Une vieille boite en carton

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Ellie referma doucement la porte de sa chambre, le cœur lourd. Le silence régnait autour d'elle, pesant, mais étrangement apaisant après la confrontation pleine d'émotions avec Anaïs. Elle se laissa tomber sur son lit, le regard perdu sur le plafond blanc, revoyant encore le visage d'Anaïs, ses yeux brillants de promesses et de regrets.

Elle savait qu'elle aurait dû se sentir soulagée, peut-être même en paix. Après tout, Anaïs avait enfin brisé la distance qui s'était formée entre elles, et elle avait murmuré des mots qu'Ellie avait espérés entendre pendant si longtemps. Pourtant, un vide étrange demeurait, une douleur persistante qui refusait de s'effacer, peu importe combien elle essayait de tourner la page. Elle savait d'où elle venait, cette douleur. Elle savait que pour avancer, elle devait faire face à ces souvenirs qu'elle s'était efforcée d'oublier.

Sans un mot, elle glissa lentement sa main sous le lit et en sortit une boîte. Une vieille boîte en carton, usée, dont le couvercle était couvert de petits dessins au feutre, des cœurs et des fleurs esquissés maladroitement, vestiges d'un temps où elle avait naïvement espéré que leur amitié serait éternelle. Ellie la posa devant elle, hésitante, comme si ouvrir cette boîte signifiait rouvrir des plaies qu'elle avait à peine réussi à cautériser.

Avec un soupir tremblant, elle souleva le couvercle. La première chose qu'elle vit fut une photo d'Anaïs et elle, capturée lors d'une de ces journées d'été insouciantes. Elles souriaient, éclatantes de joie, les cheveux éparpillés par le vent, leurs visages si proches qu'on aurait dit qu'elles ne pouvaient rien briser, qu'elles ne connaîtraient jamais la douleur de la séparation. Ellie passa doucement son pouce sur la photo, comme pour en effacer les années qui les avaient éloignées. Mais même ce sourire imprimé semblait désormais un mirage, une ombre fragile de ce qu'elles avaient été.

Elle posa la photo sur son lit et sortit ensuite des petits objets : des bracelets en tissu qu'Anaïs leur avaient fabriqués un été, des lettres échangées, des petites notes griffonnées pendant les cours, où Anaïs écrivait des mots doux et drôles pour la faire sourire. Ellie sourit doucement, une mélancolie tendre l'envahissant alors qu'elle parcourait ces trésors d'un autre temps.

Puis, au fond de la boîte, elle trouva une enveloppe jaunie, fermée mais portant son prénom écrit d'une écriture tremblante. C'était sa propre écriture. Ellie sentit son cœur se serrer. Elle savait ce que contenait cette lettre. Elle savait aussi pourquoi elle ne l'avait jamais donnée à Anaïs.

D'un geste fébrile, elle décacheta l'enveloppe et sortit la feuille de papier pliée en quatre. Elle prit une profonde inspiration et commença à lire.


Anaïs,

Je ne sais même pas par où commencer. Parfois, les mots semblent si fragiles face à ce que je ressens, comme si même le plus beau des poèmes ne suffirait pas. J'aimerais te dire à quel point tu comptes pour moi, mais j'ai peur, peur de tout gâcher, peur que tu ne me regardes plus jamais comme avant.

Quand je te vois rire, c'est comme si tout le reste s'effaçait. Le monde peut bien s'écrouler autour de moi, rien ne semble vraiment grave tant que tu es là. Et pourtant, je ne peux m'empêcher de me sentir si petite, si insignifiante à côté de toi. Je te regarde de loin, et je me dis que jamais je n'aurais la force de t'avouer ce que j'ai sur le cœur.

Anaïs, je crois que je t'aime. Pas comme on aime une amie, pas comme on aime quelqu'un de passage dans sa vie. Non, c'est un amour qui me dépasse, qui me fait peur, qui brûle en moi et qui me laisse sans voix. Tu es tout ce que j'ai toujours voulu, tout ce que je rêvais d'être.

Mais je sais que tu ne me regarderas jamais de cette façon. Je sais que tu ne pourrais pas comprendre, ou peut-être que si, mais je n'ai pas le courage de te le dire. Alors j'écris cette lettre que tu ne liras probablement jamais, parce que j'ai trop peur de te perdre.

Un jour, peut-être, j'aurai la force de te dire ces mots face à face. En attendant, je garde ça en moi, dans ce petit espace secret de mon cœur que je garde rien que pour toi. Sache juste que, peu importe ce qui arrive, je t'aimerai toujours, d'un amour que rien ni personne ne pourra jamais effacer.

Ellie."


Ellie replia la lettre, les mains tremblantes, les yeux brouillés par les larmes. Cette lettre qu'elle n'avait jamais osé donner, ces mots qu'elle n'avait jamais prononcés, portaient en eux tout l'amour qu'elle avait refoulé, tout ce qu'elle avait sacrifié pour préserver une amitié qui, malgré tout, s'était brisée.

Elle posa la lettre sur son cœur, fermant les yeux, laissant enfin ces larmes couler librement. Tout en elle tremblait sous le poids de cet amour inavoué, de ce besoin d'Anaïs qui l'avait suivie toutes ces années. Mais plus encore, elle sentait le poids de cette souffrance silencieuse, cette lutte pour cacher ses sentiments, pour les dissimuler dans cette boîte, comme s'ils n'avaient jamais existé.

Un mélange de nostalgie et de tristesse l'envahissait. Elle se rendait compte que, malgré tout, une part d'elle-même avait toujours espéré qu'Anaïs découvrirait cette lettre, qu'elle viendrait vers elle avec ce même amour, cette même intensité. Peut-être, se dit-elle, ce soir-là, en confrontant Anaïs, elle avait enfin libéré une part de ce poids. Peut-être qu'Anaïs, avec ses mots pleins de regrets et de sincérité, avait réussi à ouvrir une porte qu'Ellie avait fermée depuis trop longtemps.

Ellie inspira profondément, posant la lettre à côté de la photo. Elle savait qu'elle n'avait plus besoin de cacher ses sentiments, qu'elle n'avait plus besoin de fuir son passé. Peut-être que leur histoire ne serait jamais celle qu'elle avait imaginée, mais elle pouvait enfin accepter d'avancer, avec ou sans l'amour d'Anaïs.

Ce soir-là, pour la première fois depuis longtemps, 

Elle laissa cette douleur la traverser.

Elle pleurait.

Elle se rappelait.

Elle ne voulait pas oublier.

Elle voulait se rappeler.

mais elle sentit aussi une nouvelle lueur d'espoir. Un espoir fragile, mais un espoir tout de même.

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