6. À tire-d'aile

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Charlie avait de la terre sous les ongles. Elle avait dix ans quand, assise au milieu d'un terrain vague de Puerto Lempira avec son frère, elle avait découvert ce qui allait devenir son activité favorite : fouiller la terre.

- Regarde ! l'avait-il sommé, tout en pointant du doigt l'étrange trésor qui dépassait du sol.

Des profondeurs terrestres sortaient l'appendice blanc d'une étrange chose, perforé dans le long comme pour pouvoir aspirer l'air de cette chaude journée.

S'approchant, prudents et curieux, de la chose brillante, les deux enfants, d'une brindille, firent cliqueter l'objet. Il ne leur en fallut pas plus pour commencer à le tirer hors de son terrier. Un bruit de brisure plus tard, ils se retrouvaient assis dans la poussière, l'objet entre les mains. Comme pour ne pas laisser s'échapper le tout qu'ils venaient de casser, ils remirent leurs vingt doigts dans le sol et déterrèrent bientôt le reste de la faïence. Ce qu'ils avaient vu et attrapé en premier lieu était le bec d'une théière dont ils dépoussiéraient le reste. Rapiéçant la ruine plusieurs fois brisée, ils purent bientôt contempler la glaçure décorée de fleurs bleues et d'autres motifs.

Son frère se lassa vite de la vielle théière, mais la jeune Charlie restait abasourdie par le trésor qu'ils avaient découvert. Méticuleusement, elle avait emporté les pièces, et les avait disposées de façon bien précise sur une petite étagère en attendant de trouver de la colle pour réunir les pièces.

Après cette aventure, elle était retournée bien des fois sur le terrain vague où d'autres secrets attendaient. Et depuis, elle était resté fascinée par ce que la terre avalait. Par les grains qui roulaient sous ces doigts et l'odeur tiède des terrains.

Le grincement d'un boulon la tira doucement de ses pensées et lui évoqua à nouveau le chant d'oiseau qu'ils avaient entendu dans le laboratoire de l'Institut.

- Rebecca, tu peux repasser le son du vase avec ton appareil ? demanda-t-elle.

Elle aperçut les yeux bruns de son amie s'agrandirent et s'emplir de panique, dans le petit miroir fixé au tableau de bord.

- Je..., commença cette dernière.

- Quoi !? Tu ne vas quand-même pas me dire qu'on a rien enregistré ? s'exclama Charlie dont l'estomac venait de faire un tour.

Sans attendre de réponse, Camille se mit à siffler la mélodie frénétiquement pour ne pas qu'elle quitte sa mémoire. D'un moulinet de la main et d'un regard, il incita les deux autres à faire de même. Rebecca sorti son téléphone, mais Camille lui rappela d'un haussement de sourcil qu'ils n'auraient que peu d'occasion de recharger leurs batteries au milieu de la Mosquitia. Charlie lui tendit un crayon et un calepin. Elle l'attrapa et ne laissa à l'hésitation que trois secondes avant de tirer des lignes parallèles sur les petits feuillets pour les noircir de notes.

- C'est bon, j'ai tout ! fini-t-elle enfin par déclarer.

Ils se laissèrent retomber dans le siège avec un soupir partagé.

- J'espère que tu es sûr de toi, Camille, lui dit Charlie.

- T'inquiète, c'est bien la mélodie, lui répondit-il avec un petit hochement de tête qu'elle ne vit pas. Par contre...

- Quoi ? demanda-t-elle en se retournant.

Camille lui indiqua le calepin posé sur le tableau de bord, dont les feuillets étaient battus par un courant d'air entrainé par un petit radiateur.

- Je crois qu'on ferait quand même mieux de l'apprendre par cœur, continua-t-il. Je ne suis pas certain qu'il tiendra l'humidité de la jungle, si on ne le perd pas avant.

Charlie acquiesça.

Les heures tardives de la nuit furent musicales dans le bourdonnement du cockpit. Répétant encore et encore la mélodie, ils la réciteraient bientôt plus facilement que l'alphabet.

- Rebecca, concentre-toi ! ordonna tout sourire Charlie, alors que son amie s'amusait à faire des variantes et des accords sur la mélodie.

- Mais, c'est bon, on commence à la connaître, là. Attends, je fais les basses, qu'on bouge un peu !

Le groupe fraîchement monté joignit les gestes aux sons et les trois se retrouvèrent à jouer des bras et à synchroniser leurs mouvements sur un chant très rythmé. La mélodie s'apprenait d'autant mieux quand tout le corps s'y mettait.

*
*     *

Au-dessus des forêts pluvieuses, dans le ciel lourd de sombres nuages, un drôle d'oiseau de fer sifflait une mélodie depuis longtemps perdue. Sur son dos, les trois amis ne s'arrêteraient pas tant que chacun ne la saurait pas par cœur. L'air qui frottait le fuselage et faisait grincer le métal s'était tut et peu à peu, en égrainant les heures, la mélodie s'insinua dans leur tête et fut prise par leur cœur.

Alors, l'oiseau entra dans un nuage plus gros que les autres et ce fut le silence. Un silence d'abord sourd, et lourd des milliers de gouttes qui pesaient sur le plumage d'acier. Et puis, comme une déchirure dans le voile qui rendait le ciel aveugle, un énorme bruit s'accompagna d'un flash blanc. Le vent se mit à souffler. Fort, très fort. Et tout tourna.

Plongeant comme dans la mer, le vieux coucou perça enfin les brumes flottantes et découvrit droit devant lui le manteau vert de la jungle. Sur son dos, les trois amis criaient.





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Pour la petite histoire...

À part aider les archéologues à s'enfuir, les petit avions leur servent aussi régulièrement pour repérer d'éventuels sites de fouille. Les premières prospections aériennes ont d'ailleurs été faites involontairement.

C'est au soleil couchant qu'Antoine Poidebard a pu contempler la lumière rasante dévoiler des reliefs infimes sur les plaines de Syrie. Des ruines avalées par la terre. Les photographiant et les localisant, il donna naissance à l'archéologie aérienne.

D'autres indices, invisibles depuis le sol, ont ensuite permis à cette technique d'élargir son champ d'application. Les modifications de couleurs des sols ou la présence de vestiges sous les champs, gênant la floraison des cultures juste au-dessus, peuvent se révéler en dessinant leurs contours sur la surface des champs, parfaitement discernables depuis le ciel.

Il faut donc parfois prendre de la hauteur pour mieux plonger sous terre.    


Le chant du colibriDes histoires addictives. Découvrez maintenant