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Neïsha

Cela fait maintenant quelques semaines qu'Idriss et moi, nous nous fréquentons. La notion de « fréquenter » est d'ailleurs assez amusante : cela se résume à des échanges de messages tardifs, quelques rendez-vous impromptus et, bien sûr, cette brève mais intense rencontre dans les toilettes d'une soirée d'anniversaire. Une dynamique de jeu et de défi s'est installée entre nous, une tension qui me plaît et me déroute à la fois.

Depuis le fameux live que nous avions partagé par hasard, mes abonnés ont augmenté considérablement sur mes réseaux sociaux, surtout après que j'ai posté une série de clichés travaillés pour ma collection à venir. Le monde extérieur commence à me reconnaître, mais seule la validation de ce garçon insupportable semble m'importer en ce moment.

Actuellement assise dans le salon de mon appartement, le soleil de l'après-midi filtrant doucement à travers les stores vénitiens, je suis entourée de feuilles de papier froissées et de stylos de couleur. J'ai dessiné des croquis de nouvelles créations toute la matinée, une collection inspirée par l'énergie brute de la rue et le luxe discret que j'essaie d'insuffler à chaque pièce.

Mon cours de langue est prévu pour l'après-midi, mais il est encore tôt et l'ennui me gagne, me laissant face à mes pensées, toutes tournées vers lui.

Ne sachant pas comment occuper ce temps mort, j'ai décidé de prendre une initiative que la Neïsha d'il y a six mois n'aurait jamais envisagée-rendre visite à Idriss au bar où il travaille.

Je voulais vérifier qu'il était bien là, qu'il ne s'était pas volatilisé, qu'il n'était pas en train de courir après une autre « gazelle » comme dans la course post-anniversaire. Je voulais marquer mon territoire, même inconsciemment.

J'ai commandé un Uber et, lorsque le véhicule est arrivé, nous nous sommes mis en route vers son lieu de travail.
Durant le trajet, l'ambiance est légère. La radio s'est mise à jouer Kulosa d'Oxlade.

Je me suis sentie concernée par les paroles, par ce mélange d'insouciance et de désir. Je me retrouve à fredonner la chanson, les paroles s'échappant légèrement de mes lèvres. Comme suivi par le rythme, le chauffeur s'est mis à la fredonner aussi, battant la mesure sur son volant. Cet échange anodin me charge d'une énergie positive et je me sens prête pour l'affrontement, ou du moins, pour la rencontre. Lorsque nous arrivons, je lui laisse un pourboire généreux. Il m'a permis d'oublier l'objet de ma visite pendant quelques minutes et ce moment de grâce vaut bien quelques euros supplémentaires.

Je prends la ruelle qui mène au BlackCatJuice en mettant mes Airpods. J'y diffuse un peu de rap français pour me donner de l'assurance, une armure sonore. L'enseigne du bar est sobre, mais les grandes vitres fumées laissent deviner l'ambiance intérieure. Lorsque j'arrive devant l'entrée, je m'arrête à l'extérieur pour le chercher du regard, ma poitrine se serrant légèrement d'appréhension.

Mais quelle fut ma surprise de le voir en bonne compagnie, accoudé au bar ! Il était là, parfaitement à son aise, un sourire éclatant éclairant son visage, face à une fille qui riait un peu trop fort, les mains posées sur le comptoir. Cette dernière lui a tendu une boîte qu'elle ouvrit avec un geste théâtral. L'air était rempli d'une complicité que je n'avais pas encore partagée avec lui.

Curieuse, je me rapproche, fixant la scène. Mon cœur bat un rythme lourd. Je remarque que c'était une montre, une pièce manifestement coûteuse, et qu'elle venait de la lui offrir. Une vague de jalousie, cinglante et amère, me submerge, balayant toute l'assurance que m'avait donnée le trajet en Uber.

Je n'ai pas défilé. Au contraire. Je me suis accaparée une table stratégiquement située juste à l'entrée du bar, d'où j'avais une vue imprenable sur le comptoir et, plus important, sur lui. Je m'installe, mon sac posé négligemment. Au bout de quelques minutes, c'est la fille qui était avec lui qui vient à ma table. Son air est professionnel, un peu trop zélé, mais ses yeux de chat noir-je déteste les yeux de chat noir-pétillent d'une curiosité non feinte.

L' INSOUMISEDes histoires addictives. Découvrez maintenant