- Vous croyez qu'il y a un chullachaqui qui guette dans les arbres ? demanda Rebecca.
L'épaisseur de la forêt s'invitait jusque dans l'eau où d'organiques pans verts et brunis se laissaient mouiller, drainant le courant, comme de larges trompes. Les folioles trempées venaient parfois caresser et ralentir la pirogue qui continuait sa lente dérive sous la voûte palmée. Dans l'ombre émeraude, d'autres ombres dansaient silencieusement, accompagnés d'un air que Charlie fredonnait. Et du regard de Rebecca.
- Si ça se trouve, l'un de nous en est un, continua-t-elle.
- Montre-nous tes pieds ! s'exclama Camille.
Et ils rirent.
- C'était quoi, l'histoire ? demanda Charlie.
- Celle qu'on m'avait racontée au Pérou ?
- Oui, celle du chullachaqui.
Rebecca sourit et regarda un instant le bord du fleuve.
- Bon. Là-bas, dans les jungles de Madre de Dios et d'Ucayali, on dit qu'il y a une créature que les gens appellent le chullachaqui. Elle protège la forêt et peut changer d'apparence.
- Complètement ?
- Presque. Il peut se transformer en entier, mais il garde à chaque fois un pied de chèvre...
- Ah oui, c'est ça.
- Quand je suis arrivée au village où je séjournais, on rapportait l'histoire d'un jeune homme qui avait disparu depuis peu. C'était un garçon d'une quinzaine d'années qui était très ami avec un autre habitant du village. Ils allaient souvent ensemble en ville et se promenaient aussi parfois dans la forêt. Une nuit, ils étaient revenus de la ville à pied. Ils avaient expliqué qu'ils s'étaient fait voler la voiture. Les parents dirent que ce n'était pas grave, ce qui les étonna. Mais ils décidèrent tout de même de ne plus retourner en ville.
Charlie et Camille écoutaient attentivement l'histoire qu'ils avaient déjà entendue, et guettaient l'obscurité entre les troncs. Tout était calme. Seul le cri d'un animal venait parfois ponctuer l'histoire de leur amie.
- Mais les gens commençaient à les regarder bizarrement au village. Les habitants me disaient que ça leur faisait de la peine de voir de jeunes gens errer entre les maisons. Alors parfois ils allaient dans la forêt, et il arrivait qu'ils rentrent tard parce qu'ils s'étaient perdus.
- Et pourtant ils ont continué d'y aller..., ajouta Camille.
- Oui, ils ont continué. Pendant des mois, ils retournaient chaque jour en forêt, et revenaient toujours un peu plus tard. Si bien qu'un bout d'une année, ils ne rentraient jamais avant qu'il fasse nuit.
- Et ils n'ont pas racheté de voiture ? demanda Charlie.
- Non. Ils disaient qu'ils ne voulaient plus retourner en ville.
Les rayons du soleil percèrent pendant un instant le plafond végétal et éblouirent les trois amis dont la pirogue regagnait déjà les ombres.
- Et puis ?
- Et puis... une nuit ils ne sont pas rentrés. Et on ne les a jamais revus.
- Et le chullachaqui ? demanda Charlie.
- Tu te souviens que le chullachaqui peut changer de forme, et que souvent il prend l'apparence d'un ami ?
- Oui.
- Eh bien, plusieurs personnes du village expliquent que depuis cette soirée en ville durant laquelle ils se sont fait voler la voiture, l'ami du garçon boitait...
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Le chant du colibri
AdventureCharlie Tiwaia et sa collègue Rebecca sont archéologues au Honduras. Elles vont suivre leur ami Camille alors que celui-ci, ethnologue, croit avoir retrouvé les traces d'un événement historique important dont le souvenir ne persiste aujourd'hui plus...
