17. Hallucinations

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Haïs,
Je ne sais pas si je dois encore t'appeler comme ça. Cela te fait penser à Hiam j'imagine. Ou bien c'est une façon de le garder avec nous ?
Naïs,
Il va falloir s'y habituer désormais.
Tu me dis que tu ne t'en remettra jamais, mais je n'y croit pas. Je sais que tu m'en voudras pour ça et que tu t'acroche à ton chagrin comme si il allait te le ramener. Mais c'est trop tard, il a choisit. Il avait confiance en toi, il savait que tu te relèverait. Je ne te dis pas de l'oublier, tu ne peux pas. C'est lui qui t'a élevé, qui t'a recueilli quand tu n'avait plus de foyer. Il t'en a offert un, un peu bancal, mais bien plus bienveillant que tout ce que tu connaissais. N'oublie pas donc. Mais relève toi. Cette vie n'a pas fini de t'étonner.
Profite de ce qu'elle peut t'offrir. Tu vois ? Aujourd'hui tu es dans un palais ! Ça c'est une surprise non ? Avec ou sans lui tu as plein de choses à faire et à vivre.
J'essaye tant bien que mal de panser ton cœur malgré la distance mais je sais que je n'arriverai à rien si tu n'y met pas du tien. Réfléchi à ce que je te dis.
Profite de toutes les façons : ce garçon, le fils du gouverneur, si il te plaît va le voir !
Et qu'est ce qu'on se fiche qu'il soit héritier quand tu es orpheline ! Cela n'a aucune importance tant que tu t'amuses !
En parlant de s'amuser, je pars en mission. Dante également, il a prévu de t'envoyer une lettre avant. Tu la recevras un peu après la mienne je suppose. Nous devons nous rendre aux cinq portes, des équipes ont été formés. Je ne peux pas te dire où nous allons résider et je ne sais pas si nous serons fixe une fois sur place, aussi sache que si tu nous écrit nous ne pourrons pas lire tes lettres avant notre retour. N'attends donc pas de réponse dans les deux mois à venir.
N'oublie pas que je suis avec toi de tout cœur.
Que malgré toutes les choses tristes de ce monde, il y en a un million de plus belles.
Que tu n'es jamais seule, où que tu ailles nous esprits sont avec toi. Nous t'aimons tous (Dante et moi plus que les autres mais bon !).
Je t'aime fort,
Renard.
°°°°
Je pousse un hurlement déchirant.
Ses bras forts m'entourent et il me chuchote à l'oreille :
- Tout va bien... C'est fini, je suis là maintenant. Tu peux te rendormir.
Je m'agripe à lui, encore sous le choc et terrifiée. Une larme perle au coin de mon oeil mais je la chasse. Je calme ma respiration saccadée du mieux possible. C'était encore ce cauchemar. C'est pareil chaque nuit depuis un mois. Un long mois, soit l'équivalent de dix années Archanges, c'est écoulé depuis les épisodes de la piscine et de la jungle peinte. Le même schéma se répète chaque nuit : je m'endors, fais ce cauchemar, me réveille en criant, il me console, je me rendors. Je dors avec Astley depuis un mois donc. Il en avait marre de traverser la maison pour me consoler la nuit et comme ce rêve semble inévitable il dit que c'est plus pratique pour lui que je sois à côté.
Pour ce qui est du "presque-baiser", à ma grande joie nous en avons parlé et sommes arrives à la conclusion qu'il valait mieux oublier et faire semblant qu'il ne se soit rien passé pour ne pas tout gâcher. Je préfère ça à Astley qui m'évite même si je ne me ment pas : je n'arrive pas à oublier. Je sais que lui l'a fait mais moi je ne peux pas. Cette question de savoir ce qui serait arrivé me hante. Je fais donc semblant, comme si rien n'était presque arrivé. J'espère juste que j'y arrive bien.
J'essaye de me rendormir mais j'ai toujours le cœur qui bat à cent à l'heure. Chaque nuit qui passe le rends pire encore. Ce cauchemar devient de plus en plus terrifiant même quand je crois que c'est impossible. Chaque matin la brûlure est plus profonde. Et je ne sais toujours pas d'où elle vient.
