J'ai tout essayé pour me retenir : j'ai serré les dents, je me suis mordue la langue, je me suis pincée, je me suis même bouché le nez mais rien à faire... J'ai éclaté de rire. Un rire tellement puissant qu'il ne ma pas fallu 30 secondes pour avoir des crampes d'estomac et pour que les larmes me montent aux yeux, je tente de reprendre mon souffle comme je le peux. Pliée en deux comme je le suis, la vision brouillée par les larmes qui sont montées et le corps secoué par mon rire, je pouvais à peine voir John froncer les sourcils et serrer un peu plus les dents, d'ailleurs à ce stade là ça m'étonne qu'il ne s'en soit pas encore cassé une -avec ce sourire dentifrice qu'il a, ce serait dommage- mais à peine cette vision s'est elle imposée dans mon esprit que mon éclat de rire repart de plus belle. Je sais, je sais, c'est pas très malin de se moquer ouvertement d'un fou, surtout quand il fait deux fois votre poids, mais bon... j'ai pas pu m'en empêcher.
-Tu trouves ça drôle peut-être ?
Je relève la tête, hochant la tête tant bien que mal, tentant de sécher mes yeux du mieux que je peux. La vision qui s'offre à moi est un John plus en colère que jamais, ses sourcils sont si froncés qu'ils se touchent presque et ses yeux bleus nuit brillent d'un éclat meurtrier tandis que ses lèvre sont si serrées qu'elles se réduisent à une mince ligne. Apparemment il n'aime pas qu'on se moque de lui.
-P...pas humain? je balbutie lamentablement. Et "on" est quoi? Des martiens?
-On est pas des martiens, on est des telkas.
Au moment même où il prononce ces mots, mon rire se bloque dans ma gorge. Je me fige net, des frissons me montent le long du dos, mes mains sont comme engourdis.
-Des quoi ?
-Des telkas. répète-il impassible.
Je sens un mal de tête poindre à l'arrière de mon crâne, des tentacules glacées semblent grimper le long de mon dos pour étreindre mes membres un par un, m'empêchant de bouger. Mais je ne commence à paniquer qu'une fois que je suis totalement paralysée, incapable du moindre mouvement si ce n'est de regarder autour de moi. Je lève les yeux vers John, tentant d'exprimer ma détresse en un regard. Mais soit il ne se rend compte de rien, soit il s'en fiche car il ne fait pas le moindre mouvement pour m'aider, se contentant juste de me regarder droit dans les yeux, un air à la fois anxieux et sûr de lui apparaît sur son visage. Que m'arrive t-il ? Je sens les larmes me monter aux yeux mais je les refoules immédiatement, il faut que je reste calme, j'inspire profondément. Étrangement je suis restées debout, je ne me suis pas affalée par terre comme je m'y attendais mais ça pourrait arriver d'un moment à l'autre.
Et pourtant, ça n'arrive pas. Après dix minutes à nous fixer lui et moi, il murmure soudain quelque chose, si rapidement et si doucement que je n'ai absolument aucune idée de ce qu'il a dit. Si je n'étais pas figée, j'aurais probablement violemment sursauter. Et tout d'un coup, je me rend compte de quelque chose : je peux bouger les doigts! Et après les doigts viennent les pieds, puis les mains, les bras, les jambes, le dos... Jusqu'à ce que finalement, je puisse de nouveau me mouvoir.
Le premier geste que je fais c'est de me reculer brusquement pour m'exclamer tout de suite après.
-Il faut que j'y aille!
Aussitôt dis, aussitôt fait, -Pour le courage on repassera- je suis sur le point de pénétrer dans les sous-bois quand la voix de John -si c'est son vraies nom, qui sait?- m'interpelle.
-Ophélie, attend!
Je me fige et me tourne, dardant sur lui des yeux que j'espère menaçants -ils doivent plus être effrayés qu'autre chose-.
-Comment ça se fait que tu connaisse mon nom?
-Aucune importance, je ne rigolais pas quand je t'ai dis que tu dois me suivre. Tu n'est plus en sécurité ici.
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Plume Grise
FantasyOphélie, orpheline et solitaire vit une existence banale dans un petit orphelinat perdu au milieu de nul part. Rien de bien palpitant, a-t-elle toujours pensé. Mais lorsqu'elle rencontre un mystérieux garçon au milieu des bois, lui affirmant qu'elle...