Chapitre XXIV

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PDV Tp

Je rentrai enfin chez moi, l'esprit noyé dans les doutes.
Et si Kylian ne m'aimait plus ?
Je secouai la tête, presque vexée par ma propre pensée. Non, impossible. Qui pourrait cesser de m'aimer comme ça, du jour au lendemain ?

Je sortis mes clés du fond de mon sac, le tintement du métal résonna étrangement dans le silence du couloir. Une fois à l'intérieur, j'allumai les lumières et déposai mes affaires sur la table. Le vide de l'appartement m'accueillit comme un écho de son absence. Je me lavai les mains, me préparai une salade – un geste machinal, sans saveur – puis m'installai devant la télévision.

Je fis défiler les chaînes, à la recherche d'un film qui comblerait un peu ce manque.
J'optai finalement pour une comédie romantique, ce genre de film qui m'arrachait autrefois des sourires attendris. Ce soir pourtant, je ne faisais que m'y reconnaître. L'héroïne y disait qu'« une histoire qui s'éteint sans qu'on cherche à la rallumer, c'est qu'elle n'en valait pas la peine ».

Je restai figée.
Mais si, bien sûr que ça en vaut la peine. C'est Kylian.

Un soupir m'échappa. Cette fierté stupide qui me rongeait m'empêchait pourtant de faire le premier pas.
J'avais envie qu'il revienne, qu'il se rende compte de ce qu'il perd. Qu'il me cherche. Qu'il me dise que je lui manque, qu'il regrette.
Mais à ce moment précis, j'avais surtout envie de ne plus penser.

Je me levai, enfilai mon pyjama, fis ma routine du soir avec des gestes mécaniques, comme si je répétais une partition mille fois jouée. Le miroir me renvoya le reflet d'une fille fatiguée, pas seulement par la journée – fatiguée d'attendre, de douter, de ne pas comprendre.
Puis, je me glissai dans mon lit. Le traversin remplaçait encore une fois la chaleur de son corps, et je m'endormis dans un mélange de colère et de nostalgie.

PDV Kylian

Vendredi.
Et qui dit vendredi dit... match demain.
Je souris malgré moi. Ouais, non, en vrai, c'est juste moi qui dis ça. Kylian, ressaisis-toi. On dirait un gosse content de sa propre vanne.
Je ris, un peu nerveusement. Ce genre d'humour idiot me servait à cacher ce qui bouillonnait vraiment en moi.

Parce qu'aujourd'hui, entre l'entraînement et ce rendez-vous au commissariat, je savais que la journée serait décisive.
Tant que cette histoire ne serait pas réglée, je ne pouvais pas me permettre de reprendre contact avec Tp.
Pas parce que je ne le voulais pas — au contraire — mais parce que je refusais qu'elle soit à nouveau mêlée à tout ça. À la folie de Noure. À la peur.

Ellipse du temps de l'entraînement

J'étais rentré juste assez longtemps pour poser mon sac avant de reprendre la route, direction le commissariat.
Une fois sur place, un policier me guida jusqu'à une pièce impersonnelle, froide, éclairée par un néon qui grésillait par intermittence. J'attendis.
Vingt minutes plus tard, l'enquêteur entra, une tasse de café à la main.

— Bonjour, Kylian. Alors... l'enquête progresse. On a découvert que Noure et Léonie étaient de mèche.

Je serrai les dents.
— Des folles, toutes les deux.

— Malheureusement, on n'a pas encore réussi à arrêter Noure. Pas de preuves concrètes.

— Comment ça, pas de preuves ? Même pas des caméras, des messages, rien ?

Il secoua la tête.
Des incompétents, je vous jure.

— Mais si on trouve un autre chef d'accusation, on peut la faire tomber ? demandai-je, cherchant la moindre faille.

— Oui, tout dépend de la gravité.

Je pris une grande inspiration.
— Elle a piraté le téléphone de Tp. Elle a trouvé sa localisation et s'est pointée à une fête privée. Ça compte, non ?

Il prit des notes, hocha la tête.
— Oui. Le piratage, c'est deux ans de prison et une belle amende. Vous avez une preuve ?

— Pas directement, mais si vous cherchez, vous verrez bien qu'aucune adresse n'était publique.

Il consulta son ordinateur, tapota quelques mots, puis leva enfin les yeux.
— Vous avez raison. C'est cohérent. Je rédige tout de suite la déposition.

Alors qu'il se levait, je l'arrêtai.
— Attendez. Elle a fait ça à d'autres aussi. Elle s'en prend à n'importe qui. Et personne n'a jamais osé porter plainte.

Il fronça les sourcils, réfléchit.
— En 2019... oui, ça me dit quelque chose. On avait reçu une plainte d'un certain monsieur, mais l'affaire avait été classée sans suite. Si d'autres témoignent, ça change tout.

Il passa un long coup de fil. Je le vis se redresser peu à peu, son visage s'illuminant d'une satisfaction presque fiévreuse. Quand il raccrocha, il semblait... fier.

— Eh bien, Kylian, vous venez de relancer une enquête sérieuse. Quatre victimes au total. Elle encourt désormais douze ans de prison ferme et près de trois cent mille euros d'amende.

Un poids immense quitta mes épaules.
— Enfin... on va pouvoir respirer.

— Elle vient d'être placée en garde à vue, ajouta-t-il avec un sourire.

Je le remerciai, sincèrement, avant de quitter le commissariat. L'air dehors me parut plus léger, presque doux. J'avais envie de courir. D'aller frapper à sa porte. De lui dire que tout était fini, qu'on pouvait enfin recommencer.

Mais une fois assis dans ma voiture, la réalité me rattrapa.
Deux semaines.
Deux semaines sans un mot, sans un message, sans même un regard. Comment voulais-je qu'elle m'accueille ? Les bras ouverts ?
J'avais disparu. Et maintenant, j'espérais quoi ? Qu'elle m'attende ?

Sur la route du retour, je réfléchissais à mille plans pour lui parler, pour lui expliquer. J'étais presque prêt à appeler Achraf pour lui demander conseil. Mais quand j'ouvris mon téléphone... mon cœur fit un bond.

Mon nom circulait partout.
Des notifications s'enchaînaient. Des articles. Des hashtags.
Et un nom que je ne connaissais pas : Ambre Delvier.

Je cliquai.
Une fille, brune, maquillée à outrance, en pleine interview.
« Oui, Kylian et moi, c'est une belle histoire. Trois ans déjà. »
Trois ans ?!
Et le pire : elle montrait une bague à la caméra.

Je restai un instant figé. Puis je ris nerveusement.
Encore une mythomane.
Sauf que cette fois, l'histoire avait pris feu. Des millions de vues, des milliers de commentaires, des gens qui débattaient, qui prenaient parti.

Et là, je pensai à Tp.
À sa manière de tout garder pour elle, à ses doutes qu'elle ne dit jamais.
Et si elle croyait que c'était vrai ?

Je me passai une main sur le visage.
Non. Impossible. Elle me connaît, elle sait qui je suis.
Et pourtant... un doute me rongeait.

Je pris une grande inspiration, attrapai mon téléphone.
Il fallait que je parle.
Que je mette fin à tout ça.
Alors, sans réfléchir davantage, je lançai un live.
Pas sûr de moi. Pas préparé.
Mais prêt, enfin, à dire la vérité.

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NDA : Alors alors qu'est ce qu'il va dire ?


KISS<3


A suivre...

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