, ses mains perdaient de leur force.
Elle suffoquait. Dans un ultime effort, elle tenta de desserrer sa poigne de fer, mais il la secoua comme une poupée de chiffon avant de la jeter brutalement contre le sol.
Nalia tenta de reprendre son souffle, haletante, sa main crispée contre sa gorge meurtrie. Son père s'avança vers elle avec un regard rempli de dégoût et de haine, un mélange si sombre qu'il lui glaça le sang. Elle ferma les yeux, consciente du destin cruel qui l'attendait. Même si elle essayait de fuir, il la rattraperait sans peine : son corps, vidé d'énergie et affamé depuis des jours, ne pouvait plus courir.
Son géniteur s'accroupit à côté d'elle, l'observant avec mépris. Puis il sortit son téléphone et la filma, comme il l'avait déjà fait tant de fois, se moquant d'elle comme si elle n'était qu'un jouet brisé.
Il souleva la batte et l'abattit en direction de son visage. Par réflexe, Nalia leva les bras pour se protéger. Le choc retentit, sec, sourd, et parcourut son bras tout entier.
Elle mordit sa lèvre jusqu'au sang pour retenir ses cris. Elle refusait de lui donner ce plaisir, celui de la voir pleurer, supplier, se tordre de douleur. Mais son père, frustré par son silence, redoubla de violence et lui asséna plusieurs coups de pied dans le ventre et les côtes.
Nalia, les yeux embués, tenta tant bien que mal de protéger son ventre de ses bras faibles, mais chaque coup la faisait gémir malgré elle. Une larme solitaire glissa sur sa joue, silencieuse.
- Allez ! Crie ! Supplie-moi d'arrêter ! Qu'est-ce que t'attends ?! Pleure, bordel ! Pleure ! hurla-t-il en cognant toujours plus fort.
Elle ferma les yeux.
À quoi bon pleurer ?
Ça ne servirait à rien.
Allait-il s'arrêter ?
Jamais.
Elle le connaissait trop bien. Les pleurs ne faisaient que nourrir sa cruauté. Elle le savait : s'il la voyait s'effondrer, il serait encore plus violent.
Alors elle se tut, encaissant les coups, priant simplement pour que cet enfer se termine vite.
- Sale garce ! Tu as tué ma femme, la femme de ma vie ! Dis-moi, qu'est-ce que je dois faire de toi maintenant, hein ?! Tu ne mérites pas de vivre, je vais te faire payer pour tout ce que tu as fait !
Ses coups redoublèrent, plus sauvages que jamais. Nalia n'avait jamais connu une telle rage, pas même le jour où il lui avait brisé le bras.
C'en fut trop. Ses larmes éclatèrent malgré elle, dévalant ses joues. Elle cria, le supplia d'arrêter, hurlant jusqu'à s'écorcher les cordes vocales.
Et dans un coin de son esprit, une petite voix résonna : il a raison.
Si elle n'était pas née, sa mère ne serait pas morte.
- Voilà ! Voilà ! Pleure ! Souffre comme moi j'ai souffert ! rugit son père, son téléphone pointé sur elle.
Il passa une main sur son corps, s'arrêtant à ses hanches.
- Tu as de la chance d'être le portrait craché de ma défunte femme. Sinon, je t'aurais déjà attachée, torturée, brisée avant de te tuer, dit-il d'une voix basse en caressant ses cheveux d'un geste malsain.
N'est-ce pas déjà ce que tu as fait ? pensa Nalia, amère. Les souvenirs affluèrent. Attachée à un lit, battue avec tous ses outils de torture, filmée pour l'humilier davantage. Son corps portait encore les cicatrices de ces supplices, un fardeau qu'elle traînait depuis ses neuf ans.
Désormais, ses coups ne lui faisaient plus rien. Son corps était meurtri, oui, mais son âme avait dépassé ce stade. Elle espérait en silence qu'il aille jusqu'au bout, qu'il la tue enfin, qu'il la libère.
Ses lèvres s'étirèrent en un faible sourire triste. Bientôt, ce serait la fin. Et elle pourrait enfin retrouver sa mère, celle dont elle rêvait chaque nuit.
Elle avait tant besoin de cette figure maternelle, de cette chaleur que seule une mère pouvait offrir. Une mère pour la consoler, pour la gronder, pour la protéger. Une mère qui l'aimerait malgré tout.
Ses larmes, cette fois, n'étaient plus celles de la douleur.
Non.
C'étaient des larmes de délivrance.
Le bonheur d'être bientôt libérée. Le bonheur de serrer enfin sa mère dans ses bras.
~
Nalia ouvrit difficilement les yeux. Ses paupières étaient lourdes comme du plomb. Elle tenta de se redresser.
Elle n'était pas morte ?
Un sanglot secoua sa poitrine. Ce n'était pas du soulagement, mais de la détresse. Ses souvenirs restaient nets, brûlants. Le silence pesant de la maison lui fit comprendre que son père était sorti.
Son corps, lui, n'était plus qu'une plaie. Chaque mouvement, même minime, lui arrachait des gémissements. Elle tenta de se lever, mais ses jambes refusaient de la porter. Alors elle rampa, lentement, le long du sol glacé.
Ses larmes brouillaient sa vue. À chaque mètre parcourut, la douleur la transperçait. Parfois, elle pensa à abandonner, à en finir, à mettre un terme à cette vie qui n'en était plus une.
Il lui fallut près d'un quart d'heure pour atteindre sa chambre, un trajet qui d'ordinaire ne prenait que quelques secondes. Enfin, elle se laissa tomber sur son lit, le visage enfoui dans l'oreiller.
Plus de cris. Plus de larmes. Juste un corps vidé, brisé, une marionnette sans âme.
Il lui avait tout volé.
Son enfance, à quatre ans.
Son bonheur, à six ans.
Son sommeil, à sept ans.
Sa liberté, à huit ans.
Et son innocence, à neuf ans.
☆☆☆☆☆
F-Z.E
VOUS LISEZ
Le Sort Du Destin
RomanceCette soirée... Il a fallut que Nalia s'enfuisse cette nuit, Il a fallut qu'elle toque à cette porte, Il a fallut que cet inconnu lui ouvre la porte, Il a fallut de cette porte pour basculer dans un enfer encore plus brûlant que l'était déjà le sien...
