5. Sifflements

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Camille faisait rebondir une de ces courtes dreads du bout de son index tout en fixant gravement Rebecca.

- C'est ce que je crois ? demanda Charlie.

- Absolument !

- Écoute... On a déjà essayé trop de ces appareils auparavant, expliqua Charlie, un peu gênée. Je sais que tu y tiens, mais faut se résoudre : c'est impossible.

- Je sais très bien ce que tu en penses. Mais crois-moi, j'ai bossé sur ce truc des mois. C'est plus un bidule des années vingt. Regarde, j'ai collé une carte-son ici, et un processeur, là, qui étalonne en temps réel. Ce machin fonctionne.

- Même si c'est le cas, le Señor Morales ne nous laissera jamais l'utiliser, ça risque de griffer la surface du vase.

Rebecca eut un regard un peu fuyant, puis esquissa un petit sourire inquiétant alors que ses yeux se posaient à nouveau sur les deux occupants des poufs de son salon. La lumière tamisée qui baignait en permanence son appartement et les ombres que projetait une bougie qu'elle avait allumée, lui donnait des airs de prophétesse s'apprêtant à prononcer un langage interdit.

- Qui parle de lui demander son avis...

- Quoi, tu veux qu'on se fasse suspendre une deuxième fois dès notre retour.

- Non, non...

Un peu soulagée, Charlie s'enfonça d'un peu plus dans le siège.

- Non, on ne va pas attendre notre retour. On va s'infiltrer dans l'institut !

Charlie, qui avait pris une chips, manqua de s'étouffer.

- T'es complétement folle, constata Camille.

- Il n'y a que ceux qui suivent les fous qui le sont vraiment. Et crois-moi, tu vas venir avec nous, mon petit Camille.

- Tu peux courir, Becky.

Rebecca grogna à la mention du surnom qu'elle détestait et allait répondre de plus belle quand Charlie la coupa.

- Tu comptes t'y prendre comment pour entrer ?

- Quoi !? s'exclama Camille, tournant brusquement la tête vers elle.

- Par la porte principale, avec le badge du stagiaire. Demain soir.

- Et comment tu penses le lui piquer ?

- Oh, il va me le donner lui-même. Je viens de lui promettre un ciné par texto. Il n'a même pas hésité un peu. Merci pour l'idée d'ailleurs.

- Non mais c'est pas possible d'être aussi nul ! Si c'était pas pour nous, je le ferais virer sur le champ. Il se rend compte de ce qu'il fait ? Bon...

- Comment ça "bon" ? intervint Camille. Mais vous êtes malades ? L'institut appartient à l'État. Si on se fait prendre, c'est la prison.

- Mais non... on a presque le droit de faire ça.

- Non. Camille a raison, Rebecca. C'est ridicule de prendre autant de risques. On va trouver autre chose.

- Mais...

Ne trouvant plus d'arguments qui rivaliseraient avec les risques encourus, Rebecca soupira et posa son appareil sur la table.

- Bon, dit Charlie avec un sourire amical. Tu nous la sors cette chicha ?

*
*     *

Plus tard dans la nuit, alors qu'au milieu du miaulement des chats gris, l'ululement d'une chouette fauve s'insinuait dans l'ouverture de la fenêtre, un son strident et métallique vint taire les ronflements dans la pièce encore un peu enfumée. La chouette étouffa une dernière note lourde alors que derrière les carreaux, deux amis se réveillaient.

Le chant du colibriOù les histoires vivent. Découvrez maintenant