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I

driss

Il était déjà quatre heures de l'après-midi lorsque nous avions terminé la décoration du salon d'Amine et que les premiers invités commençaient à arriver. L'appartement était un bourdonnement joyeux d'anticipation et de musique lounge. J'étais relégué dans la cuisine, sirotant un verre de jus de fruits frais, observant de loin l'agitation sociale. Je venais de passer quatre heures à gonfler des ballons, fixer des guirlandes et cacher des bouteilles. La lassitude me gagnait rapidement.

J'observais machinalement les invités qui franchissaient le seuil, des visages inconnus pour la plupart. Cette observation passive m'a vite ennuyé. J'ai sorti mon téléphone et lancé un jeu pour me distraire, me plongeant dans l'univers pixellisé pour couper du bruit ambiant.
C'est là que la porte s'est ouverte à nouveau.

Instinctivement, j'ai levé la tête, tiré de mon écran par une force invisible, et j'ai vu quelque chose que je ne croyais plus jamais revoir. Enfin, quelqu'un, je voulais dire.
Elle était là, Neïsha, dans une robe courte qui flattait sa silhouette, le même air d’assurance nonchalante qu'au bar. Elle était accompagnée de Nath. Ma gorge s'est nouée. Mon cœur a fait un bond violent. Je n'avais plus de doutes : c'était bien elle, la comète sans visage de ma nuit de folie.

Nos regards se sont croisés à travers la foule qui s’épaississait. Le temps a semblé ralentir. Un sourire poli, presque distant, a effleuré ses lèvres. Elle m'a souri. Elle ne m'a pas reconnu. La certitude m'a frappé comme une douche froide. Si elle m'avait reconnu, elle n'aurait pas juste souri et serait allée s'asseoir. Elle aurait eu une réaction. La gène, la panique, ou même l'agressivité. Mais là, rien. J'étais un simple invité. L'inconnu était de nouveau un inconnu, mais cette fois, je savais qui elle était.
J'ai fait signe à Amine, qui se dépêcha de me rejoindre, flairant l'urgence dans mon regard.

— Qui est la fille avec le maillot du Pays ? demandai-je, pointant discrètement Neïsha, qui venait d'enlever une légère veste pour révéler un T-shirt sportif de l'équipe nationale.
Amine a suivi mon regard et a souri, fier de son réseau féminin.
— C'est Neïsha, la cousine de ma meuf, Nathalie. Tu sais celle qui était avec nous au bar avant-hier.

— Elle est pas mal… dis-je, le qualificatif étant l’euphémisme du siècle. Elle était spectaculaire, même dans ce maillot décontracté.

— Va le dire à ses abonnés sur ses réseaux, elle a des milliers de followers sur TikTok et Instagram. Elle fait des tutos de maquillage et des vlogs de voyage. Elle a une communauté de dingue.

Mon intérêt a décuplé. Une fille aussi discrète et réservée, avec une telle présence numérique ? C'était une contradiction fascinante.

— Elle a quel âge ?
— vingt depuis quelques jours. Elle est en dernière année de fac d'architecture

— Elle sort a peine de l'adolescence et elle connaît tant de trucs ? Elle a une assurance...
— Quels trucs, Idriss ? Tu divagues, là.

— Oublie. Passe-moi son Insta. Tout de suite. Je ne veux pas que tu me poses de questions.

Amine a plissé les yeux, un air de prudence sur son visage. Il connaît mes antécédents, mon côté impulsif, surtout après une nuit comme celle d'hier.

— Reuf, j'espère que ce n'est pas ce que je crois. Je te préviens, c'est une fille prude, très bien élevée. Nath me l'a toujours dit. Je n'ai jamais entendu dire qu'elle était en couple ou même qu'elle flirtait. C'est le genre qui se concentre sur ses études et ses réseaux, rien d'autre. Respecte ça, Idriss. Elle est de la famille, techniquement.

L' INSOUMISEDes histoires addictives. Découvrez maintenant