C'est terrible car maintenant je fais ce cauchemar même en plein jour, sous forme d'hallucinations. Je n'en ai pas parlé à Assam et Astley, ils sont déjà suffisamment préoccupés avec ceux qui me réveillent la nuit. Je ne veux pas les inquiéter plus en leur disant qu'ils me hantent même de jour.
Pendant tout ce temps Ariel a beaucoup grandi. Désormais elle marche et son vocabulaire a considérablement évolué. J'adore voir le regard fier qu'Assam porte sur elle quand elle essaie de nouveaux mots. D'ailleurs je pense que cela fait plaisir à la petite autant qu'à nous.
Assam de son côté, est inquiet (comme toujours) pour Astley et moi mais fait de son mieux pour le cacher.
Je m'étire, c'est trop tard maintenant pour me rendormir, autant me lever. J'émerge des couvertures et je sors de la chambre d'Astley. Je monte dans ma chambre pour m'habiller et redescends les deux étages jusqu'à la cuisine.
Une odeur de pain chaud empli mes narines. Assam est aux fourneaux comme tous les matins, et nous prépare un bon petit déjeuner. Ma petite sœur est déjà installée dans sa chaise haute et s'applique consciencieusement de la confiture jaune sur tout le visage. Elle rigole en me voyant arriver. Mon jumeau me salue et me sert du jus de fruit bleu. Je m'installe à table et bientôt Astley encore endormi nous rejoins.
Nous sommes tous les quatre assis devant un bon petit déjeuner comme une famille modèle que nous ne sommes pas. Cette image me donne du baume au cœur mais je sais que ça ne durera pas longtemps. Bientôt Astley et moi serons partis, il ne restera que mon frère et ma sœur seuls dans cet endroit.
°°°°
Je suis habillée en tenue de sport. Assam ne tarde pas à me rejoindre.
- T'es prête ?
- Je le suis toujours !
- Bonne réponse.
- On y va ?
- Quand tu veux.
Mon frère jumeau entame le combat sur le champ avec un coup de pied qu'il envoie vers mon abdomen. Heureusement je l'esquive et j'attrape son pied et il trébuche, emporté par son propre élan. Je lui envoie un grand coup dans la tête mais m'imitant il attrape mon poignet et d'un seul coup le brise. Je retiens un hurlement tant la douleur qui fuse brusquement est insupportable. Pourtant, Assam vient de me donner l'avantage. En effet la souffrance me réveille et soudain je sens cette rage caractéristique qui monte dans mes veines, qui s'infiltre par tous les pores de ma peau et je me sens renaître. Je suis moi. Avec cette lueur dangereuse dans le regard je me reconnais. Je ne suis plus cette gamine apeurée et pleine de doutes et de questions. Je suis celle que j'étais avant Astley, avant L'Immense. Celle que je suis vraiment au fond. Assam me donne l'avantage car galvanisée par la haine je me m'arrêtais que quand j'aurais gagné. Je suis forte.
Je le roue de coups, il réponds comme il peut. Le sang de mon arcade sourcilière droite gicle sur le mur mais j'ai le dessus. Bientôt il fléchit. Il fini par tomber et déclarer forfait.
Épuisée je glisse le long du mur pour reprendre mon souffle. La grande salle blanche où nous nous entraînons n'étais plus si blanche que ça depuis un petit moment. En effet, au fur et à mesure du temps et des affrontements, le sol, le plafond et les murs sont tachés de sang. Les plus grands efforts déployés pour nettoyer les tâches ne sont pas venus à bout des plus coriaces. Aussi la pièce est constellée de tâches qui en séchant ont pris une couleur brune rougeâtre. Les tâches de sang neuf que j'ai faites malgré moi avec mon arcade sourcilière ouverte, sont brillantes et d'un rouge angoissant. Je fixe ce tableau, dressé devant moi, de sang sec et luisant. Soudain mon rythme cardiaque s'accélère, il semble que les tâches plus anciennes se colorent d'un rouge vif peu à peu. Bientôt, anciennes et nouvelles tâches de sang sont de même couleur. Le rouge vermeil fond sur moi, recroquevillée. Le sang glisse le long du sol, du plafond, des murs pour parvenir à moi et m'engloutir. Je tremble, les yeux exorbités, mon cœur s'emballe. Les tâches se mouvant jusqu'à moi me paraissent tellement réelles. Heureusement cette horrible hallucination est stoppée par l'intervention inquiète de mon frère :
-Astryd ? Tout va bien ? On dirait que tu as vu un fantôme !
