Assise sur une chaise dure et inconfortable, le visage penché sur le côté, je tente de suivre les explications de mon professeur d'histoire, en vain. Seuls des mots vides de sens résonnent dans ma tête <<Henry XIV, Versaille, monarchie,...>>. Depuis cette après-midi là, mon esprit est comme sur pause, endormi. Cela fait seulement quatre jours et pourtant j'ai l'impression que c'était il y a une éternité. Plus j'y pense -je ne fais que ça de mes journées- et plus je me dis que j'ai probablement tout inventé. Ou alors, j'ai vraiment vu ce garçon, John, mais il ne c'est rien passé d'autre... C'est probablement ça. De plus, si un garçon comme lui vivait -ou venait d'emménager- dans les environs je serais au courant! C'est sûr qu'il ne passe pas inaperçu avec ses vêtements sombres, ses cheveux un peu ébouriffé, ses yeux b...
-Mademoiselle Cooper!
Je lève rapidement mes yeux ornés de profondes cernes vers mon professeur qui me fixe de ses petits yeux méchants et vicieux. Je soupire avant même de répondre.
-Oui, monsieur Lafonte?
-Répétez donc ce que je viens de dire.
Je serre les dents, sentant un mal de tête poindre, ils sont de plus en plus fréquents ces derniers temps. Je fouille mon esprit mais n'ai absolument aucune idée de ce dont il parlait.
-Vous parliez de Louis XIV ? je lance au hasard.
Plusieurs ricanements s'élèvent dans la salle, tandis que monsieur Lafonte fait une grimace en m'observant comme si j'étais parfaitement stupide -le côté méchant et vicieux en moins, j'ai déjà vu ce regard quelque part...
-Oh oui c'est exactement ce dont nous parlons... Depuis deux mois!
Les ricanements reprennent, plus stupides encore.
-Quelle demeurée celle-là!
Je me retourne d'un coup pour faire face à celle qui viens de m'insulter ; c'est une grande brune aux petits yeux méchants -elle a un petit air de famille avec le prof... si ce n'est que ce dernier est chauve- qui passe généralement ses journées à mâchouiller du chewing gum en critiquant les autres.
-T'as un problème? Tu veux ma photo peut-être?
Sa voix haut perchée me donne envie de m'arracher les oreilles et pour toute réponse, cette fille est un cliché de pétasse ambulant. Je lève haut mon majeur dans sa direction avant de lui répondre sèchement.
-La "demeurée" t'emmerde.
Quelques secondes plus tard la sonnerie retentit, je me lève et récupère mes affaires mais avant de passer la porte je vois qu'elle n'a pas bougé d'un centimètre suite à ma réplique, elle a l'air bouche-bée ce qui me fait froncer les sourcils, elle aurait déjà dû s'être levée pour m'insulter de tout les noms de sa voix criarde mais elle se contente de rester là, figée. Je hausse les épaules et commence à remonter le couloir. Les choses étranges, je commence à en avoir l'habitude. Mes récents rêves par exemple, eux ils ne sont vraiment normaux.
Et alors qu'un énième couloir apparaît devant mes yeux fatigués, je me replonge dans les souvenirs troubles de mes derniers rêves.
Mes rêves commencent tous de la même façon : je suis debout, mes pieds nus sont en contact avec une surface froide, mes cheveux se soulèvent doucement probablement à cause d'un courent d'air quelconque. C'est à ce moment là que j'ouvre les yeux, en face de moi se dresse un miroir, si haut et si large que je n'en vois pas le bout même en renversant la tête en arrière. Soudain, je suis assaillie d'un doute. Comment se fait-il que je sois si certaine que ce qui se trouve devant moi est un miroir,... si mon reflet ne s'y trouve même pas? Un frisson remonte lentement le long de mon dos lorsqu'un autre courent d'air me caresse les jambes, faisant doucement voleter la robe dont je suis vêtue. Je reste un moment émerveillée devant cette beauté. La robe est faite d'une matière incroyable à la fois si douce et si légère, qu'elle paraît glisser sur mon corps comme autant de gouttes d'eau qui tombent du ciel, fendant l'air et les nuages pour finalement s'écraser sur cette terre où elles regagneront un lac, une rivière, la mer ou peut-être juste de sombres égouts avant de s'envoler une nouvelle fois vers les nuages pour pouvoir recommencer leur cycle indéfiniment. La robe est d'une couleur blanche, incroyablement pure, si belle et si éclatante que je n'arrive pas à l'observer plus de quelques secondes avant de devoir détourner les yeux face à toute cette beauté. Lorsqu'un énième courent d'air me donne la chair de poule, je décide de faire un tour sur moi-même pour vérifier qu'il n'y ait pas une fenêtre ouverte ou quelque chose qui y ressemble dans les environs -et par la même occasion pour découvrir mon environnement-. Mais lorsque je me retourne, je me rends vite compte qu'il n'y a pas de fenêtres ouvertes ici, ni même de fenêtres tout court d'ailleurs. Il n'y a que le vide ou ce qui y ressemble le plus en tout cas, devant moi se dressent une infinité de miroirs qui ne reflètent rien si ce n'est le sol immaculé. Pourquoi est-ce que je ne me reflète pas? Je devrais pourtant apparaître des centaines de fois. À moins que je ne fasse parti du décor? Peut-être que l'éclat de ma robe se répercute sur ton mon être, peut-être que je ne suis pas vraiment là, peut-être que ce ne sont pas vraiment des miroirs. Mais ça fait trop de <<peut-être>>. Examinant une dernière fois la pièce, je finis par me tourner, me retrouvant ainsi dans ma position initiale.
