5 - Crétin de coureur

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Newt nous présenta rapidement aux blocards, en nous montrant au passage les différents métiers du bloc. Il y avait Clint et Jeff, les deux medjacks.

« Les médecins, si vous préférez. » Nous avait dit le blond.

Ces derniers étaient souriants, et avaient l'air de complètement se ficher du fait que nous étions deux, que j'étais une fille, bref, que notre arrivée avait tout d'anormal, contrairement à d'autres qui nous reluquaient avec méfiance. Newt nous avait ensuite présenté les trancheurs.

« Ce sont eux qui découpent la viande. C'est une sorte d'abattoir, si vous voulez. »

Ça m'avait tout l'air d'être plus « qu'une sorte » d'abattoir, mais je me contentais d'acquiescer. J'eu une rapide pensée pour tout ces animaux que j'avais pu voir jusqu'à présent, et me promis de ne jamais mettre les pieds là dedans. D'autant plus que la plupart de ces trancheurs me regardaient d'un mauvais œil, s'ils ne m'ignoraient pas superbement. Leur maton s'appelait Winston. Un grand gaillard couvert d'acné. Les petits cochons sont vengés, ricanais-je pour moi même.
Newt nous présenta également Poêle-à-frire, le cuisinier. Celui-ci avait un large sourire, et j'éprouvais immédiatement de la sympathie pour lui.
Enfin, il désigna un groupe de garçons qui se battaient.

« Ce sont les bâtisseurs. Gros bras, gros muscles, mais là haut, y'a pas grand monde, si vous voyez ce que je veux dire. »

Je voyais très bien, mais pour l'instant j'avais un peu l'impression que cette règle s'appliquait à l'ensemble des blocards. Une fois de plus, je me gardais bien de partager mes pensées.
Newt passa ensuite devant ceux qu'il appela les sarcleurs. « Ce sont ceux qui cultivent les terres et nous permettent d'être nourris, et le maton, c'est Zart. »
Je n'avais pas cherché a savoir qui était ce fameux Zart, épuisée par toutes ces informations.

« Et voici les coureurs... Dit-il en s'approchant du groupe.

Je vit Minho tourner la tête vers nous et sourire, quand quelqu'un fonça dans Thomas, me bousculant au passage. C'était un des bâtisseurs.

- Un problème, le bleu ? Tu veux te battre ?

Sa voix m'était familière, je cherchais dans ma mémoire défaillante, sans résultat.

- Vas-y molo Gally, dit Newt, on a pas besoin qu'il soit tout cassé.

Gally - c'était le type qui était là lorsque Thomas et moi étions arrivés par la boîte.

- T'inquiète pas, mon pote, tu me connais. »

L'expression de Newt suggérait qu'il n'était aucunement "son pote" et qu'il avait justement toutes les raisons du monde de s'inquiéter.
Mais Thomas ne se défila pas, et un cercle de blocards se forma bientôt autour d'eux, encourageant le combat.
Combat qui ne m'inspirait pas vraiment, et je préférais m'assoir contre l'un des troncs qui bordait le feu en jetant un vague coup d'oeil à la démonstration de testostérone qui s'effectuait à quelques pas de moi.
J'eu un vague aperçu de la scène : Thomas se faisant ruer de coups, tombant par terre. L'autre type - Gally - était bien plus fort, mais je devais admettre que Thomas ne manquait pas de tripes.
Je sentis plus que je ne vis, quelqu'un s'assoir a côté de moi.

« On aime pas les bastons ?

Je sursautais, et me tournait vers Minho - car c'était lui -, surprise de son intervention. Je haussais les épaules mais une fois de plus, ne dit rien.

- Je peux comprendre que ça paraisse ridicule, mais il faut bien qu'ils s'amusent un peu. Et puis, tout le monde connait déjà l'issue du combat. Mais bon, ton pote à l'air de plutôt bien se débrouiller.

Effectivement, Thomas venait de plaquer Gally au sol et tout le monde cria.

- Pas trop peur, sinon ? J'imagine que se retrouver toute seule au milieu de tout un tas de gars bruyants, ça doit être te-rri-fiant. Dit-il d'un ton qui se voulait faussement inquiet.
- C'est surtout l'odeur le problème.

Il ricana. L'air content de m'avoir arraché ces quelques mots.

- De toute façon, je devrais avoir peur ? Repris-je, un peu agacée par son air suffisant.
- J'imagine que non. Mais on ne sait jamais.

Sa réponse m'agaça encore.

- Enfin, si j'étais toi, je ne m'approcherais pas trop de... Non, je ne devrais pas dire ça.
- De qui ?

Il ne répondit pas, se contenta d'un geste de la main comme pour me signifier « oublie ». Je n'avais pas vraiment envie de discuter avec lui donc ne répondit rien, préférant me dire qu'il avait dit ça justement pour me faire peur. Il prit d'ailleurs mon silence pour de l'inquiétude.

Tu vois, tu flippes déjà. On avait pas besoin de fillettes par ici. J'espère que ton pote Thomas est un peu plus coriace que toi.

Il me suffit de cette interaction pour décider que je n'appréciais pas vraiment ce Minho.

- Pourquoi tu viens me parler ?
- Pour me faire un avis. Et je pense que...
- Qui t'as dit que je voulais le connaitre ?
- Apparement personne, mais je vais te le dire quand même.

Les hommes et leur culot.

- Je pense que ta venue est le pur fruit du hasard, ou une idée un peu malsaine de ceux qui nous enferment ici. Quoiqu'il en soit, tous ces tocards restent des mecs et le calme et la diplomatie, c'est pas leur truc. Alby a réussi à créer un environnement stable malgré tout, et toi qui débarque, c'est quelque chose qui peut carrément tout renverser. Personnellement je suis un peu au dessus de tout ça, j'ai d'autres choses à penser. Le Labyrinthe exige certaines responsabilités.
- Tu dis ça comme si j'avais eu le choix.

Il m'ignora royalement.

- Et mon avis sur toi... Bah, je crois que tu fais pas le poids.
- Je t'ai rien demandé.
- Une tocarde au milieu de cinquante types, c'est fichu pour toi.
- Parce que tu crois que tu t'en tirais mieux si nos rôles étaient inversés ?
- Moi entouré de cinquante filles ? Sans aucun problème.
- Ouais, remarque, vu la largeur te ta tête tu pourrais toutes les écraser.

Il rigola. Je me levais, en ayant assez de cette interaction que je n'avais même pas engagée. Je décidais que cette petite fête était terminée pour moi, et partit dans mon sac de couchage. Bercée par le lointain crépitement des flammes, et les rires des blocards, je finis par m'endormir.

Le Labyrinthe - [Emma]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant