Chapitre 18 : Jack

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J'ai envie de hurler.

Hurler à cause de la douleur dans ma main.
Mon coeur s'est serré quand j'ai vu Ella, sublime dans sa robe, danser avec un autre. Et puis, tout s'est figé. L'instant où il l'a saisie comme une vulgaire poupée. Où son sourire a glissé vers la peur.

Et le clou du spectacle: c'est Ethan. Et j'ai une envie viscérale de lui refaire le portrait.
Mais je n'ai même pas le temps d'y penser. Ella me prend par la main et me guide à travers la foule. Les convives sont silencieux et observent la scène comme une pièce de théâtre. Ils se demandent pourquoi le grand patron a perdu le contrôle. Il faudra bien que je trouve une explication.
Mais une chose à la fois. Pour l'instant, ma colère me dévore.

Alors qu'Ella me mène, je sens peu à peu la tempête en moi se calmer. Son parfum nous conduit jusqu'à un balcon non loin de la salle de réception.
Personne ne s'y trouve. La lumière est faible, juste ce qu'il faut pour me permettre de reprendre mes esprits.

Ella s'assoit sur un banc en marbre et pose sa main sur la peau rougie de son bras.
Sous la lueur de la lune, sa silhouette m'apparaît. Elle a retiré son masque et je peux enfin plonger dans ses yeux bleus, teintés de peine.

Tendrement, elle me souffle :

-Merci.

Merci ? Je m'attendais à tout, sauf à ça. Pas à un remerciement. Je pensais qu'elle allait crier, pleurer, m'en vouloir pour ma violence ou l'insulter lui.
Elle m'impressionne.

-Je ne me suis pas contrôlé, m'expliqué-je. Je ne pouvais pas le laisser vous traiter de la sorte. Ça m'était...

Je cherche mes mots sous son regard azur.

-Difficile.

Difficile, insupportable, insoutenable. J'aurais dû aller à sa rencontre au moment où elle a franchi la porte de cette salle. Je n'ai vu qu'elle.

-Vous m'excuserez pour la violence.

-Il le mérite, je crois.

-Je vous l'accorde.

-Je ne pensais pas qu'il était aussi stupide, soupire-t-elle. J'ai honte d'être sortie avec lui.

Elle baisse les yeux et observe ses pieds. Je reste là, à la contempler. Dans ce décor somptueux, mon cœur et mon esprit se lient. C'est elle.

-Vous m'avez demandé pourquoi j'étais sortie avec lui.

-Je m'en souviens.

-Ma réponse était floue...

-Vous m'avez dit que la solitude pouvait nous pousser à nous accrocher à la moindre personne.

-Oui, mais...

Elle cherche ses mots et je devine ce qu'elle est en train de faire. Elle s'apprête à se confier, comme je l'ai fait ce jour-là. Alors je me tais. Je l'écoute.

-Je n'ai jamais été aimé, grimace-t-elle. Dès ma naissance, mes parents ne voulaient pas de moi. Ma mère dealait, mon père se droguait. J'étais un poids, un coût. Rien d'autre. À cinq ans, ils m'ont laissée devant un foyer. Ma mère a disparu à l'étranger, mon père est mort d'une overdose.

Dans la nuit obscure, je distingue ses mains se serrer contre sa robe.

-J'étais déjà trop vieille pour qu'une famille me choisisse, continue-t-elle. Alors j'ai été baladée de foyer en foyer. Certaines familles étaient violentes. Une seule a été merveilleuse mais je n'y suis pas restée assez longtemps pour qu'on m'aime. Je changeais d'école tout le temps. Trop court pour avoir des amis et... pour être quelqu'un.

Un jeu de tropOù les histoires vivent. Découvrez maintenant