Mes coudes sont appuyés sur le rebord de la fenêtre, mon front est collé contre la vitre, mes mains soutiennent mon visage tandis que mes yeux dérivent sur l'horizon. La lumière de la lune éclaire les arbres qui me font face et la rivière qui coule doucement. L'herbe et les branches s'agitent harmonieusement. Un soupire s'échappe de ma bouche, je ferme les yeux mais ne parvient pas à m'endormir. La fatigue pourtant présente n'arrive pas à l'emporter sur toute les pensées qui se bousculent dans ma tête.
Un long silence a suivi les révélations de John sur notre nature et sur... ma mère. Je n'ai pas trouvé le courage de lui demander si il sait qui elle est, la curiosité me démange mais les différents scénarios qui défilent dans ma tête sont assez convaincants pour m'en empêcher. C'est vrai quoi! Ma mère peut très bien être une personne adorable qui veut juste que j'ai une vie normale et humaine comme elle pourrais aussi être une femme horrible qui veut m'arracher à ma véritable nature. Tout dépend de ses motivations. À moins qu'elle n'ait voulu me protéger de qui, de quoi? Aucune idée. J'aimerais le lui demander en personne mais encore faudrait-il que je la retrouve. Et pour ça il faudrait qu'elle soit en vie...
Je secoue la tête pour chasser ces pensées négatives, c'est pas le moment d'être pessimiste! Je me replonge plutôt dans les souvenirs des paroles de John.
Je me demande quelles sont mes pouvoirs... je suis peut-être capable de contrôler un ou plusieurs éléments? À moins que je ne me métamorphose ou encore que je guérisse les autres... Tout ça me paraît terriblement irréel, il y a à peine un peu plus d'une semaine mon existence était parfaitement normale! Mais bizarrement je ne regrette pas ma vie d'avant. Évidemment certaines choses me manquerons mais je suis heureuse de pouvoir commencer une nouvelle vie ailleurs, de pouvoir avoir une nouvelle chance. Après notre discussion, nous avons juste continuer notre chemin en silence, méditant chacun de notre côtés ces révélations jusqu'à ce que, à la nuit tombée, on finisse par apercevoir une cabane abandonnée. On s'y est rapidement abritée, John m'a affirmé qu'on arriverait le lendemain puis il s'est écroulé dans l'un des deux lits de camps posés là et il s'est endormi comme une masse. Mais malgré mon état de fatigue extrême j'ai été incapable de m'endormir, j'ai donc fini par me lever pour tirer une chaise devant la fenêtre et m'y asseoir.
Mes jambes courbaturées m'arrachent une grimace, mon guide ne voulait pas faire plus de trois pauses, j'ai dû m'écrouler par terre et refuser de me relever pour qu'il accepte de s'arrêter. Mon endurance est limitée: je suis incapable de marcher toute une journée!
J'observe mon image qui se reflète sur la vitre. Apparemment, si ce ne sont les ailes, je n'ai pris aucunes autres caractéristiques de l'autre, dommage. Ma peau a pris une teinte cadavérique, les cernes qui cerclent mes yeux n'ont pas disparues mais se sont au contraire accentuées, mes cheveux sont en batailles et un bleu se dessine sur mon front, vestige de la nuit passée. Un rayon de lune me fait soudain plisser les yeux. Les carreaux, étonnement propres, laissent entrer sa lumière argentée à l'intérieur de notre abri de fortune ce qui ne semble pas déranger John qui émet un ronflement sonore. Je me tourne vers lui pour l'observer avec amusement.
Ses cheveux noirs partent dans tout les sens, il s'est posé sur le lit en étoile de mer ce qui fait que ses membres touchent presque le sol -le lit n'étant pas très haut- tandis que sa bouche est à demi ouverte et laisse échapper un léger filet de bave. Je pose ma main sur ma bouche pour que mon rire ne parvienne pas à ses oreilles avant d'observer la cabane avec plus d'attention. Le lit de camps sur lequel il est avachi est composé de barreaux en métal, d'une couverture kaki et d'un matelas plus qu'inconfortable. La porte quant à elle a été fabriquée à l'aide de rondins de bois sombres tandis que les murs sont montés à l'aide de planches plus claires. Sinon il n'y a pas vraiment de meuble. Uniquement trois chaises empilées dans un coin et une table à quelques pas de moi.
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Plume Grise
FantasyOphélie, orpheline et solitaire vit une existence banale dans un petit orphelinat perdu au milieu de nul part. Rien de bien palpitant, a-t-elle toujours pensé. Mais lorsqu'elle rencontre un mystérieux garçon au milieu des bois, lui affirmant qu'elle...