Neïsha
Déjà vingt-deux heures. Il ne m'a toujours pas écrit. Était-il sérieux en disant ça—l’aurais-je vraiment blessé cette fois, malgré le fait que j'avais raison de me sentir humiliée ? La question tournait en boucle dans ma tête, m’empêchant de trouver la paix. C’était la première fois qu’Idriss ne revenait pas au bout d’une heure après une dispute. Ce silence forcé était pire que ses piques.
Je me lève de mon lit. La gorge sèche, je me mets en quête de lait. Mais lorsque j'ouvre le réfrigérateur, je me rends compte que Nath a terminé la bouteille de lait. Comme à son habitude, elle vide la brique sans jamais la remplacer.
Cette négligence, si anodine soit-elle, ajoute à mon agacement. Il va falloir sérieusement que l'on en parle, ce n'est vraiment pas correct de sa part de ne jamais y penser.
J'enfile un jogging et un vieux sweat à capuche à la hâte pour me rendre à la supérette du coin de la rue. Je prends mes clés et mon portefeuille. Je ne prends même pas le temps de mettre mes Airpods, l'agitation d'une promenade nocturne étant exactement ce dont j'ai besoin pour chasser mes pensées noires.
Je saisis une brique de lait Candia et me dirige vers la caisse. Au même moment, j'entends le bruit d'une grosse moto qui se gare juste devant l’entrée, un rugissement sourd qui fait vibrer les vitrines. Cela n'attire pas particulièrement mon attention, jusqu'au moment où l'on s'adresse à moi.
—Bonsoir, Mademoiselle.
—Bonsoir.
La femme devant moi me regarde un moment. Je sens son regard insistant. Elle porte un blouson en cuir élimé et des bottes montantes, son casque posé sur le comptoir. Elle a un air dur, mais honnête, le genre de personne qu'on ne croise pas tous les jours dans cette supérette banale.
—Désolée de vous importuner, mais j'ai l'impression de vous connaître.
—Sûrement de TikTok alors. Je suis assez connue pour mes créations, bien que mon style soit très différent de l'univers de la mode classique que je développe actuellement.
—Hum, non, je n'utilise pas cette application. Je ne vois pas l’utilité de bouger son fiac ou de raconter des bobards aux gens pour exister. Ça, c'est ce que je dis à ma petite sœur tous les jours.
—Comment savez-vous cela, puisque vous n'êtes même pas sur l'application ?
—Je me rappelle de ce ton. Vous êtes récemment venue au BlackCatJuice.
Là, elle venait de piquer mon attention. Comment savait-elle que j'étais allée là-bas ? C’était trop de coïncidences pour être un hasard. Je la fixe.
—Comment ?
—En fait, je venais récupérer mon dernier salaire. J'ai été serveuse là-bas jusqu'à la semaine dernière, et l'embrouille a commencé à ce moment-là. Elle marque une pause, un sourire en coin. Je m'appelle Lulu, au fait. Je viens de racheter une ancienne vespa et je la retapais.
Je fais signe de oui avec ma tête.
—Je pense bien que tu étais venue voir Idriss ce jour-là.
—Oui, mais puisqu'il était occupé, j'ai juste voulu lui laisser le temps en partant, et je lui ai laissé une note.
—Votre note, qu'il a bien reçue. J'étais avec lui et la go de son pote au comptoir.
—Ah ? Mais de quoi parliez-vous avec Idriss, juste après mon départ ?
Nous sommes interrompues par le caissier, visiblement agacé par cette conversation qui retarde la fermeture.
—Les demoiselles, vous venez payer vos achats ou vous les remettez à leur place ?
—Désolée
Dis-je en posant mon article sur la caisse.Lorsque Lulu finit de prendre ses produits, elle décide de me raccompagner à pied en poussant sa moto, prétextant que le moteur était capricieux à froid.
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L' INSOUMISE
Storie d'AmoreNeïsha a connu la violence et la dépendance. Aujourd'hui, elle n'a qu'une seule obsession : l'indépendance. Ses études d'architecte sont sa seule échappatoire et le prix de sa liberté. Lorsqu'elle rencontre Idriss, célibataire au charme ténébreux...
