Chapitre XV

635 21 12
                                        

Aujourd'hui, c'était le départ pour Malte. Je m'étais levée à l'aube, à cinq heures précises, le cœur battant à l'idée de l'avion qui décollerait à neuf heures. Après une toilette rapide, un petit déjeuner avalé à la hâte, un brossage de dents et un maquillage léger, je m'habillai. Chaque geste semblait résonner dans le silence de mon appartement, comme si le monde lui-même attendait mon départ.

Le temps me parut long en attendant Ousmane. Lorsqu'enfin je le vis en bas, je fermai mon appartement à clé et toquai sur la vitre de sa voiture pour qu'il me repère.

— Alors, prête ? demanda-t-il avec un sourire.

— Plus que jamais ! répondis-je, l'enthousiasme vibrant dans ma voix.

— Es-tu déjà sortie de France ?

— Oui, mais très peu. Y a-t-il des places attitrées ?

Ousmane éclata d'un petit rire :

— Tp... on a un jet privé pour l'équipe.

Je rougis légèrement, honteuse de mon ignorance :

— Oui... excuse-moi. Je ne suis pas habituée à ce genre de... vie.

Un petit blanc s'installa. Je me mordis la lèvre, regrettant que mes mots aient pu paraître maladroits.

— T'inquiète, j'avais compris, me rassura-t-il.

Le trajet jusqu'à l'aéroport se fit dans une conversation légère, ponctuée de rires et de coups d'œil curieux. À notre arrivée, Didier nous accueillit avec impatience. Nous montâmes dans le jet et je fus happée par le luxe de l'espace. Kylian m'invita à m'asseoir à ses côtés. Les minutes passèrent, douces et suspendues, jusqu'à ce que le sommeil le prenne contre moi. Et, contre toute attente, cela ne me déplut pas : il me servait de couverture dans le froid du voyage. Je n'osai pas lui emprunter son sweat, préférant respecter son sommeil paisible.

Je finis par sombrer moi-même dans un demi-sommeil, bercée par le ronron des moteurs. Lorsque l'avion commença sa descente, Antoine, malicieux, nous tira d'un sommeil léger avec une photo volée. Kylian se réveilla, la voix rauque :

— Tu te mets à côté de moi pour le retour.

— Pourquoi ? Tu ne peux plus te passer de moi ? lançai-je, mi-amusée, mi-surprise.

— On va dire ça, répondit-il avec un sérieux déstabilisant avant d'éclater de rire.

L'atterrissage se fit peu après. Nous rejoignîmes l'hôtel en car, déposâmes nos bagages, et je découvris ma chambre simple, mais accueillante, avec son lit double. L'après-midi fut consacré au soleil et à la mer. Alors que je m'installais sur ma serviette, Antoine, à voix basse, chuchota à Kylian :

— Mec, tu baves.

Kylian répondit, un mélange de gêne et d'admiration dans le regard :

— Arrête... mais elle est juste magnifique.

— Vous êtes en couple ? demanda Antoine, moitié sérieux, moitié taquin.

— Pas encore, j'y travaille.

— Et tu comptes lui annoncer quand ?

— Quand je sentirai que c'est le bon moment.

Je rougis, consciente d'être l'objet de cette conversation, mais amusée par leur complicité.

La soirée venue, nous nous rendîmes en boîte. Et là, la réalité me frappa avec une violence inattendue : l'homme qui m'avait agressée à deux reprises depuis quelques semaines n'était autre qu'un subordonné de Léonie. Il semblait surgir à chaque endroit où je me rendais, et maintenant, il était là, dans la lumière crue de la piste de danse. J'éloignai un instant le groupe pour retrouver Timothée, le garde du corps d'Ousmane.

— Salut Timothée, lui dis-je. Je voudrais que tu me surveilles, que tu me protèges. Je sens que ce soir, quelque chose va arriver.

— Bien sûr, répondit-il. Je garderai un œil sur toi.

Comme prévu, l'agresseur s'avança.

— Hé, comme on se retrouve. Cette fois, personne ne pourra te protéger. Pas même Kylian.

— T'en as pas marre de me suivre ? m'écriai-je, le souffle court.

— Non. Toi, tu vas me suivre, répliqua-t-il, un sourire cruel sur le visage.

Je sentis mon cœur se serrer. Timothée me lança un regard que je ne sus interpréter. J'étais seule... et en danger.

— Fait chier... pourquoi il est avec vous ?

— Pour la simple raison que nous te détestons tous ici, dit-il, implacable. Si même les autres ne viennent pas à ton secours...

Je ne me laissai pas abattre. Un coup de pied bien placé et cinq minutes de lutte suffirent à me libérer, tremblante et en larmes. Je courus, cherchant Kylian du regard. Et soudain, sa voix me parvint :

— Tp ?

Je me jetai dans ses bras, épuisée, soulagée et bouleversée à la fois.

— Pourquoi tu pleures ? demanda-t-il, la voix tremblante.

— Il... il y avait le mec qui m'agresse depuis trois semaines. Il a failli me kidnapper.

— Putain, mais c'est quoi son problème... je vais aller le voir, s'énerva-t-il.

— Non... pas maintenant, suppliai-je. Il faut d'abord changer les gardes du corps.

— Pourquoi ?

— Parce que Timothée est de mèche avec eux... et je ne sais pas s'il y en a d'autres.

— Depuis le début, je ne le sentais pas, murmura-t-il.

— Kylian...

— Oui ?

— On peut rentrer ?

— Je ne te laisserai pas seule, alors oui.

Nous rejoignîmes sa voiture en silence. Une fois devant ma chambre, je fis ma requête, presque timidement :

— Tu peux rester avec moi cette nuit ?

— Si tu ne le faisais pas, j'allais te le demander, répondit-il, un sourire doux aux lèvres. Je vais juste chercher mes affaires.

Peu après, il frappa à la porte. Je l'ouvris et le vis, torse nu. Je rougis violemment. Une envie irrésistible de le câliner, de l'embrasser, de le garder pour moi seule me traversa. Et lui, de son côté, semblait tout aussi troublé, effleurant mes lèvres dans un ballet d'hésitation et de désir.

— Argh... j'en ai marre, murmura-t-il. Tp... il faut que je te dise quelque chose...

Le silence s'installa, lourd de promesses, de peur et de désir. Et dans ce silence, le monde semblait s'être réduit à nous deux.


__________________________________________________________________________



KISS<3



A suivre......




Premier AmourOù les histoires vivent. Découvrez maintenant