2 - Newt

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Le garçon était assez grand, mince, des cheveux châtains et un regard inquiet.

« Putain les gars... commença-t-il

Une voix plus grave lui répondit,

- Y'a quoi, Newt ?
- Tu veux pas remonter le bleu, qu'on puisse le reluquer ?
- Il s'est fait dessus ?
- Fermez là ! c'était le garçon châtain - Newt - qui s'était exprimé, on a un sacré problème. Gally ! Va chercher Alby.
- Mais dit nous ce qu'il y a putain ! Remonte ce fichu bleu !

L'autre semblait s'énerver.

- Vous voulez pas la fermer, bande de tocards ? Y'en a deux, les mecs ! Et...
- Et quoi ? Rugirent plusieurs voix au dessus de nos têtes.
- ...Y'a une fille avec le bleu, finit le garçon. »

Je serrais les dents, ne voyant pas où se situait le problème. Le ton qu'il avait utilisé me laissait suggérer que mon arrivée relevait d'une sacrée surprise.
Les réactions fusèrent.

« Une fille ?
- Elle est mignonne ?
- Elle a quel âge a ton avis ?
- Remonte la, Newt !
- Deux nouveaux ?

Je regardais Thomas du coin de l'œil, il semblait complètement dépassé par ce qu'il se passait, et j'étais soulagée de voir qu'il était aussi perdu que moi.
Le garçon dénommé Newt fit taire tout le monde, me regarda, avant de poser son regard sur Thomas. Il semblait réfléchir à toute vitesse.

- Bon, les deux bleus - il grimaça -, je sais que vous ne comprenez pas grand chose, là tout de suite, mais c'est carrément pas normal ce qu'il se passe là, alors on va aller voir Alby tout les trois. Alby, c'est le chef, ajouta-t-il sans reprendre son souffle, et on verra ce qu'il en pense. En attendant, suivez moi, et pas d'histoire, j'ai assez de problèmes comme ça.

Sans un mot de plus, il s'approcha d'une échelle, et me fit signe de passer. Mais je refusais de bouger, tout mon corps était tendu, et mon cerveau sur le point d'exploser. J'avais besoin d'explications, où j'allais véritablement me mettre à paniquer.

- Oho ! T'es sourde ou bien ? Remue-toi, on a pas toute la journée ! Et toi, il fit signe a Thomas, passe derrière elle, allez !

Je m'apprêtais à protester, mais quelque chose me disait que, même si je parvenais à me débarrasser du châtain, toute sa bande allait me sauter dessus et je n'aurais vraiment plus aucune chance. Je me contentais alors de lui jeter un regard noir, auquel il ne prit pas la peine de répondre.
Une fois en haut de l'échelle, des dizaines de mains m'attrapèrent les bras, les épaules, et me jetèrent pas terre. Je fus bientôt suivie du brun - Thomas - qui se releva aussitôt, en regardant tout autour de lui, l'air de chercher une sortie.

Je relevais la tête et découvrit enfin les voix masculines que je n'avais qu'entendu jusque là : un cercle d'une bonne vingtaine de garçon s'était formé autour de nous, ne nous laissant aucune échappatoire. Tous semblaient avoir approximativement l'âge de Thomas, sans doute le même âge que moi, et nous observaient d'un air tantôt curieux, tantôt méfiant. Leurs protestations s'étaient tuent et ils chuchotaient désormais en nous observant avec insistance. Thomas dû apercevoir une brèche dans ce cercle puisqu'il saisi sa chance et fonça dans le tas en courant. A ma grande surprise, personne ne tenta de le rattraper. Au contraire, tous se tournèrent dans sa direction en riant :

« Eh ! Le nouveau est un coureur ! »

Sans plus chercher à savoir ce qu'était un coureur, je profitais que leur attention se soit portée ailleurs, reculais a quatre pattes parmi les jambes des garçons, et, une fois le cercle franchi, me ruais vers l'arbre le plus proche. Un grand chêne qui m'offrait suffisamment de prises pour l'escalader, ce que je m'empressais de faire. J'avais bien conscience que si j'étais capable de grimper aussi facilement, ça n'arrêterait pas ces jeunes hommes de venir me chercher, mais c'était mieux que rien pour l'instant. Une fois en haut, je regardais autour de moi. De l'herbe, et des arbres. Sans trop savoir pourquoi, cette vision m'apaisa. Des cabanes en bois se trouvaient ça et là, de différentes tailles et différentes formes. Vers la gauche, quelque chose qui semblait être un potager. Non loin, des animaux, vaches, cochons, et sans doute d'autres espèces au vu des cris qui retentissaient.

