Chapitre 6 : Jack

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Jack arrête de la regarder.

J'en suis incapable. Mes yeux dérivent inlassablement vers sa table.
Elle est toujours aussi vive, aussi légère, comme si sa chute n'avait été qu'une parenthèse. Quand je l'ai vue au sol, je me suis précipité pour l'aider. Mes doigts ont effleuré son corps, trop brièvement. Une simple caresse involontaire, frustrante. J'ai voulu lui parler, lui dire qu'elle me plaisait. Mais les mots sont restés bloqués.
Face à elle, toute mon assurance s'effondre. Je perds le contrôle. C'est précisément ce qui me déstabilise.

Habituellement, je supervise tout. Mes gestes, mes mots, mes rencontres : rien n'est laissé au hasard. Les situations capables de me faire perdre mon sang-froid sont rares. Et pourtant, depuis ce matin, elles se succèdent. Entre cette énigmatique jeune femme et la proposition de Nick, je vacille.
Je soupire en repensant à mon associé. J'ai accepté de passer le week-end dans sa maison secondaire et je ne peux plus reculer. Si Nick m'a invité, ce n'est certainement pas par simple courtoisie. Il veut me caser avec sa fille. Et si je viens seul, elle me collera tout le week-end comme une sangsue. Il faut absolument que je sois accompagné. Mais qui pourrait bien venir avec moi ?

Le bar s'assombrit brusquement, m'arrachant à mes pensées. Peu à peu, les conversations s'éteignent. Une musique électrique explose dans l'air.

-Il y a une fille sur le bar, remarque Conrad.

C'est elle. La fille de la table d'en face. Que fait-elle ? Ses deux acolytes la rejoignent aussitôt, sous les regards intrigués de toute la salle.

-Qui veut danser ? s'exclame la grande blonde d'une voix enjouée. Il est l'heure de faire la fête !

Des applaudissements fusent, mêlés à des sifflements d'encouragement. L'ambiance bascule. Les clients se lèvent, frappent dans leurs mains, entraînés par l'énergie contagieuse du trio. La musique gagne en puissance. Harry et Peter se joignent à la foule, emportés eux aussi.
Moi je ne vois que elle.
Elle danse, éclate de rire à gorge déployée. Ses gestes sont maladroits, parfois hésitants. Elle manque même de trébucher. Mais elle continue, insouciante et libre. Et je reste là. Fasciné.

-Elle te plaît vraiment, remarque Conrad.

Je ne réponds pas. J'en suis incapable car ses yeux viennent de croiser les miens.
Son sourire s'élargit et ma gorge devient sèche.
Elle descend du bar et s'approche dangereusement de moi. Ses amis l'encouragent à grands renforts de rires et de cris.
Arrivée à ma hauteur, elle hésite une fraction de seconde... puis s'installe à ma droite, sur la banquette. De si près, je la contemple. Son visage est gracieux, sa bouche pleine et délicatement dessinée. Une fine cicatrice souligne le coin de son œil.

Nous nous dévisageons. Je reste figé comme un adolescent prêt à échanger son premier baiser. Qu'est-ce ce qu'il m'arrive bon sang !
Au loin, mes potes hurlent, m'acclament, m'encouragent... Mais je ne sais pas quoi faire.
Elle, en revanche, n'hésite pas.
Ses mains se posent sur mon torse, remontent lentement jusqu'à mon cou. D'un geste assuré, ses doigts s'attaquent à ma cravate. Je l'arrête net, le cœur battant à tout rompre.
Elle ne peut pas faire ça. Elle ne peut pas prendre le contrôle.

-Non, dis-je d'une voix rauque.

Elle sourit. Son visage se penche malicieusement. Dangereusement. Sa bouche n'est qu'à quelques centimètres de la mienne. Je pourrais l'embrasser.
Je pourrais lui faire perdre l'esprit, je pourrais la faire frissonner, je pourrais la faire gémir.
Je pourrais... Ma main lâche la sienne.
Et dans cette minuscule seconde de faiblesse, elle retire d'un geste vif ma cravate.

Puis, brutalement, elle se redresse, comme si rien ne s'était passé. Je reste figé, incrédule.
Elle se tourne vers ses deux amies, les joues rosies par l'excitation, et lance fièrement :

-J'ai réussi !

Elle lève son poing en l'air en triomphe. La salle explose en applaudissements, la musique repart, et la foule se remet à danser.
Je reste cloué sur ma chaise quand elle tend ma cravate avec un sourire étourdissant.

Qui est cette fille ?


NDA : Le média provient d'une scène culte du film 27 robes. C'est cette scène qui a inspiré cette histoire.

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