- Je... Non... Ça va.
Je quitte cet endroit le plus vite possible. Les anciennes tâches sont redevenues brunes et bien sûr aucune n'a jamais bougé. Ce n'est pas la première fois que ce genre de chose arrive. Mais je ne sais pas quoi y faire.
Je retire mes vêtements uns à uns, je dénoue mes cheveux qui tombent en cascade de feu sur mes épaules blanches. J'ai le teint pale, à cause de toutes ces mauvaises nuits, et mes yeux verts brillent d'une lueur démente. Je deviens folle. La couleur rouge m'obsède. Je n'arrive plus bien à faire la différence entre ce qui arrive en rêve et en vrai. La limite est si floue. Cette brûlure sur mon épaule n'a aucun sens, elle n'a aucune raison d'être, elle ne devrait pas exister. Alors pourquoi est-elle là, plus profonde chaque fois ? Si elle existe, est-ce que j'imagine réellement les événements comme tout à l'heure ou bien est-ce qu'il arrivent vraiment ?
Comme si L'Immense et Astley n'étaient pas déjà assez pour m'occuper l'esprit, je dois maintenant remettre en question ma santé mentale.
Je rentre dans la douche et fait couler l'eau avec l'espoir que la chaleur me ferait perdre assez la tête pour oublier toutes ces préoccupations.
J'ai revu le Grand entre temps. La prochaine clé est le "stage" et nous en avons brièvement parlé. Nous avons surtout discuté de mon père. Cette question que j'avais posé au vieillard lors de notre première rencontre était le centre de notre entrevue. "Comment mon père a-t'il fait sont choix ?" Le Grand me parle de mon père et je suis prise de cet étrange sentiment de trahison. Je déteste que quelqu'un d'autre que de la famille me parle de mes parents. Comme si j'étais la seule à les connaître et que j'avais l'exclusivité du droit de parler d'eux. Qu'ils aient connus d'autres que mon frère et moi me fait me sentir nulle et insignifiante. Il me paraît que je n'ai plus aucune importance à leurs yeux au contact d'autres qu'il ont connus.
Il me raconte leurs entretiens, les différentes étapes qui lui ont permis d'arriver à la conclusion que la meilleure chose pour lui serait de tomber amoureux de ma mère et d'abandonner leurs trois enfants. Malheureusement, moi je ne trouve toujours pas la meilleure chose pour moi. Récapitulons : si je faisais le choix de mon père et que je trouverai la personne que je censée aimer je disparaîtrait abandonnant ce qui me reste de famille. Si je choisit de suivre le Grand un an, je vais arriver au même résultat. Personne ne peut prendre ma place, je n'oserais pas demander ce sacrifice à quelqu'un et de toute façon personne ne le ferais de son plein gré. Finalement je ne veux pas recommencer ma vie sur Terre au prix de laisser Assam et Ariel seuls. Si le choix se faisait demain je prendrais pourtant cette dernière option. C'est un choix lâche : si j'oublie tout en renaissant sur Terre je n'aurai pas le poids de la culpabilité d'avoir laissé derrière moi ma fratrie.
Il faut que je chasse tout cela de mon esprit. Du moins que j'essaye mieux que toutes les autres fois. Ça ne fonctionne jamais, ce n'est pas aussi simple de chasser quelque chose qui fait partie intégrante de ta vie et surtout de ton avenir. Mais quand je pense à cette épée de Damoclès dont la chute est si proche, je sens mes poumons qui rétrécissent. L'air est difficile à trouver et celui qui est dedans deviens toxique.
Je coupe l'eau.
Des gouttes s'accrochent à mes cils comme si j'avais pleuré. D'ailleurs c'est peut être le cas. Je ne sais plus.
