M. Vincello retourna vers sa table lentement, ses pas résonnant lourdement contre le sol, sans quitter la scène des yeux. Ses pupilles sombres restaient rivées sur cette femme figée devant toute la salle, raide comme un piquet, les yeux vides, comme si son esprit avait fui son corps.
Une rage sourde, presque animale, s'empara de lui. Son souffle se fit plus lourd, ses mâchoires se crispèrent et ses doigts serrèrent son verre de vin avec tant de force que ses phalanges blanchirent et que le cristal menaça d'éclater. Jamais il n'aurait cru ressentir une haine si viscérale à la simple vue d'une femme.
Les souvenirs refirent surface, brutaux. Vincello n'avait jamais eu de chance avec elles. Depuis ces deux relations passées qui l'avaient brisé, il s'était juré de ne jamais laisser une femme s'immiscer à nouveau dans sa vie. Et pourtant, voir Nalia là, tremblante et perdue, réveillait en lui une tempête qu'il peinait à contenir.
Elle lui rappelait ses deux ex-femmes, qu'il avait d'abord idéalisées pour leur timidité et leur innocence... avant de découvrir qu'il s'était lamentablement trompé. Elles n'avaient jamais voulu de lui, mais de ce qu'il représentait : un compte en banque bien garni pour une vie de luxe.
Jeune et naïf, Vincello croyait alors que l'amour s'achetait. Qu'en offrant à une femme des bijoux, des robes hors de prix, des perles rares, et en la couvrant d'argent, elle resterait comblée à jamais. Mais l'illusion s'était brisée de la manière la plus cruelle.
Il revoyait encore leurs lèvres prononcer ces mots qui l'avaient transpercé comme une balle :
"Tu n'es pas assez généreux avec moi. Ton cousin saura mieux me satisfaire."
Deux fois, les mêmes paroles, les mêmes trahisons. Et deux fois, elles avaient disparu, happées par les bras de son cousin, cet homme qui les avait manipulées avec quelques billets supplémentaires.
Aujourd'hui encore, Vincello ne savait pas ce qu'elles étaient devenues, et il s'en moquait. Quand elles avaient compris qu'elles avaient été dupées par cet homme qui ne tenait jamais ses promesses, elles étaient revenues vers lui, suppliantes, cherchant à user une nouvelle fois de leur charme. Mais il avait vu clair.
Il était trop tard.
Depuis ce jour, une haine inconditionnelle contre les femmes avait germé en lui, indestructible. Pour Vincello, elles étaient toutes les mêmes : avides, manipulatrices, prêtes à vendre leur âme au plus offrant. Une simple promesse de monts et merveilles suffisait à les faire retourner leur veste.
Et pourtant, face à Nalia, il sentit son contrôle vaciller. Elle avait ce même éclat d'innocence, cette même aura fragile qui l'avait jadis piégé. Une part de lui savait qu'à une autre époque, il aurait pu tomber sous son charme, se perdre dans l'illusion qu'elle représentait. Mais aujourd'hui, il était différent. Plus froid. Plus fort. Il n'allait pas tomber dans ce piège une troisième fois.
Au contraire, il allait se délecter de sa peur, savourer chaque tremblement, chaque lueur de panique dans ses yeux.
Car elle avait un avantage : son nom.
Nalia Staria.
Le sang de David coulait dans ses veines. Et rien que pour cela, elle devenait un pion parfait, une arme contre l'homme qu'il haïssait plus que tout au monde. Plus encore que ses ex-femmes.
Jamais il n'oublierait ce que David avait fait subir à sa mère. Alors, si David restait hors de portée, il suffisait de frapper plus près, là où cela ferait le plus mal.
D'un mouvement brusque, il se leva, sa chaise raclant violemment le sol. Les regards se détournaient sur son passage, comme si son ombre glaçait l'air. Tous savaient ce qu'il en coûtait de croiser Vincello. Le vieil homme qui avait osé le défier quelques instants plus tôt l'avait appris à ses dépens. Rien qu'à l'évocation de cette scène, Vincello sentit ses nerfs se tendre à nouveau : ce vieux pantin à la pipe, la chemise débordant sur un ventre trop gras, avait cru pouvoir l'intimider... Quelle erreur. Il n'avait eu qu'un aperçu de sa colère.