Le ciel était d'un bleu parfait, sans nuage, presque irréel. Soudain, mon attention se porta sur un grand mur gris, dont je ne parvenais pas a estimer la hauteur tant il est imposant. Je découvrais avec effroi que trois autres murs semblables étaient présents, et formaient ce qui semblait être un carré parfait. La panique revint aussi vite qu'elle était partie. Enfermée...?

Une large ouverture dans le mur sur ma droite me rassura. On pouvait donc sortir d'ici. Il allait falloir que je me dirige par là-bas si je voulais m'enfuir d'ici. Je pouvais voir Thomas, en bas, qui avait probablement eu la même idée que moi et s'était précipité en direction de l'ouverture, mais il s'était effondré dans l'herbe et les autres l'avaient rejoins en riant. Au moins, ils semblaient pour l'instant m'avoir oubliée.

Pourtant, un toussotement me fit sortir de ma contemplation. Je regardais en bas, un peu inquiète de ce qui m'attendais. Heureusement, il n'y en avait qu'un, le châtain.

« Désolé de te déranger, l'écureuil, mais tu voudrais pas descendre ? Toi et ton copain êtes arrivés un peu tard, on a des tas de trucs à préparer, si tu pouvais te dépêcher.

Je ne réagissais pas, tétanisée. Il semblait contrarié.

- Sérieux, tout va bien. Personne te veux de mal ici, désolé si t'as flippé tout a l'heure, c'est que ces tocards là n'ont jamais vu de fille de leur vie - enfin si, mais ils ne s'en souviennent pas -, et c'est franchement pas normal que tu débarques comme ça... Deux nouveaux d'un coup, avec une fille ! Complètement dingue, non ?

Non, je ne voyais vraiment pas. Mais même sans aucun souvenir au-delà du quart d'heure qui venait de passer, j'étais persuadée qu'être la seule présence féminine au milieu d'une bande de garçons n'était pas la meilleure situation qui puisse être. Le garçon continua de parler, l'air impatient.

- Descends sérieux, ça ira, t'en fait pas.

Il soupira devant mon absence de réaction.

- Bon, ok. Ok. Moi, c'est Newt. Et toi, c'est quoi ton prénom ? Je sais que tu t'en souviens, c'est même la seule chose dont tu te souviens, c'est tout ce qu'ils nous ont permis de le garder.

Un silence.

- Fais pas ta princesse, tu peux descendre. Sérieusement, j'ai ordonné a tout ces tocards de ne pas te toucher, le premier qui lève la main sur toi, ou fait je ne sais quoi finit au gnouf, tu risques franchement rien. »

Au quoi ? Je ne comprenais pas la moitié des mots de ce Newt. Du haut de mon perchoir, je le fixais quelques instants dans les yeux. Malgré tout, le garçon paraissait sincère, et je décidais de lui faire confiance. Il ne semblait pas hostile, lui comme les autres qui riaient de la fuite de Thomas. Newt me sourit, se voulant sans doute rassurant, et je descendais donc, et me retrouvais donc à côté de lui, et eu le temps de le détailler plus finement.
Il mesurait une bonne tête de plus que moi. Fin, mais ses manches remontées laissaient voir des bras étonnement musclés par rapport à sa carrure. Ses cheveux clairs semblaient défier la gravité en partant où bon leur semblait. Son visage était lisse, comme celui d'un enfant, et ses yeux marrons-verts ne faisaient que renforcer l'impression de me tenir face à un gamin. Ce qui n'était sans doute pas faux, il devait avoir dix-sept ans tout au plus.

« Et bah voila ! C'était pas compliqué, dit-il en ricanant. Bon, trêve de bavardages, suis-moi.

Il s'éloigna et je le suivis, puis je pris la parole.

- Emma.
- Quoi ?
- Emma, je m'appelle Emma.
- Et bien salut Emma, et bienvenue au bloc, dit-il en souriant.

Ses sourcils se froncèrent soudain, il croisa les bras et ajouta :

- J'espère que le voyage t'as plu, parce que c'était un allez simple pour l'enfer. »

Encourageant.

Le Labyrinthe - [Emma]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant