Chapitre 30 - Isaac

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— Je suppose que c'est le moment de se dire aurevoir, déclare Eleanora en fixant obstinément le bout de ses pieds.

Je prends son visage entre mes deux mains pour la forcer à relever la tête vers moi. Je dépose un baiser chaste sur ses lèvres, puis sur son front avant de la serrer fort. Il est toujours aussi déchirant de laisser derrière soi quelqu'un qu'on aime, quand bien même il ne s'agit que de quelques mois.

— Je reviens vite, lui promets-je même si j'ai conscience que cette information est relative. Et puis, je pars en territoire connu, rajouté-je pour tenter de la faire rire.

Un demi-sourire grandit sur ses lèvres. Je la soupçonne de se forcer pour ne pas rendre mon départ encore plus difficile qu'il ne l'est déjà.

— Tu les croiseras peut-être.

— Tu seras la première au courant si c'est le cas, la rassuré-je.

Notre étreinte dure aussi longtemps que le temps nous le permet.

Quand vient l'heure de se séparer, je la regarde quelques secondes de plus pour imprimer chaque détail de son visage dans mon esprit.

Elle va tant me manquer.

Je passe les contrôles de sécurité dans un flou total. J'ignore si j'ai pris la bonne décision en acceptant cette mission si tôt. Je n'ai jamais aimé la précipitation, or c'est exactement ce qu'il s'est passé. J'ai à peine eu le temps de confirmer mon départ qu'il fallait préparer des papiers, commencer les valises... Annoncer la nouvelle à tout le monde.

Les doutes m'assaillent durant l'intégralité du trajet jusqu'à Paris, puis jusqu'à Windhoek. Je me rappelle que six mois, ce n'est rien, surtout après avoir été séparés pendant cinq ans. Et en même temps... ça fait à peine six mois que je l'ai retrouvée. C'était trop tôt, pour dire au revoir.

Je ferme les yeux. Bien loin de trouver du repos, mes doutes m'assaillent encore un peu plus fort. Je suis responsable de la décision que j'ai prise. Mais pourquoi m'apparaît-elle si dramatique aujourd'hui ?

Quand l'avion atterrit en Namibie, j'ai le cœur alourdit de regrets et de doutes. Je commence à envisager de tout annuler. Je ne ressens pas l'excitation propre aux nouveaux voyages, aux nouvelles aventures. Je ressens juste la tristesse d'avoir laissé derrière moi des personnes que je n'étais pas prêt à quitter si vite.

Une fois la douane passée et mon sac à dos de voyage récupéré, je sors de l'aéroport pour affronter la nuit froide de Namibie. Je resserre les pans de mon manteau contre mon cou pour éviter de tomber malade, et hèle un taxi pour m'amener au centre médical depuis lequel partira notre expédition.

Une voiture s'arrête, et étant le premier à faire la queue, elle m'est toute désignée. Je laisse mes affaires au chauffeur, et le remercie lorsqu'il m'invite à prendre place.

Je m'engouffre dans la voiture, et la portière s'est déjà refermée sur moi lorsque je réalise que je ne suis pas seul sur le siège passager.

— Fiston, ça fait tellement longtemps que j'attendais de te revoir.

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