Après avoir passé la matinée à descendre le fleuve, ils aperçurent une fine traînée de fumée s'élever d'au bord du cours, qui leur indiqua qu'ils arrivaient finalement au village. Charlie ne la vit pas tout de suite. Elle était perdue dans ses pensées, passant ses doigts dans les eaux rougeâtres du Rio Patuca. Elle se demandait ce qui vivait dans cette onde troublée et rougie par toute la matière végétale de la jungle qui venait y mourir et être emportée. Se ferait-elle mordre le doigt par un piraña ? Le bateau effrayait-il les caïmans flâneurs ? Et si l'eau n'était pas si opaque, verraient-ils ces dauphins qu'on accusait de mettre les jeunes filles enceinte ?
Les bords de la forêt se faisaient plus plats ici. Le serpent rouge s'était calmé et se prélassait au soleil. Charlie enfin, rejoignant le regard de ses compagnons, l'observa fumer.
- Camille ?
- Oui ?
- Est-ce qu'il y a... des choses qu'on ne doit pas faire, pas dire ?
- Non, rien. Enfin, oui sans doute, mais ils ne se fâcheront pas. Tu m'aurais vu durant les dix mois que j'ai passé ici, j'ai enchaîné les maladresses. Tu ne parviendras plus à les étonner après moi, répondit-il en souriant.
- Ils parlent espagnol ?
- Certains le parlent un peu. Mais je traduirai.
- Et on peut débarquer comme ça ? demanda Rebecca.
- On aurait dû faire des contrôles pour savoir si on n'avait pas d'infection. Ça peut être dangereux pour eux si on en transporte. Un médecin m'a montré comment les repérer, et je n'ai rien vu sur vous. Mais si vous pensez avoir quelque chose, dites-le-moi maintenant.
Chacune s'examina alors que Camille continuait :
- Ils vont sans doute demander si nous apportons des médicaments. On a une trousse mais pas beaucoup plus malheureusement. On ne l'utilisera que si quelqu'un ne peut pas être soigné d'abord avec leur médecine. Et bien sûr, ils vous poseront plein de questions, vous verrez, surtout les enfants.
- Mais on ne risque pas de..., demanda Charlie, un peu hésitante. C'est un peu bête... De dénaturer leur culture en y répondant ?
- Ce n'est pas bête, c'est une vraie question. En venant comme ça dans leur village, on va forcément les impacter. Idéalement, on ne devrait pas rester dormir au village par exemple, mais ça va être difficile de faire autrement. Mais tu sais, c'est un peuple qui a connu les missionnaires et qui y a résister. Il ne faut pas surestimer notre impact ni les sous-estimer eux.
Un sentiment d'excitation mêlé d'appréhension s'empara d'eux alors qu'ils s'approchaient de la berge et que déjà quelques curieux s'avançaient. Quand Camille descendit du canot pour les saluer dans leur langue, Rebecca et Charlie échangèrent un regard et un sourire nerveux et sautèrent à leur tour. Très vite, ils furent entourés par les habitants de la jungle à la peau lisse couverte d'ocre et échangeant quelques mots aux sonorités mystérieuses. Des dessins parcouraient leurs corps nus, ornés de bijoux de bois, labrets, ceintures tissées, bracelets de perles. Les enfants leur attrapaient les mains et tiraient, curieux, sur leurs habits, tandis que les plus vieux allaient inspecter le bateau pneumatique et les quelques objets qui se trouvaient à l'intérieur.
Un homme reconnut Camille et parti chercher leur chef après l'avoir salué et avoir ri de ses cheveux qui avaient changé. Celui-ci arriva quelques minutes plus tard et sourit en apercevant celui qui était devenu son ami au fil des mois.
- Camille. Nous ne savions pas que tu venais, dit-il.
- Moi non plus, ria Camille.
- Qui sont les deux femmes avec toi ?
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Le chant du colibri
AventuraCharlie Tiwaia et sa collègue Rebecca sont archéologues au Honduras. Elles vont suivre leur ami Camille alors que celui-ci, ethnologue, croit avoir retrouvé les traces d'un événement historique important dont le souvenir ne persiste aujourd'hui plus...