Il n'a même pas fallu une seconde, juste le temps d'un battement de cils. 1, 2, 3, clic! J'ouvre les yeux et autour de moi, des centaines voir des milliers de personnes se tiennent debout, impassibles. Ils ou plutôt elles sont toutes identiques. De grands yeux émeraudes, un visage fin, des joues légèrement roses,... Mais quelque chose me dérange chez elles, quelque chose que je n'arrive pas à saisir. Je fais alors un pas hésitant vers l'apparition la plus proche -celle qui se trouve juste en face de moi- mais je me rends vite compte que chaque mouvement que j'exécute est imité des milliers de fois. Et soudain, je comprend ce qui me trouble tant depuis leurs apparitions, ces filles... elles sont moi, mais sans l'être vraiment. Mes yeux à moi sont plus ternes, moins brillants, ma bouche moins pulpeuse, mon teint moins frais, mes cils moins longs et recourbés, mes cheveux moins lisses,... je suis juste "moins". Mais il y a encore quelque chose... je ne parviens pas à mettre le doigt dessus... Serait-ce le fait que ces filles-là portent de longues robes noirs balayant le sol? Un noir si puissant et si profond que même la nuit la plus obscure ne peut l'égaler, parfait contraste avec ma robe blanche m'arrivant aux genoux? Je ne sais pas, je ne sais plus, tout est si flou... Ce "moi" là est si sombre. Soudain, ça me saute aux yeux, c'était si évident, comment ai-je pu passer à côté? Elles ont des ailes! Des ailes qui paraissent leurs avoir été remises au hasard car contrairement à elle et à cette aura ténébreuse qui les entoures, leurs ailes sont d'un gris merveilleux et clair. Aussi merveilleux que ma robe, qui paraît presque terne à côtés de ces œuvres-d'art recouvertes de plume qui à vu d'oeil doivent être incroyablement douces. Tout d'un coup, alors que je me demande si il serait possible qu'elle ne sois réellement que mon reflet, l'une d'elles me sourit, celle vers laquelle je me suis avancée tout à l'heure. Mais ce n'est pas un sourire plein de vie et dégoulinant de bonheur, non. C'est un sourire triste, le sourire de quelqu'un qui en a trop vu. Je lui sourit alors en retour d'abord timidement, puis franchement.
Je suis sur le point d'ouvrir la bouche pour parler, je ne sais pas encore ce que je vais dire mais de toute façon, qu'est on censé dire à son reflet qui n'est pas vraiment son reflet -vous avez quatre heures- quand soudain, je vois apparaître quelque chose au loin. Je lève la tête et plisse les yeux, tentant d'apercevoir la chose volante qui s'approche de nous à toute vitesse. L'autre -le nouveau surnom de mon reflet "principal", celle qui m'a sourit- suit mon regard avant d'écarquiller les yeux d'un air horrifié, à moins que ce ne soit mon visage qui se reflète? Car j'ai enfin identifier la "chose" qui nous fonce dessus et je n'avais jamais rien vu d'aussi abominable. C'est une sorte de chimère composée de trois têtes, une tête de taureau; ses petits yeux rouges lui donnent un air cruel et ses cornes paraissent aussi aiguisés que des larmes de rasoir, une tête d'oiseau; mais pas le mignon petit volatile qu'on observe le matin depuis la fenêtre de nos chambre, cet oiseau-là me tuerait d'un coup de bec si je lui en donnais l'occasion, ses plumes sales paraissent pouvoir se détacher d'un instant à l'autre. Mais la dernière tête du monstre est la pire. C'est une tête de loup mais même le plus effrayant loup que je n'ai jamais pu voir est un chiot à côté de ça ; de la bave mélangée à du sang -celui de qui?- dégouline de sa gueule à moitié ouverte , me donnant une vue privilégiée -dont je me serais bien passée- sur ses crocs tranchants. Ses yeux fous roulent dans leurs orbites, probablement à la recherche de sa future proie. Après les têtes viennent le corps, entièrement recouvert d'écailles, il est muni d'une immense paire d'ailes mais pas d'ailes délicates et couvertes de plumes comme celles de l'autre. Ce sont des ailes complètement nues, dépourvues de plumes ou de quoi que ce soit qui y ressemble, elles sont déchirées sur les bords et bariolées d'une vague couleur verdâtre. Derrière la chimère, jaillissant du bas de son dos, se balance furieusement une longue queue couverte de poils dorés, elle est probablement issue d'un lion pourtant, quelque chose la distingue. Tout au bout de sa queue, il n'y a pas de poils mais une flammèche -proportionnellement à sa taille- brûlant d'un feu ardent.
Mes mains puis mon corps tout entier se mettes soudainement à trembler lorsque je réalise que cette bête monstrueuse nous fonce dessus et que je ne peux rien faire pour l'arrêter.
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Voilà! Chapitre 5 publié, j'espère qu'il vous a plu! N'hésitez pas à votez et à commentez, ça fais toujours plaisir! Dans le prochain chapitre, j'écrirais la fin du rêve et ce sera le retour -rapide- de John!
Je suis désolée de ne pas avoir posté plus tôt, je ne posterai probablement pas beaucoup pendant les fêtes mais j'essayerais d'écrire plus souvent après!
En passant, merci beaucoup pour les 200 vues, ça va à toute vitesse!
Bisous
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Plume Grise
FantasíaOphélie, orpheline et solitaire vit une existence banale dans un petit orphelinat perdu au milieu de nul part. Rien de bien palpitant, a-t-elle toujours pensé. Mais lorsqu'elle rencontre un mystérieux garçon au milieu des bois, lui affirmant qu'elle...