Chapitre seize, La fin des temps.
Un vent faible rapprochait lentement Manureva du groupe d'îles qu'Alain scrutait à la jumelle. Toute l'électronique futuriste installée par Wiencke semblait hors de service. Elle avait peut-être été grillée par ce nouveau saut dans le temps. Mais cette fois, le compas semblait normal. Il fallait encore une fois naviguer selon les vieilles méthodes, sans carte, et sans autre aide que le plomb de sonde, le sextant, et surtout un solide sens marin...
Plusieurs mesures successives de hauteur du soleil lui indiqueraient à peu près à quel moment il serait midi, et une estimation de sa latitude.
Une dizaine d'énormes tortues passèrent en dessous de Manureva. L'eau était transparente, le soleil y entrait profondément, dessinant des vagues lumineuses sur leurs carapaces. Alain se perdit un moment dans la contemplation du vol majestueux de ces reptiles marins dans le bleu profond de l'océan. Il ne connaissait pas cette espèce, qui surpassait en taille toutes celles qu'il avait déjà vu. Il croisa aussi de nombreux requins de taille moyenne, et un banc d'énormes nautiles.
En début d'après-midi, alors qu'il se tenait sur le pont, sextant à la main, tourné vers le sud, après une dernière mesure, un trait de feu rougeâtre traversa le ciel de haut en bas pour disparaître derrière l'horizon dans un éclair blanc qui sembla épouser la rotondité de la Terre. Au même instant, à plus de quatre mille kilomètres de là, Joseph de La Martinière déclanchait son chronomètre.
Quelques secondes plus tard, un second météore, suivant la même trajectoire, eut le même effet. Il semblait qu'un objet céleste se soit brisé en deux moitiés juste avant d'entrer dans l'atmosphère terrestre. Avait-il atteint le sol ?
La profondeur de l'eau diminuait vite, obligeant le marin à réduire sa toile pour contrôler sa vitesse. Du bleu des grandes profondeurs, il passait à la transparence caractéristique des lagons éloignés de tout continent. Aucune des îles ne devait arriver à cent mètres d'altitude, mais elles étaient couvertes d'une végétation très dense. Elles semblaient reliées par des récifs, formant un arc qui protégeait le côté nord d'un lagon s'étirant d'est en ouest, et largement ouvert au sud.
Par chance, Manureva se présentait par le sud-est du petit archipel, côté où nulle barrière ne fermait le lagon, à l'exception de quelques îlots rocheux épars, dont la base était fortement érodée. Ces rochers portaient une couronne végétale autour de laquelle tournoyaient de nombreux oiseaux et chauve-souris de grande taille. Le paysage avait tout des paradis tropicaux dont rêvaient les Européens, ces paradis toujours menacés par les volcans, les cyclones et les tsunamis...
Presque simultanément, Alain découvrit, montant d'un rivage à une dizaine de milles de là, un mince trait de fumée bleue, signe certain d'une présence humaine, et plus loin, un peu sur la gauche, une voile, puis deux, puis trois, qui semblaient venir de la haute mer et se diriger vers l'île...
Comme lors des dernières heures passées avec Wiencke, Manureva, porté par une eau très pure, semblait planer au-dessus d'un jardin tropical grouillant de poissons-papillons multicolores, d'oursins énormes, d'étoiles de mer écarlates, et de bien d'autres espèces difficiles à identifier au passage. Les raies et requins abondaient aussi.
La profondeur, mesurée au plomb, oscillait entre deux et trois mètres, et l'absence de carte obligeait le marin à se tenir à l'avant de son bateau, tandis que la girouette couplée à la barre maintenait le trimaran sur son cap. Dans ces conditions il était déraisonnable de dépasser une vitesse de deux ou trois nœuds car, à tout moment, un rocher à fleur d'eau ou un bloc de corail pouvait apparaître devant l'étrave. Heureusement l'état de la mer et la faiblesse du vent de nord est permettaient de limiter les risques. Alain calcula qu'avant la nuit, il pourrait jeter l'ancre devant le rivage où brûlait un feu, et que les autres voiliers y seraient sans doute aussi. Il prépara son ancre pour le mouillage.
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L'Océan des marins perdus.
Ciencia FicciónScience-fiction et aventures maritimes. Des marins de diverses époques et diverses origines se retrouvent malgré eux projetés dans un passé lointain, très lointain... Dans un temps où une menace cataclysmique pèse sur la Terre...
