C'est fini.
Je viens de tout détruire. Qu'est ce qui ne va pas chez moi ?
Dans la voiture, Jack ne me regardait même plus. Il était prisonnier de cette image qu'il n'arrive pas à effacer : celle d'Ethan posant ses lèvres sur les miennes.
Je comprends sa douleur mais je ne comprends pas ses paroles. Elles étaient tranchantes, injustes. Jamais je ne jouerais avec lui. Pas après ce qu'on s'est dit, pas après nos caresses.
La tension devenait trop forte, l'air trop épais. Alors j'ai fui. Je suis sortie de la voiture sans me retourner. Me voilà maintenant sous la pluie, à quelques mètres à peine, mais déjà loin de lui.
Tel un fantôme, mon ombre glisse dans la nuit noire. Je ne reconnais pas l'endroit. La route longe un quartier pavillonnaire, quelque part à la sortie de New York.
Au loin, un arrêt de bus clignote. Je m'y accroche comme à une sortie de secours. Je pourrai rentrer chez moi. Et pleurer.
Mes pas éclaboussent les flaques, la pluie ruisselle sur mon visage, mes bras, mes jambes. Mes pas s'accélèrent, mon cœur aussi. Et sa voix me rattrape.
-Ella.
Une main saisit doucement mon bras.
-Ella, retourne-toi, s'il te plaît.
Il n'a plus la dureté de tout à l'heure.
-Mes sentiments ont pris le dessus, je ne t'ai même pas laisser le temps de t'expliquer. Je suis perdu.
Je me retourne. Il est là, debout sous la pluie battante, le regard rivé au mien.
Ses cheveux dégoulinent, sa chemise est trempée, collée à sa peau, mais il ne bouge pas.
Il est préoccupé à me fixer avec acharnement. Il veut obtenir des réponses.
-J'ai l'impression de n'être qu'une marionnette. Est-ce que tu joues avec mes sentiments ?
-Non. Bien sûr que non. Tu n'as pas à en douter.
Il soupire, visiblement rassuré par la sincérité dans ma voix.
-Ethan m'a embrassé de force. Je... Je ne voulais pas. Je n'étais pas consentante.
Je revois ses mains sur mes hanches, ce cri coincé dans ma gorge.
-Tu es arrivé à temps. J'ai réussi à le repousser mais il était fort.
Dans ses yeux, une lueur de colère renaît. Il comprend enfin.
-Quand je suis remontée dans la voiture, j'étais encore sous le choc. Je ne parlais pas parce que je réfléchissais à ses paroles. Il m'a agressé tout en m'affirmant qu'il m'aimait encore.
Je ferme les yeux en repensant aux mots de mon ex.
-Il m'a aussi dit des choses vraies... des faits, des réalités.
-Des réalités ? m'interroge Jack.
-Je ne suis pas une fille pour toi.
Jack fronce les sourcils, cherchant à comprendre, mais il sait déjà.
-Je suis une fille perdue. J'ai constamment besoin d'attention.
-C'est ce dont tu te persuades, me corrige-t-il. Ce n'est pas vrai.
-Peut-être mais je n'arrive pas à penser autrement.
La pluie s'abat sur nos visages, et l'orage gronde au creux de ma poitrine.
-Je dois m'éloigner Jack. Je suis instable. Je t'ai fait du mal ce soir et je recommencerai car je ne sais pas c'est que c'est d'être heureuse. Je gâche toujours tout.
-Non, me retient-il.
-Si je te fais souffrir maintenant, ça continuera. Car c'est comme ça. Il faut que je m'éloigne de toi.
-Ella, j'aimerais être dans ton esprit pour que tu arrêtes de penser de cette façon. Tu ne me fais pas souffrir.
-Pourtant, ce soir, tu as eu mal.
-Oui mais c'était une situation qui ne se répétera pas.
-Tu n'en sais rien. Je suis imprévisible, tu l'as dit toi-même.
-Je...
Il ne me contredit pas car ce sont ses mots.
-Nous devrions faire une pause avant que ce ne soit trop tard. A cause de moi, tu n'es plus le même qu'avant. Tu perds souvent le contrôle et tu détestes ça.
Je commence a faire demi-tour, les pieds dans l'eau.
-Nous venons de deux mondes différents, je soupire.
Dos à lui, je commence à marcher. Je l'entends s'agacer.
-Bon dieu, Ella !
Je résiste à l'envie de me retourner. C'est mieux ainsi, pour nous deux.
-Tu penses vraiment que partir va me soulager ? C'est l'inverse ! Je ne vais plus pouvoir respirer !
Des larmes s'échappent de mes yeux et se mêlent à la pluie.
-Tu crois que tu n'as jamais été aimée ? C'est faux, Ella.
Je m'arrête net. D'un geste tremblant, je passe ma manche mouillée sous mes yeux pour essuyer mes larmes.
-Je ne te quitterai jamais.
Il le doit. Il doit s'éloigner de moi. J'ai déjà brisé son cœur au début de notre histoire, qu'adviendra-t-il ensuite ?
Mon tempérament imprévisible le détruira. Ses sentiments mettront en péril sa carrière, tout ce qu'il a construit pendant des années, l'héritage de son père. Je dois partir. Pour lui, pour son bien.
Je me retourne enfin pour lui faire face, retenant mes larmes. Une bonne distance nous sépare, mais je vois clairement son visage. Ses yeux verts cherchent désespérément une réponse. Il est désemparé.
-Je vais partir, pour toi.
Ces mots, douloureux et mensongers, s'échappent de ma bouche :
-Tu as raison, tu n'as été qu'un jeu.
-Non. Tu mens.
-Je ne mens pas, je te dis la vérité.
-Arrête ce petit manège.
-Ethan m'a très bien cerné. Il t'a certainement dit que j'étais une fille paumée et il a vu juste. Je ne fais confiance en personne. Ce n'est parce que tu m'as révélé tes souffrances d'adolescent que je me suis attachée à toi.
-Arrête, répète-t-il pour me faire taire.
-Ce fameux soir au bar, je t'ai vu comme un trophée. J'ai parié avec mes amis de récupérer ta cravate. J'aurais pu m'arrêter mais j'ai poursuivi. C'est excitant de s'amuser avec le patron invincible.
Si je l'aime vraiment, il faut que je l'éloigne de ma vie. Je m'en persuade.
-Tu n'étais qu'un défi pour moi, une simple histoire.
Je me détourne, sentant mes paupières lourdes et les larmes monter. Je continue de marcher, ignorant l'homme perdu derrière moi.
-Ella !
Il hurle mon prénom pour me retenir.
-Une simple histoire ?
Je marche encore ne contrôlant pas mes pleurs.
-Ella !
Son cri est maintenant loin de moi et je continue ma route, le cœur fêlé.
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Un jeu de trop
RomanceLe jour de son anniversaire, Ella se fait brutalement larguer. Blessée, elle ne croit plus en l'amour. Pour lui remonter le moral, ses amis l'entraînent dans une soirée arrosée et lui lancent un défi audacieux : retirer la cravate d'un mystérieux br...
