Santiago

523 21 0
                                        


Anaïs rentrait chez elle, le cœur lourd. Elle sentait encore la brûlure des larmes sur sa joue, comme une marque indélébile de cette confrontation avec Ellie. Comment pouvait-elle lui prouver qu'elle avait changé, qu'elle voulait vraiment être quelqu'un de meilleur pour elle ?

La question la hantait, comme si une part d'elle-même refusait de croire qu'elle en était capable. Avait-elle seulement la force de changer ? Pendant des années, son cœur était resté replié sur lui-même, comme en attente. Aujourd'hui, après avoir retrouvé Ellie, après avoir effleuré l'ombre de ce qu'elles avaient partagé, elle sentait une résurgence de sentiments qu'elle avait refoulés. Elle se retrouvait face à ce besoin d'elle, plus vital encore qu'elle ne l'avait imaginé.

Tout en elle criait qu'elle avait besoin d'Ellie.

La culpabilité pesait, lourde et incessante. Elle savait qu'aucune excuse ne pourrait effacer le mal qu'elle lui avait fait subir. Elle avait été cruelle, lui infligeant blessures et humiliations. Elle avait piétiné leur lien pour se protéger de la colère de son père, mais le prix en avait été terrible.

Perdue dans ses pensées, elle tourna la clé dans la serrure et ferma la porte derrière elle, posant son front contre le bois comme pour retarder encore un peu ce moment de vérité. Comme si elle pouvait se bloquer dans cette boucle, suspendue entre le passé et ce futur incertain où elle ne savait plus vraiment qui elle était. Mais un bruit derrière elle rompit ce silence ; elle se retourna, et son frère Santiago la regardait avec douceur.

— Ça va ? demanda-t-il, les yeux remplis d'une bienveillance presque désarmante.

Anaïs soupira, expulsa un long souffle, comme pour alléger ce poids qui écrasait son cœur. Elle savait qu'il devinerait son état, mais elle se força à lui sourire.

— Je savais pas que t'étais rentré. J'suis contente, murmura-t-elle, même si ses mots sonnaient faux, noyés sous la tempête intérieure qui l'agitait.

Santiago fronça les sourcils, soudain inquiet.

— Anaïs... dis-moi ce qu'il se passe. C'est papa ? Il t'a fait quelque chose ? Il t'a recontactée ? demanda-t-il, sa voix chargée d'une inquiétude sincère.

— Non, non, c'est pas ça, Santiago, répondit-elle en secouant la tête, cherchant ses mots. Elle s'approcha de lui et l'enlaça, trouvant un instant de réconfort dans sa chaleur fraternelle. — T'inquiète pas... c'est... c'est juste... des vieilles histoires de cœur, murmura-t-elle d'une voix brisée.

Il resserra ses bras autour d'elle, et elle sentit une larme couler silencieusement le long de sa joue. Santiago lui frotta le dos, patient.

— Tu peux m'en parler, Anaïs. Je te jugerai jamais, tu sais, dit-il doucement.

Elle hésita un instant, cherchant à dompter les mots. Puis, d'une voix tremblante, elle se lança.

— Tu te souviens de... Ellie ? demanda-t-elle, presque hésitante.

Le visage de Santiago s'éclaira d'un sourire.

— Comment que je m'en souviens ! Je l'adorais, cette meuf. Mais... attends, y'avait pas eu un truc ? Papa t'avait interdit de la voir, non ?

— Ouais... Il voulait plus qu'on soit amies, parce qu'elle... elle aime les filles, murmura-t-elle en retenant un sanglot.

— Ça, tout le monde le savait, t'avait vue sa dégaine ? dit-il en riant un peu, tentant de détendre l'atmosphère. Elle était géniale, vraiment.

Elle lui donna une petite tape sur l'épaule, esquissant un sourire malgré elle.

— T'es bête, répondit-elle, secouant la tête.

Me and the DevilDes histoires addictives. Découvrez maintenant