Aujourd'hui, nous sommes vendredi. Ce midi, je dois déjeuner avec Juliana, qui, depuis mardi soir, est obsédée par une seule question : pourquoi je faisais un câlin à Kylian. Elle a reconnu ma tenue sur une photo qui circulait, évidemment — une vraie détective, celle-là !
Je me levai donc de mon lit encore chaud, pris mon petit déjeuner dans un silence à peine troublé par le ronron du frigo, puis filai sous la douche. Froide, comme tous les matins depuis lundi. Un réflexe d'endurance, ou peut-être une punition. Ensuite, dents, cheveux, maquillage, habits. Les gestes s'enchaînaient, mécaniques, comme pour ne pas trop penser.
Ce matin, je ne travaillais pas. J'en profitai pour régler un problème plus trivial que mes tourments : l'eau chaude.
Plombier : Bonjour, plombier de chez BCNR, je vous écoute.
Moi : Bonjour Monsieur, cela fait plusieurs jours que je prends des douches glacées... Je n'arrive plus à avoir d'eau chaude.
Plombier : Je vois. J'ai un créneau lundi, vers 14h, ça vous irait ?
Moi : Parfait, merci beaucoup !
Plombier : Très bien, bonne journée à vous.
Un problème de moins. Je soufflai. L'idée d'une douche brûlante lundi me réchauffait déjà.
Je n'eus pas le temps de savourer ce petit soulagement que mon téléphone se mit à sonner.
Til ta you, til ta you !
Maman.
Moi : Allô ?
Maman : Salut ma chérie ! Ça va ?
Moi : Oui et toi ?
Maman : Je voulais savoir comment tu allais depuis dimanche.
Moi : Eh bien... j'ai eu un contrat avec le PSG.
Maman : Une bonne nouvelle ? Ou une façon ironique de le dire ?
Moi : Franchement, je ne sais pas encore. C'est mieux qu'avant, mais...
Maman : Mais ?
Moi : J'ai peur qu'elle revienne. Léonie. Qu'elle me pourrisse encore la vie.
Maman : Ne t'inquiète pas. T'es une joueuse exceptionnelle, Léonie n'est plus là.
Moi : Tu n'en sais rien, maman. Elle me retrouvera dès que je publierai l'article de ce soir.
Maman : Tu as raison d'être prudente, mais je suis sûre qu'il y aura des gens pour te défendre. Tu en as parlé aux joueurs ?
Moi : Non, je... je ne me sens pas prête.
Maman : Alors parle au moins à quelqu'un. Garde un allié à portée de main.
Moi : Oui, maman. Bon, je file, j'ai rendez-vous avec Juliana.
Maman : D'accord. Prends soin de toi, ma chérie.
Je rangeai mon téléphone dans mon sac, pris mes clés, et sortis. L'air frais du matin me fouetta le visage — un coup de réveil plus efficace que n'importe quel café.
Ellipse du trajet.
Quand j'arrivai, Juliana était déjà là. Pas en retard, pour une fois.
Moi : Salut !
Juliana : Salut ! Bon, maintenant, tu vas tout me raconter : Kylian, ce câlin, tout ! Et surtout, tu arrêtes de te morfondre à cause de cette fille. Léonie, c'est du passé, tu m'entends ? Aujourd'hui, tu dois redevenir toi.
On entra dans le restaurant, le brouhaha des couverts nous enveloppa comme un cocon familier.
Moi : Tu as raison. Je vais arrêter de me pourrir la vie. Tu sais, sur mon compte Insta, il n'y a presque personne. Juste toi, ma mère, Romane, et deux ou trois autres. Mais à partir d'aujourd'hui, je le rends public. Elle ne m'empêchera plus de vivre. Plus depuis ce jour où elle s'est moquée de moi, quand je suis tombée en plein entraînement... et que j'ai passé quatre mois à l'hôpital. Quatre mois à me détester, à avoir peur du regard des autres, peur de rejouer.
VOUS LISEZ
Premier Amour
Roman d'amourEt si une seconde chance pouvait tout changer ? Tp Tn, jeune femme au passé mouvementé, se réveille après un coma de trois ans. Entre souvenirs perdus et nouvelles réalités, elle découvre un monde qu'elle n'a pas vu évoluer et des amis qu'elle croya...
