J'ai fait ce que je devais faire.
Mais ça n'apaise rien. Mon cœur est en lambeaux depuis hier. Chaque battement un rappel brutal de son absence.
J'ai cru, naïvement, que je la verrais au bureau ce matin. Mais elle n'est pas venue. Son supérieur m'a dit qu'elle était malade, c'est un mensonge. Elle ne sera pas là demain, ni les autres jours.
J'essaie de me concentrer sur les chiffres étalés devant moi, mais tout est flou. L'urgence de mes tâches n'a plus d'écho. Mon esprit erre ailleurs. Je revois son visage sous la pluie, bouleversée, perdue. Ses mots n'étaient pas des adieux. C'était un appel à l'aide, déguisé sous la peur.
Alors j'ai fait ce que j'ai pu.
Je suis allé voir cet imbécile d'Ethan. Je l'ai confronté. Ce que je voulais, c'était simple : qu'il s'excuse. Qu'il reconnaisse ses fautes.
C'est Dany qui m'a donné son adresse. J'y suis allé sans réfléchir, les poings serrés. J'ai tambouriné à sa porte jusqu'à ce qu'il m'ouvre. Il voulait me claquer la porte au nez, alors je lui ai parlé de ses dettes. De la salle de sport obtenue de manière frauduleuse. Et surtout de ce prêt, contracté auprès du fils Genovese, un mafieux notoire déguisé en comptable. Si cette histoire venait à fuiter dans les journaux, il tomberait.
Son teint a viré au gris. Il a compris. Et il a accepté d'aller s'excuser, j'espère que ce salopard l'a fait.
Ce n'était pas par vengeance que je l'ai menacé, ni pour qu'elle me revienne, je l'ai fait pour que les fissures de sa vie se réparent.
Mon téléphone vibre dans ma poche mais je ne réponds pas. Mais la sonnerie s'acharne alors je décroche à contrecœur :
-Jack Lewis.
-Jack? C'est Nick.
Pitié pas lui.
-Comment ça va fiston?
-C'est plutôt à toi qu'il faudrait poser la question.
Un rire gras résonne dans mes oreilles, il a bu.
-Je célèbre mon départ à la retraite.
-C'est ce que j'entends. Tu ne l'avais pas déjà fêter ?
-On ne le fête jamais assez !
Derrière sa voix, des rires, de la musique, des verres qui s'entrechoquent. De la vie.
-Écoute fiston, commence-t-il. Je t'appelle pour parler de Lisa. Elle est inconsolable. Tu ne lui parles presque plus depuis que tu sors avec Ella.
Mon agacement s'accroît, Nick en est la cause.
-Ella est une chouette fille ! Mais Lisa ne t'intéresse vraiment pas ?
-Non. J'aime Ella.
Nick arrête de rire et un long silence s'installe.
-Tu es quelqu'un d'affreusement déterminé, finit-il par dire. Je ne réussirai jamais à te faire changer d'avis... Comme ton père, à l'époque.
La mention de mon père ne me crispe pas. Étrangement. Pour une fois, j'ai envie d'en entendre plus.
-Il serait fier de toi, Jack.
-Il n'a jamais été là.
-C'est vrai mais il me racontait sans cesse tes exploits. J'étais au courant de toutes tes réussites.
-Il pensait à moi ?
-Sans arrêt, me répond-il. J'avais droit à la liste complète de tes compétitions, de tes prix, de tes diplômes. Il te suivait de loin... mais il te suivait.
-Il ne me l'a jamais montré.
-Il n'en était pas capable. Il a arrêté de vivre le jour où ta mère nous a quitté.
Il n'était que l'ombre de lui-même car rien n'avait de sens à ses yeux. Il attendait le moment de la rejoindre. C'était un choix égoïste, mais comment lui en vouloir ? Quand un cœur est brisé, parfois rien ne peut le réparer.
-Il me manque tous les jours, se désole-t-il. Ta mère aussi. Eux deux, ensemble, c'était un amour que je n'ai jamais revu ailleurs.
Le visage d'Ella me vient en mémoire.
-Tu aimes cette fille ?
-Oui.
-Pourquoi tu n'es pas avec elle alors ?
-On s'est... On s'est séparés.
-Tu ne vas pas apprécier ce que je vais te dire, commente-il. Je ne suis pas ton père mais je vais te dire ce qu'il t'aurait dit s'il avait encore été là : Si tu l'aimes vraiment, ne perds pas une seule seconde. Le temps est précieux. Ne doute pas et fonce. Ne laisse pas passer ta chance, tu m'entends ?
-Oui.
-Bien !
Je reste un instant suspendu à ses mots. Il se montre... paternel. Lui, Nick. L'homme à la voix graveleuse et aux blagues douteuses.
-On m'appelle pour fumer un cigare ! fait-il.
Le naturel revient au galop. Sa voix s'éloigne, bousculée par les rires et le bruit ambiant. Je raccroche, lentement.
Je reste un instant figé, le téléphone encore à l'oreille. Ce court échange m'a touché. Il m'a offert quelque chose de rare : une main tendue vers le passé. Une certitude. Mon père pensait à moi. Et aujourd'hui... quelqu'un m'aime peut-être autant que lui a aimé ma mère.
Jack!
Je fronce les sourcils lorsque j'entends mon prénom.
Jack!
Cette voix... elle résonne dans mes veines. Elle court sous ma peau, se cogne à mes os. Elle fait battre mon cœur à nouveau.
Jack!
Non, je ne rêve pas. La voix d'Ella.
Je me lève d'un bond, repousse ma chaise. Je sors précipitamment de mon bureau, les sens en alerte
Jack!
Le bruit se fait plus proche comme des bruits de pas saccadés.
Jack!
Je défais ma cravate, elle m'étrangle. Je pousse les portes une à une.
Salle de conférence ? Vide.
Secrétariat ? Non.
Bureau administratif ? Rien.
Je me dirige vers son bureau, le dernier endroit où je n'ai pas fouillé. C'est le plus évident mais rien n'a plus d'évidence sans elle.
L'endroit est sombre, seuls les lampadaires de l'extérieur éclairent la pièce. À l'autre bout de la pièce, sa silhouette.
Ella se retourne.
Je serre les poings et prend mon courage à deux mains.
Je vais foncer comme m'a encouragé Nick et comme l'aurait voulu mon père.
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Un jeu de trop
RomanceLe jour de son anniversaire, Ella se fait brutalement larguer. Blessée, elle ne croit plus en l'amour. Pour lui remonter le moral, ses amis l'entraînent dans une soirée arrosée et lui lancent un défi audacieux : retirer la cravate d'un mystérieux br...