Une fois habillée je me rends dans le pièce peinte par Astley. Je m'assoie au centre puis je l'allonge. Je me sens à la fois vide et remplie de trop choses.
Je m'ennuie.
Je pense aux Enragés. Je les contacterait demain, il faut que je sorte, que je fasse quelque chose. Sinon je finirai par m'autodetruire.
°°°°
Astley dort silencieusement à côté de moi. J'ai les yeux ouverts dans l'obscurité, je les imagine briller. Trop de pensées m'empêchent de dormir. De plus je n'ai pas vraiment envie de m'assoupir : mon cauchemar finira par venir et me réveiller. À quoi bon ?
Soudain un bruit familier retentit. Je me lève, la pierre des Enragés que j'avais posé sur ma table de chevet pour penser à les contacter demain matin, affiche un nouveau message : Au QG. Maintenant. Urgent.
En pleine nuit ?
Doucement j'active la poignée de la porte de la chambre d'Astley et plus doucement encore je sors. Je me dirige jusqu'à ma chambre, tâchant de faire le moins de bruit possible, où j'enfile quelque chose de plus chaud que ce pyjama constitué d'un t-shirt large et d'un short de sport. Une fois ceci fait, j'entreprends la descente minutieuse des escaliers. Pas un bruit, toute la maison est silencieuse. Je conclu que jusqu'ici, j'ai réussi à ne pas troubler le sommeil des trois dormeurs. Je m'en félicite et m'approche de ma dernière épreuve : la porte d'entrée. Très lentement, en retenant ma respiration comme si cela pouvait changer quelque chose, je tourne la clé dans la serrure et j'ouvre la lourde porte. Cette fois en expirant, je la referme derrière moi, espérant avoir été assez discrète. Si jamais Assam apprends que je suis sortie la nuit... Je ne veux même pas connaître le châtiment qu'il pourrait me réserver. Malheureusement, il a raison. Ici, et encore plus particulièrement à la Grande Capitale, ceux qui traînent la nuit de sont pas pleins de bonnes attentions. La preuve : la dernière fois que j'ai traîné la nuit j'ai rencontré Astley !
Absolument tout est plongé dans le noir. Nous habitons en périphérie de la ville et c'est très mal alimenté en réverbères par ici. Comme je me suis bien couverte je sens à peine le froid. Malgré les belles saisons qui arrivent les nuits sont toujours fraiches.
J'avance, mes sens en alerte, cherchant des indices pour me repérer. Je marche depuis quelques minutes seulement quand j'entends un bruissement derrière moi. Je n'ai pas le temps de me retourner qu'une main se pose sur mon épaule. Je crie. Mais mon cri ne sort pas de ma bouche car une autre main est plaquée sur celle-ci.
- Chuuuut ! Red tais-toi !
C'est Jared. Que je reconnais au son de sa voix. Je m'efforce de chuchoter alors que mon cœur veut sortir de ma poitrine, n'ayant pas trop bien pris son apparition surprise.
- Tu m'as fait peur ! Qu'est ce que tu fais là ?
- Tu vois ce muret ? Tu vas grimper, M nous attends en haut. On s'est dit que pour une jeune fille comme toi passer par les toits c'était moins risqué.
Je lui sourit et me rends compte qu'il me voit à peine dans le noir.
Il commence donc à grimper. Je m'applique pour reproduire ses gestes et ne pas dégringoler. Heureusement pour moi, les garçons me hissent en haut alors que je n'ai fais que la moitié du chemin.
Je les suit sur les tuiles, nous sommes trois ombres noires qui sautons de toitures en toitures, faiblement éclairées par la lune.
M me dit :
- On est bientôt arrivés, le toit là bas, c'est celui du QG.
En effet, quelques minutes plus tard nous sautons dans le trou béant de ce toit de bois et de tôle. Volovent atterrit plus élégamment que nous, et nous descendons le vieil escalier de bois. Dans la grande salle du bas, les autres sont déjà là. Connor, Ivy, les Officieux et un jeune homme brun au visage sympathique, que je ne connais pas.
Il se présente.
- Je suis Chap. Je viens de l'unité de Jime, celle d'Amely que vous connaissez, je suis leur ingénieur. Ingénieur en fréquences en réalité. C'est Royal qui m'envoie. L'extrait a été traduit.
Enfin ! Un mois que j'attendais ça, soit 10 années humaines.
Il posa une étrange machine grise, imposante, à ces côtes. Des petits boutons gris et des pinces bleues permettaient des réglages et un gros bouton violet se trouvait au centre de cette boîte métallique.
Chap nous regarda un instant puis appuya sur le bouton mauve. Aussitôt un mélange désagréable de sonorités aiguës et de grésillements rempli le QG. J'hésitais à me boucher les oreilles mais personne ne le fit. Effectivement, c'était un évènement important. Je ne devais pas manquer ce... Bruit ? Comme si n'étais pas déjà assez une torture auditive, des voix truquées s'y ajoutèrent. Bien sûr, comme c'était l'extrait d'origine je ne comprenais pas un mot. C'était d'ailleurs très déstabilisant. Ici en Envers tout le monde parle la même langue, je n'ai donc pas été habituée à entendre un autre idiome que le mien. Entendre ces deux personnes parler sans que je ne comprenne rien me met mal à l'aise. Comme si j'étais soudain devenue stupide. Je sais bien que personne ne comprends mais ça m'énerve tout de même.
Au bout de quelques minutes de désagréments le son se coupe. Nous avions tous le visage rivé sur la machine, nous le tournons maintenant vers Chap.
- Euh... Oui ! C'était l'extrait d'origine... Donc... Voilà la traduction. Ça donne ça :
Et il se met à lire, essayant de recréer les intonations des voix dans que ce soit un réel succès :
« - Reçu. Connexion effectuée. Réveillez Arsenic.
- C'est fait. Arsenic est réveillé depuis deux mois.
- Où en est la mission ?
- R.E.I. en cours d'exécution.»
Là je vois les deux Officieux échanger un regard mi-étonné mi-effrayé.
« - Combien ?
- Environ 4 mois.
- Bien. Recrutements ?
- En cours d'exécution.
- Maintien des ordres. »
Chap s'arrête et explique.
- Ici ils ont compris qu'on avait chopé leur fréquence. Ils l'ont changé et on les a perdus.
- Qu'est ce que vous avez pu en tirer ? Demande Connor.
- Malheureusement très peu. En effet les voix sont quasi impossibles à identifier même si on fait de notre mieux quand à la localisation... Vous savez comment sont les fréquences !
Je l'interrompt.
- Non justement, moi je ne sais pas.
- Astryd c'est ça ? Oui bien sûr la fille de Naïs. Ce monde, tu dois me savoir, n'est pas dans la même dimension que la Terre, l'Éden et l'Enfer. Ces différentes dimensions sont maintenues dans le temps et l'espace par des fréquences. Ce sont elles qui régissent mes différentes lois physiques. Il en existe de différentes natures, en fait il y a autant de natures de fréquences qu'il y a de dimensions. Ces fréquences sont partout autour de nous. Une porte, telle que celle de Jime, ce n'est pas une vieille porte en bois comme dans les films terriens. C'est un amas de fréquences invisibles. Ces amas de fréquences, qu'on appelle des portes, sont particuliers parce qu'ils regroupent des fréquences de différentes natures et types. En gros si on capte une fréquence d'une nature différente on peut accéder à ce qui ce passe dans une autre dimension et si en plus on choisit un type qui le permet on peux communiquer.
Il parle avec des étincelles de passion dans les yeux.
- J'ai fais l'explication la plus simple possible.
- Je crois que j'ai saisi l'essentiel. Comment vous avez pu récupérer cet extrait ?
- Notre travail à Jime c'est d'intercepter un maximum de fréquences pour les surveiller. On a donc eu de la chance qu'ils choisissent l'une de celles qu'on surveille. Malheureusement ils ont changé ensuite.
- Vous ne les avez pas retrouvés ?
- Il existe beaucoup trop de fréquences différentes pour qu'on puisse les surveiller toutes.
- Je vois. Merci.
Tout le monde paraît éclairé par cette explication. Seul Connor ne semble avoir rien appris de nouveau.
- Donc rien non plus sur la localisation. Même pas une idée ? Je sais qu'on peut les suivre approximativement, dit ce dernier.
