4 - La fête

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Chuck nous avait montré les douches, j'avais été soulagée de voir qu'il existait une forme d'hygiène dans ce bloc. Bien que je ne sois ici que depuis quelques heures, j'avais l'impression d'être recouverte d'une couche de crasse, et le contact de l'eau avait en plus eu l'effet de me soulager du stress accumulé. C'est donc avec l'ébauche d'un sourire que je sortis - enfin propre - et partis retrouver Thomas vers nos sacs de couchage. Celui ci me jeta un coup d'œil, mais ne dit rien, ce qui m'étonnait vu ses paroles incessantes depuis notre arrivée. Mais après tout, où avais-je la tête ? Nous ne nous connaissions pas plus l'un et l'autre que tout ces garçons, il n'avait aucune raison de me faire confiance, ni même de m'apprécier.
Je m'assis donc sur mon lit de fortune, et regardait les dernières lueurs du jour s'éteindre dans le ciel d'une couleur toujours impeccable et sans défauts.

Au bout d'un moment, Newt vint nous chercher, afin de nous conduire à la « petite fête organisée en votre honneur. », génial, vraiment génial. La fête était sans doute plus pour eux que pour nous. Qui donc aurait envie de fêter une perte de mémoire, une arrivée dans un monde qu'il ne comprenait pas, entouré d'inconnus odorants et malpolis ?

« Oooh faites pas la gueule, les bleus, c'est jour de fête ! dit-il en nous voyant.

Thomas soupira, et je me levais malgré tout.
Newt nous accompagna jusqu'à ce qui paraissait être le centre du Bloc. Quelqu'un avait allumé un énorme feu de camp, et des troncs d'arbres étaient disposés tout autour.

- Vous êtes combien en tout ? demanda Thomas.
- Et bien, une cinquantaine je crois, répondit Newt. »

Je frissonnais, cinquante garçons, et j'étais la seule fille. Je n'avais pas spécialement peur, je persistais à croire que je pourrais me défendre. Mais pourquoi une seule fille ? Pourquoi ne pas en avoir envoyé d'autres avant moi ? Cette histoire était trop louche. Les blocards recevaient un garçon par mois depuis quelques années, et voilà que je débarquais sans en connaître la raison. Quelque chose ne tournait pas rond, mais mes questions étaient sans réponses, et les retourner dans mon cerveau avait comme simple effet de me donner envie d'aller me coucher.

« Ça turbine sec là haut, dit moi, rigola Newt en me sortant de mes pensées.

Il s'assit contre un des troncs et nous fit signe de nous installer à côté de lui.

- Je me demandais juste pourquoi j'étais la seule fille ici.
- J'ignorais que tu savais parler, ironisa-t-il, puis, voyant mon regard furieux, il reprit : Et bien en fait, on en sait rien. C'était jamais arrivé avant. Et puis en plus que tu sois une fille, le fait que vous arriviez à deux en même temps, c'est carrément louche. Je crois que la plupart des blocards te prennent pour une annonce apocalyptique, ou je ne sais trop quoi.
- Mais je n'ai rien f...
- Bien sur que non, tu n'as rien fait ! Pas encore du moins. Ce que je veux dire, dit-il en voyant que j'allais l'interrompre à nouveau, c'est que ça fait deux ans que tout se passe suivant un certain ordre, et là il faut que ça change ? C'est juste incompréhensible pour tout le monde. On a toujours suivit des règles bien établies, tout a toujours été très bien organisé, et ton arrivée fait peur à certains parce qu'ils pensent que ça va tout chambouler. Mais personne ne sait rien, épargne ta salive. »

Je me renfrognais, peu satisfaite de sa réponse. J'aurais voulu plus d'informations sur ma présence ici. Toute cette histoire me faisait des noeuds dans la tête et j'avais envie de penser à autre chose. La situation était incompréhensible, mais j'avais fini par me convaincre que je n'étais pas particulièrement en danger. Du moins, les blocards ne s'étaient pas montrés hostiles. Distants et rebutés, oui, mais pas hostiles.

Mon regard se perdit dans les flammes qui crépitaient. Le bruit avait quelque chose d'apaisant. Je me forçais à me souvenir, de n'importe quoi, quelque chose qui me prouverait que j'avais eu une vie avant d'atterrir dans cette fichue boîte. Mais rien ne vint, c'était à s'en mordre les doigts. J'avais l'impression d'essayer de saisir de l'eau dans mon poing. Ma main plongeait dans le liquide et à l'instant où j'avais l'impression d'avoir saisi quelque chose, tout le contenu m'échappait.

« Il y a quoi, derrière les murs ? demanda Thomas.
- Le Labyrinthe. Répondit Newt, et il avait dit ça d'un ton froid.
- Un Labyrinthe ? C'est sérieux, comme blague ? On nous a envoyé ici pour qu'on trouve une sortie ?
- T'as tout comprit, mec.
- Attends, ça fait combien de temps que vous cherchez ?

Il hésita.

- Plus de deux ans.

J'ouvrais de grands yeux, et prit la parole avant Thomas :

- Tu déconnes ? En deux ans vous avec pas trouvé de sortie ?
- Tu crois que c'est simple ? Il semblait agressif, et je regrettais ma question. Il est énorme, ce foutu labyrinthe, et tu entends ?... Les murs bougent. Toutes les nuits, les murs bougent. Des impasses se créent, de nouveaux chemins apparaissent. Un vrai casse tête si vous voulez mon avis.
- Ça craint. Dit Thomas.
- Carrément mec. Mais vous voyez ces gars là-bas, de l'autre côté du feu ?

Il nous désigna un groupe de garçons, qui devaient tous avoir au moins dix sept ans.

- Ce sont des coureurs, reprit-il. Tous les jours, ils entrent dans le labyrinthe quand les portes s'ouvrent. Ils mémorisent les plans, cartographient l'intérieur et les mouvements. Et celui qui est au milieu là, c'est Minho, le maton des coureurs.

Il nous montra le type aux cheveux de jais qui m'avait reluqué quelques heures plus tôt, lorsqu'il revenait au bloc avec un autre de ces coureurs, le blond. Je haussais les sourcils.

- Ils cherchent quand même depuis un bout de temps. Remarquais-je.
- Comme je l'ai dit, ce n'est pas simple. Mais ils sont notre meilleur espoir de trouver une sortie. Ces gars là sont les meilleurs. »

J'entendis vaguement Thomas poser une nouvelle question, mais je n'écoutais plus. Mes yeux se posèrent derrière les flammes, sur les coureurs. Ils semblaient former un groupe a part, ne se mêlaient pas aux autres. Le type blond que nous avions vu avec le dénommé Minho, était en grande conversation avec un de ses camarades, et tous semblaient s'amuser.

Deux ans...
Mon regard tomba sur Minho, qui m'observait derrière le feu. Je fronçais les sourcils, fatiguée de ces regards inquisiteurs, et maintint son regard pendant deux longues secondes avant de tourner la tête. Je vis Newt et Thomas se lever, et je pris conscience qu'ils semblaient m'attendre. Je clignais des yeux sans comprendre, et le blond me regardait d'un œil amusé.

« C'est pas le moment de rêver, la bleue ! Bouge-toi, je vais vous présenter à tout le monde, c'est votre soirée après tout. »

J'acquiesçais silencieusement, me levais, et partis à la suite de Thomas et Newt.

Le Labyrinthe - [Emma]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant