Chapitre 10 : Jack

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J'ai perdu tout contrôle.

Je sors du bureau après ma déclaration et mon associé me lance des regards intrigués.

-Ce n'était pas prévu, remarque Nick. C'est une bonne initiative, ton père aurait approuvé. Mais tu as vraiment le temps de rencontrer tous tes employés ?

-Je dois le faire pour mieux les comprendre.

Ce n'est pas vrai, c'est une perte de temps. Encore une fois j'ai perdu le contrôle en présence de cette jeune femme. Je me suis sentie obligé de le faire. Pour avoir des réponses.

L'après-midi, je mets donc de côté mes urgences pour rencontrer le service marketing. Le premier à venir est Denis, compétent mais trop expansif sur sa vie privée. Puis Henri, doué, mais son regard s'attarde bien trop longtemps sur mes fesses, comme celui de Lisa.
Cette dernière est encore dans mon bureau. Elle me parle de sa vie, de ses prochaines vacances à Los Angeles. Je n'écoute pas vraiment, car une seule personne hante mes pensées.
Quand Lisa me demande si elle devrait se refaire les seins, mon agacement monte d'un cran. Je lui réponds sèchement :

-Lisa, je n'ai pas envie de répondre à ta question. Nous ne sommes pas là pour parler de ta vie privée, mais de ton travail. J'ai d'autres personnes à voir.

-Mais Jack, j'ai besoin de savoir !

Elle me lance un regard de chien battu. Si je ne lui réponds pas, elle ne partira jamais. Un soupir d'exaspération s'échappe de mes lèvres :

-Fais ce qui te semble le mieux. Tu n'as pas à douter de toi. Maintenant, tu peux t'en aller.

-Je savais que tu trouverais les mots justes, roucoule-t-elle.

Lisa se lève alors et remue ses hanches en quittant la pièce. Et j'attends sa venue.
Mais elle ne vient pas.
Les secondes s'égrènent, puis les minutes. Mon appréhension grandit. Que m'arrive-t-il ? Je ne suis pas du genre à stresser. Pourtant, son absence me trouble. Peut-être ignore-t-elle où se trouve mon bureau ?
Alors que je me lève pour aller la chercher, un bruit retentit : elle frappe à la porte.
Je m'assois rapidement, attrapant un document au hasard.

-Entrez ! dis-je de ma voix la plus assurée.

J'entends la porte s'ouvrir, ses pas se rapprocher.

-Vous êtes en retard.

Je ne la regarde pas, faisant mine d'être absorbé par ma lecture.

-Vous pouvez vous assoir.

Elle obéit, et je la fais patienter quelques instants. Le temps d'être prêt à affronter cette femme insaisissable.
Et je la regarde. Elle est là. Son maquillage n'a pas coulé sous ses yeux, elle a séché ses larmes.
Elle évite mon regard, focalisée sur mon clavier d'ordinateur. Ses doigts jouent nerveusement avec les boutons de son chemisier.
Que dois-je faire maintenant ? Etre compétent Jack, être son patron. C'est tout.
Alors, je me contente de lui demander :

-Présentez-vous.

De la surprise peint son visage. Elle ne s'attendait sûrement pas à cette question.

-Je m'appelle Ella Fardan.

Elle se tait, elle hésite. Je l'encourage alors :

-Mais encore ?

-Écoutez, je n'arrive pas à faire semblant.

Et soudain, elle me fixe droit dans les yeux.

-Vous savez ce qu'il s'est passé hier soir. J'étais avec mes amis, j'ai un peu trop bu et je ne me doutais pas que vous étiez...

-Votre patron ?

-Oui, souffle-t-elle. Je n'en avais aucune idée ! Je ne me serais pas permis d'avoir un tel comportement sinon. Je ne fais pas ce genre de chose lorsque je sors. J'enlève rarement la...

Elle désigne ma cravate du bout du doigt en rougissant.

-La cravate d'un parfait inconnu ?

-La cravate d'un parfait inconnu, confirme-t-elle. Je ne veux pas que cet incident ait la moindre conséquence sur mon travail. Je suis sérieuse, j'aime cette entreprise. Je n'ai jamais fait de faux pas et je m'améliore chaque jour. S'il vous plaît, ne me licenciez pas.

J'ai passé son dossier au peigne fin, il est impeccable. C'est même l'un des meilleurs éléments de l'entreprise.

-Vous pensez que je veux vous renvoyer parce que vous avez retiré ma cravate en état d'ébriété ?

Elle rougit encore plus et elle acquiesce lentement.

Quand nos regards se croisent, une idée jaillit soudain, comme une ampoule qui s'allume dans mon esprit. Je me rappelle la proposition de Nick : il me faut quelqu'un pour m'accompagner à ce foutu week-end.
Je la dévisage. Elle ne me connaît pas et moi non plus. Pourtant, elle me paraît être le choix le plus judicieux.
Nick veut inviter les meilleurs éléments de l'entreprise. Je pourrais glisser son nom pour qu'elle fasse partie du groupe. Elle travaille efficacement, elle mérite sa place, même si Nick préfère habituellement convier les responsables. Elle pourrait justement devenir un exemple, un moteur pour pousser les autres à se dépasser.
Et puis, au delà du travail, je ressens l'irrésistible envie de la découvrir.

-Mademoiselle Fardan, avez-vous de bonnes relations avec Lisa Hamilton ?

- Oui, ment-elle. Notre relation est professionnelle.

Elle n'arrive pas à cacher la vérité : ses yeux fuient les miens.

-Et son père ?

-Nous nous entendons bien. J'ai un affect particulier pour Nick Milton car c'est lui qui m'a embauchée.

Visiblement, la présence de Nick ne semble pas lui poser autant de difficultés qu'à moi. Elle pourrait donc le supporter tout un week-end.

-Je vous aie vu pleurer, lui dis-je. Je ne tolère pas ce genre de comportement. Mes employés doivent laisser leur vie sentimentale à la porte quand il s'agit de travail.

Je ne le pense pas vraiment, mais Ella doit ressentir de l'inquiétude. Elle en a besoin pour accepter ma proposition.

-Je ne reprends pas votre comportement d'hier soir. Malgré tout, c'est déjà le deuxième incident regrettable.

Elle fronce les sourcils et un joli pli se trace sur son front. Elle m'observe avec méfiance.

-J'ai une proposition à vous faire. J'oublie toutes vos erreurs... à condition que vous me rendiez un service.

Je sens son appréhension. Elle n'est pas bien, je ne le suis pas non plus. Je joue avec elle, et ça ne m'enchante pas. Ce n'est pas professionnel, mais mon ton autoritaire semble lui laisser croire le contraire.
Je croise les bras sur mon bureau, me penche légèrement vers elle, et lui lance sèchement :

-Si vous refusez, vous êtes virée.

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