Le reste du trajet se déroula dans une tension lourde. Une fois dans sa voiture, Vincello prit la route vers sa villa, à une heure de distance. À plusieurs reprises, il jeta un regard dans son rétroviseur central, vers la voiture qui suivait, où Nalia était enfermée. Son poing se crispa sur le volant.
Chaque fois que son visage apparaissait dans ses pensées, celui de David surgissait aussitôt derrière.
David, qui lui avait volé 80 millions lors d'une transaction d'armes.
David, qui avait sali l'honneur de sa mère.
David, qui allait payer.
Vincello se souvenait encore de sa naïveté d'autrefois. Plus tu avais d'alliés, croyait-il, plus tu étais puissant. Quelle stupidité. Ces alliances n'étaient que des pièges. Au fil des ans, il les avait tous démasqués : chefs mafieux, traîtres de l'ombre. Et il les avait tous punis.
Pas par la mort, trop douce à son goût, mais par des supplices si abominables que leurs cris résonnaient encore dans ses souvenirs. Il voulait qu'ils regrettent, qu'ils souffrent, qu'ils rampent à ses pieds en suppliant qu'on mette fin à leur calvaire.
Et David serait le prochain.
Quand ils atteignirent la villa, Vincello descendit précipitamment. Il alla droit vers la voiture où Nalia était retenue entre deux gardes. Il ouvrit violemment la portière et fit signe à ses hommes de sortir. Le silence s'installa, pesant.
Lorsqu'il se pencha à l'intérieur, il découvrit Nalia, recroquevillée, la tête tombée sur le côté. Endormie. Ses paupières closes et sa respiration irrégulière la faisaient paraître presque vulnérable.
Il se retourna vers les gardes, un sourcil arqué.
- Elle a fait une crise dès qu'elle est montée dans la voiture, expliqua l'un d'eux. On l'a laissée, monsieur.
Un rictus mauvais étira les lèvres de Vincello. "Pauvre fille", pensa-t-il. Elle croyait pouvoir l'attendrir ? Jouer les fragiles pour qu'il se laisse piéger, comme autrefois ? Quelle ironie. Combien de fois ses ex-femmes avaient-elles usé de ce stratagème, feignant la faiblesse, la détresse, pour attirer son attention et le retenir à la villa ? Trop de fois. Et trop souvent, il avait cédé.
Aujourd'hui, il n'était plus cet homme faible. Cette comédie n'aurait aucun effet sur lui.
- J'ai pas ton temps pour tes petits numéros. Sors de cette voiture, lâcha-t-il, la voix dure, coupante, résonnant comme une gifle.
Nalia resta immobile, ses paupières obstinément closes. Vincello inspira profondément, exaspéré. Puis il fit signe à l'un des gardes postés près de l'entrée.
- Sors-la de là. Je veux pas qu'elle empeste ma voiture. Mets-la dans une cellule au sous-sol.
Il sortit une cigarette, la coinça entre ses lèvres et l'alluma d'un geste précis. Sa première bouffée envahit ses poumons tandis qu'il observait son garde porter Nalia sur son épaule et descendre les marches menant aux sous-sols de la villa. Chaque seconde, il scrutait le moindre mouvement, le moindre sursaut, attendant qu'elle révèle son mensonge. Mais rien. Aucun tremblement. Aucune résistance.
Quand elle disparut de son champ de vision, Vincello se retourna pour fermer la portière. C'est alors qu'il remarqua un objet abandonné sur la banquette arrière. Intrigué, il se pencha et tendit la main.
Son regard se figea.
Un inhalateur.
☆☆☆☆☆
F-Z.E
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Le Sort Du Destin
RomanceCette soirée... Il a fallut que Nalia s'enfuisse cette nuit, Il a fallut qu'elle toque à cette porte, Il a fallut que cet inconnu lui ouvre la porte, Il a fallut de cette porte pour basculer dans un enfer encore plus brûlant que l'était déjà le sien...
