Chapitre 18

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Aujourd'hui, ça fait trois mois que je suis arrivée. Trois mois que ma vie a radicalement changé. Chaque jour, je me lève à sept heure, je me prépare, je déjeune et j'arrive à la salle d'entraînement à huit heure. Je fais une pause à une heure puis je reprends à deux heure avec des cours plus... mental. Éléments, métamorphose mais jamais télépathie. C'est le sujet tabou, la chose à bannir. Avec le temps, les autres telkas ont commencés à se faire à ma présence. Il se contentent maintenant de m'ignorer. D'autres par contre, ne m'ont pas le moins du monde tourné le dos. Clara, qui a insisté pour que nous allions faire un autre tour en ville en prenant cependant bien soin d'éviter "Laine et Satin". Il y aussi Sam, son demi-frère. Apparemment, lui et Clara ont le même père. Le fait que leurs âges soient si rapprochés reste un mystère pour moi. Ethan s'est révélé d'un soutien impressionnant malgré le fait qu'il passe son temps à m'envoyer des remarques sarcastiques et des critiques sur ma manière de me battre ou tout simplement de tenir une arme. Matt quant à lui, est devenu un pilier de ma nouvelle existence. Il est toujours là pour m'écouter, me conseiller. Il est un peu comme le père que je n'ai jamais eu.

Les entraînements commencent à porter leurs fruits, dans tous les domaines, j'apprends à manier à peu près toutes les armes en passant de l'épée à l'arc. Évidemment, je ne pourrais pas battre une armée, d'ailleurs je n'ai jamais réussi à mettre Clara au sol, à moins de rajouter mes pouvoirs au combat. Mais dans ce cas là, les autres finissent toujours par râler parce que, je cite : »C'est pas comme ça que ça marche, tu n'apprendras jamais rien de cette façon! » Le seul à approuver, c'est Matt. Il affirme qu'en combat réel, je ne retiendrais pas mes pouvoirs alors autant apprendre à m'en servir. Les éléments m'aident pas mal mais j'ai encore beaucoup de mal à maîtriser la métamorphose et quand j'ai enfin réussi à changer de forme pour la première fois, j'ai immédiatement perdu le contrôle de mon corps, me mettant à gambader à tout va et à voler la nourriture dans les maisons. Le lieutenant affirme que c'est normal et qu'il connaît une fille de mon âge qui tente de maîtriser son métamorphe depuis l'âge de huit ans et qui n'y parvient pas encore complètement. Ce métamorphe n'est autre... qu'une licorne. Comment dire que... j'ai été surprise. On m'a ensuite affirmé que pourtant, ce genre de créatures n'existent pas normalement, on raconte que cette fille a une âme tellement pure qu'elle est parvenue à créer une créature fantastique. En tout cas, je dois dire que cette révélation m'a remplie de détermination quant à ma maîtrise de pouvoirs. En tout cas, à chaque fois que je perds un combat (c'est-à-dire tout le temps) un instructeur se met immédiatement à me hurler dessus: « C'EST COMME ÇA QUE TU COMPTES BATTRE L'ENNEMI?! » Le problème, c'est que la seule idée de me battre en combat réel me donne des sueurs froides et pourtant, tout le monde autour de moi agis comme si ça pouvais arriver d'un instant à l'autre. Comme si une guerre se préparait.

J'enfile mon manteau avant de sortir des vestiaires de la salle d'entraînement. À l'extérieur, l'air est glacial, la poudreuse recouvre absolument tout: les arbres dont les feuilles ont disparus depuis bien longtemps, les toits des habitations d'où s'échappent des panaches de fumée, les gens eux-mêmes sont recouverts de neige et d'ailleurs, je ne tarde pas à sentir des des flocons se déposer sur mon crâne. Je ressers mon écharpe autour de mon cou bien qu'il soit rare que les telkas tombent malades. Il faudrait que je pense à m'acheter un bonnet. En fait, en plus du bonnet j'ai des tas de choses à acheter: des cadeaux par exemple. Noël approche à grands pas et Clara ne parle que de ça. À mon avis, elle a acheté un cadeau pour chaque membre du clan.

Mes pieds s'essuient d'eux-mêmes sur le paillasson posté devant la porte d'entrée de mon "chez moi". Je pousse la porte et pénètre dans l'habitation mais il n'y a que le silence pour m'accueillir. Un soupir s'échappe involontairement de ma gorge tandis que je retire mes chaussures. C'est dans ces moments-là que l'orphelinat me manque le plus. Moi qui avais si souvent rêver du silence et du calme, me voilà à regretter la joyeuse animation toujours présente dans mon ancien lieu de vie. Les marches et le parquet craquant aux étages supérieurs, le brouahah du réfectoire, les chuchotements qui comblent le vide que laisse la nuit. J'aimerais pouvoir les réentendre de temps en temps, juste quelques secondes.

Plume Grise Où les histoires vivent. Découvrez maintenant