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Idriss

-Quelle est cette odeur ?

Me demandais-je, le cerveau encore embué de sommeil. J'ouvre les yeux. Je suis toujours en boxer, le drap en soie s'enroulant inconfortablement autour de mes hanches.

Je viens de remarquer que je suis seul dans le lit. Le côté de Neïsha est frais, ce qui signifie qu'elle est levée depuis un moment. Mais cette odeur m'intrigue tellement... Ce n'est pas le parfum de l'encens qu'elle brûle habituellement, ni celui du café.

C'est une odeur de friture, de cuisine africaine, puissante et réconfortante. Je me lève un peu en titubant, le sol sous mes pieds étant froid. Je sors dans le salon, qui sert également d'atelier de création à Neïsha.

Mon regard tombe d'abord sur la cuisine ouverte. Elle est là, vêtue d'un tablier blanc surdimensionné qui masque un peu trop bien ce qu'elle porte en dessous. Je la vois devant une caméra, perchée sur un trépied, en train de faire de grands gestes théâtraux avec une écumoire. Elle parle avec animation, son visage illuminé par la lumière du matin et par le ring light professionnel qu'elle a installé.

Puis, l'odeur me frappe de nouveau. Une odeur distincte, unique : la friture de l'attiéké, la cuisson du thon braisé. Le Garba ! Je me frotte les yeux. Comment a-t-elle su que le Garba était ma madeleine de Proust, mon plat de réconfort absolu ? Elle n'aurait jamais pu le deviner. C'est un secret que je garde jalousement, le seul plat qui me rappelle la maison sans amertume.

Neïsha

@Neisha.starr passe en direct.
Live TikTok : Jeudi GARBA 🐟📢

« Alors, mes chéris, vous voyez bien que le thon a cette belle couleur dorée. N'ayez pas peur de le retourner ! On veut qu'il soit croustillant à l'extérieur et tendre à l'intérieur, comme... comme vos projets, d'accord ? Soyez précis ! »

Pendant le confinement, alors que je m'ennuyais à mourir, j'ai pris l'habitude de faire des tutos cuisine pour mes abonnés fous de cuisine, ce qui est un concept assez marrant, surtout quand c'est de la cuisine africaine. L'idée est née d'un pari stupide. Maintenant, c'est devenu un rendez-vous populaire. Alors que je donnais des instructions précises pour le poisson thon, le détail de la recette de l'attiéké et le mélange d'épices parfait, une ombre massive se projette sur mon plan de travail. Je lève les yeux au ciel avant même de me retourner. Un homme, en sous-vêtements (mon boxer noir Calvin Klein, en l'occurrence), vient se mettre entre moi et ma caméra, bouchant la vue de mes abonnés avec son dos musclé. Il se penche pour sentir l'assiette.

-Tu fais quoi comme ça ? Sa voix est encore rauque de sommeil.

-Je fais un tuto cuisine, c'est facile à deviner. Et tu es en plein milieu du champ.

-C'est ça, comment tu as su que j'aimais autant le Garba ? Il tourne la tête, ses yeux fixant le plat avec une intensité étonnante. Il y avait une pointe de vulnérabilité dans sa question que je n'avais jamais entendue.

-Bah, tu es Ivoirien, enfin, nous sommes Ivoiriens, donc c'est presque normal...Bon, maintenant, pousse-toi.

dis-je en haussant les épaules, essayant de dissimuler que j'avais subtilement glané l'information auprès d'Amine.

-Ça mérite un baiser, ça.

Il se penche vers moi pour me donner un baiser, mais je l'arrête avec le manche de mon écumoire, le tenant à distance.

L' INSOUMISEDes histoires addictives. Découvrez maintenant