Neïsha
Je me suis réveillée dans ma chambre. J'avais mal partout, une sensation de lourdeur qui engourdissait chacun de mes membres, comme si j'avais traversé une épreuve physique intense. Et, cerise sur le gâteau de ma misère matinale, je sentais mauvais ; une odeur de parfum bon marché mélangée à de la transpiration et peut-être même de l'alcool, un cocktail olfactif de débauche que je déteste par-dessus tout.
L'urgence d'une douche revigorante s'est imposée. Je me suis levée lourdement, chaque mouvement tirant sur des muscles que j'ignorais posséder. En titubant légèrement, je suis entrée dans la salle de bain, un sanctuaire de marbre clair et de miroirs impeccables. Là, devant la glace embuée, alors que je me brossais les dents avec une vigueur forcée, mes yeux se sont attardés sur mon reflet, puis ont découvert des marques rouges écarlates sur mon cou. Des marques qui, malgré leur caractère indésirable, ne me surprenaient qu'à moitié.
Les inconvénients d'être métisse, pensai-je avec un soupçon de cynisme. Ma peau claire, héritée de mon côté européen, trahissait la moindre pression, le moindre baiser un peu trop appuyé.
Je les ai effleurées de mes doigts, et cette douce pression a agi comme une clef déverrouillant un coffre de souvenirs sensoriels.
Des images fragmentées, puissantes et étrangement érotiques ont refait surface, me submergeant. Cet homme... son visage était toujours une ombre, une silhouette vague dans la pénombre de ma mémoire, mais le reste était d'une clarté brûlante. Ses baisers qui réclamaient, qui exigeaient une réponse, laissant derrière eux une traînée d'électricité pure. Ses mains qui parcouraient mon corps avec une assurance désarmante, une cartographie précise de mes zones de plaisir et de mes points sensibles. Cette sensation... une vague de désir brut, libre, qui balayait cinq années de retenue et d'abstinence forcée. J'avais oublié ce que c'était de se sentir désirée, de se sentir... vivante. C'était une liberté enivrante, la preuve que j'étais toujours capable de ressentir ça.
Pourtant, au milieu de cette vague d'émotions et de sensations, une prise de conscience brutale, presque hilarante, a surgi :
— Purée, j'arrive pas à me rappeler de son visage, pfff !
C'est dingue ! Je me souviens de la texture de sa chemise, du son grave de sa voix quand il m'a murmuré des choses... mais pas du putain de visage !
À peine avais-je fini cette pensée que la porte de ma chambre s'ouvrit avec fracas, perçant le silence de l'appartement. C'était Nath (Nathalie), ma colocataire, son visage trahissant un mélange d'inquiétude et d'excitation. Elle criait, sa voix résonnant dans le petit couloir :
— Kadji ! Tu vas bien ? Réponds, bordel !
Je me suis dépêchée de sortir de la salle de bain, une serviette enroulée autour de moi, l'expression irritée.
— Tu fais quoi là ? Et crie pas s'il te plaît, j'ai l'impression d'avoir un marteau-piqueur dans la tête, Nath.
Elle a ignoré mon état, ses yeux pétillants d'une curiosité insatiable. Elle a fait un pas vers moi, ses mains sur ses hanches.
— Raconte-moi ta soirée d'hier. Le débrief, tout de suite !
Je soupirai, massant mes tempes.
— C'est ça le problème, chérie.
Je me suis écroulée à côté d'elle sur mon grand lit défait, le corps lourd.
— Je m'en rappelle vaguement... Il y a des trous noirs, des blancs complets. Je t'assure, même son visage, je l'ai plus en tête. Une vraie amnésie sélective.
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L' INSOUMISE
RomanceNeïsha a connu la violence et la dépendance. Aujourd'hui, elle n'a qu'une seule obsession : l'indépendance. Ses études d'architecte sont sa seule échappatoire et le prix de sa liberté. Lorsqu'elle rencontre Idriss, célibataire au charme ténébreux...