- Effectivement ! Réponds Chap. C'est pourquoi je suis là. Royal es persuadé que cette fréquence passe par la Grande Capitale. On verra s'occuper de chopper toutes les autres qui y passent, vous votre boulot pour l'instant c'est de trouver ce que veut dire Arsenic, R.E.I., et si possible trouver qui est l'interlocuteur n°2. Le problème bien sûr, c'est que c'est seulement une possibilité qu'il soit ici. Donc faites de votre mieux et on verra ce que ça donne.
- Royal peut compter sur nous.

La réunion s'arrête ici. Comme d'habitude chacun va de sa petite conversation. Je m'approche de Léo. Me voyant arriver il me sert un grand sourire.
- Alors Astryd ! Comment tu vas ?
- Arrête tout de suite Léo. Je t'ai vu.
- Pardon ?
Je fait allusion au regard qu'il a lancé à son frère pendant la traduction tout à l'heure. Ils savent quelque chose que les Enragés ignorent.
- Toi et ton frère, vous savez quelque chose de plus que nous. Dit moi ce que c'est.
Il paraît très ennuyé.
- C'est un secret d'État Astryd ! Je dois vraiment demander au Grand avant de vous en parler.
- Bien sûr ! La Grande Maison garde ses secrets alors que nous on doit tout vous dire ! Ça ne va que dans un sens ! Comme c'est étonnant !
- Ne m'en veut pas... J'obéis au Grand c'est tout. Et surtout n'oublie pas que la Grande Maison ce n'est pas le Grand.
Connor m'avait déjà dit cela auparavant, mais je n'y avais pas réfléchi. Cette fois encore je ne m'attarde pas sur cette phrase, beaucoup trop énervée. Je tourne les talons. Je ne veux pas lui parler plus longtemps. Les airs supérieurs que se donnent ceux de la Grande Maison m'insuportent ! Ils gardent tous ces secrets comme si nous n'en étions pas dignes. Je suis déçue par Léo. Je l'apprécie et je ne pensais pas qu'il pouvait être aussi minable que ces collègues.
La salle de réunion est éclairée par une petite ampoule blanche mais les tous premiers éclats du soleil commencent à percer. Il faut que je rentre, avant qu'ils ne s'aperçoivent que je suis partie. Je fais part de mon intention à M et Volovent qui m'avaient promis de me raccompagner. Après avoir dit au revoir à Connor, Chap et Iévna nous atteignons le toit. Le chemin du retour est plus simple que celui de l'allée car beaucoup plus éclairé.
Une fois arrivés au même endroit que celui où ils m'ont récupéré, ils me serrent un à un dans leurs bras et m'aident à descendre. Je court jusqu'à chez moi espérant arriver avant le réveil matinal d'Assam.
J'exécute le même chemin qu'il y a quelques heures en étant tout aussi discrète et silencieuse quoiqu'un peu plus rapide. J'ai remis mon pyjama et je me glisse tout doucement dans le lit.
°°°°
Je baille. Astley et Assam attablés pensent que c'est parce que je viens de me réveiller alors que c'est parce que je n'ai pas dormi de la nuit. Nous sommes, comme hier matin, tous les quatres autour de la table du petit déjeuner.
Je tiens entre les mains une tasse remplie de jus. Une tasse rouge. Je cligne des yeux pour chasser créé que je m'attends à voir. Mes mains chauffent. Je regarde le bout de mes doigts devenir carmin comme si la tasse les tâchait. Inspire, expire... Recommences... C'est juste une illusion Astryd ! Une putain d'hallucination. Heureusement la voix d'Astley retentit :
- Tu ne t'es pas réveillée cette nuit Astryd ! Tu n'as pas fais de cauchemar ?
Je lui offre un sourire faux mais ne réponds pas. Assam rebondit sur le sujet :
- À ce propos, puisque tu es en contact avec le Grand, tu ne voudrais pas lui en toucher deux mots ? Il sait tout non ? Il doit s'y connaître en rêves ?
Je réfléchi quelques secondes et en vient à cette conclusion :
- Oui. C'est une très bonne idée.

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