CHAPITRE XV - La guerre des Dragons - Partie 1

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Isgard, à Lôy.


Dans la principale rue commerçante de la cité Lôy, un attroupement d'enfants accompagné d'adultes, s'était posté devant la forge et attendait dans une ambiance tranquille. Soudain, le groupe entendit des bruits de sabots puis aperçut un soldat à cheval en tenue blanche qui brandissait une bannière brodée de nombreuses fleurs.

Le militaire passa à vive allure et demanda de dégager le passage car le coche officiel de Gladys de Vantimire, accompagné de sa cohorte, n'allait pas tarder à entrer dans Lôy. Les vendeurs à la sauvette enlevèrent leurs quincailleries et leurs draperies au sol, puis les badauds se collèrent aux façades des maisons.

Au bout de quelques minutes, un magnifique carrosse laqué blanc en forme de tulipe géante, tiré par huit chevaux à la robe opaline et suivi d'une petite cavalerie, traversa Lôy par la voie principale dans une belle cacophonie. Bon nombre d'habitants de la cité, curieux et admiratifs, s'empressèrent d'observer ce cortège pour le moins original et bruyant.

Les cavaliers, vêtus de superbes costumes argentés, stoppèrent d'un coup leur progression. Ils attendirent un signal de leur meneur puis, au coup de cor, plongèrent une main dans leurs bandoulières et projetèrent à la volée des graines. Les semences, en tombant sur le sol, se transformèrent instantanément en une multitude de fleurs.

Un peu partout, d'étonnants massifs fleuris sortirent de terre, et la foule se rua pour aller cueillir de la lavande, des marguerites, des pâquerettes, des œillets ou encore des bégonias de toutes les couleurs.

— Merci... merci ! criaient les gens qui avaient des bouquets de fleurs plein les bras.

La parade reprit sa route, vers la sortie de Lôy, sous un flot d'applaudissements.

Au niveau de la forge, le bas-côté n'avait pas échappé aux graines magiques. Il s'était transformé en parterre de capucines, et les enfants ramassaient avec jubilation de nombreuses fleurs.

Soudain, le porche de la bâtisse s'ouvrit et le forgeron Archibald Jarl apparut. Il s'étonna de voir toute cette végétation à ses pieds ainsi qu'un public de mômes devant son établissement.

— C'est quoi tout ce vacarme ? demanda-t-il.

— Il y a eu une parade avec des messieurs qui ont jeté des graines et il y a eu plein de fleurs, répondit une petite fille de six ou sept ans.

Le vieux forgeron plissa son front, accentuant encore plus ses rides profondes, et bougonna :

— C'est surtout la pagaille !

— Cela égaye et enjolive votre façade, répondit une maman en souriant.

Le vieillard fronça les sourcils et dévisagea le groupe.

— Et puis qu'est-ce que vous faites tous là ?

— C'est le jour des contes et des légendes ! reprirent en cœur les enfants.

— Pardi ! s'exclama Archibald Jarl. J'ai complètement oublié que c'était aujourd'hui le fameux après-midi où je devais vous narrer une de mes histoires.

— Non ! crièrent les mômes.

Le forgeron gratta ses cheveux hirsutes, en faisant mine de réfléchir profondément.

— Bon... bon ! Entrez bandes de petits garnements, annonça-t-il.

Dans des hurlements de joie, les enfants s'engouffrèrent dans le local principal de la forge suivis de leurs parents, puis s'assirent par terre en tailleur ou s'allongèrent là où ils pouvaient trouver de la place parmi les établis et outils. Archibald Jarl referma la grosse porte en bois massif, puis traversa solennellement la pièce en posant un regard intense sur chaque enfant.

Avant de commencer son récit, le vieux forgeron s'installa sur un rocking-chair et ferma les yeux.

— Qu'est-ce que je vais bien pouvoir vous raconter aujourd'hui ? dit le vieil homme d'une voix caverneuse.

— Des histoires de monstres ! hurla le jeune public.

— Ah... je connais une histoire avec une licorne, sourit Archibald Jarl.

— Nan ! s'époumonèrent les enfants excités.

— Hum... j'ai une anecdote avec une sirène à vous relater, renchérit-il sur un ton amusé.

— Non... on veut plein de monstres ! crièrent les mômes en tapant des pieds. Des monstres ! Des monstres.

Le vieux forgeron prit un air faussement vaincu et accepta.

— Bien... bien... petits garnements ! Je vais vous raconter un fait historique d'Angard avec de terribles créatures. Les plus immondes monstres que les hommes n'aient jamais connu jusqu'à présent.

Un profond silence s'installa dans la forge. Archibald Jarl se balança dans son fauteuil, puis entama sa narration :

— Il y a plusieurs siècles, Arguan, terre volcanique au sud de Pandorus et séparée des autres royaumes par un immense désert, était un lieu inhospitalier pour les hommes où cohabitaient difficilement et depuis des âges immémoriaux deux espèces différentes de dragons.

— Ooohhhh ! s'extasia l'auditoire.

Le forgeron lâcha un léger rictus.

— Dans les régions de l'est d'Arguan, une centaine de dragons noirs y avaient établi leurs repères. C'était des monstres dantesques aux écailles anthracite brillantes, de plus de cinquante pieds de haut, pourvus de puissants membres aux griffes acérées, de longues cornes au sommet du crâne et d'immenses ailes membraneuses rouge sang.

Les plus jeunes des enfants se mirent à trembler et se réfugièrent dans les bras de leurs parents. Cela sembla amuser le conteur qui continua son histoire :

— À l'ouest de ce territoire désolé, vivaient d'autres cracheurs de feu, bien plus petits que leurs congénères voisins mais trois fois plus nombreux qu'eux. Ces dragons-là avaient une peau rugueuse ocre. Ils étaient râblés, courts sur pattes et possédaient de toutes petites ailes écailleuses. Les deux espèces de dragons s'évitaient parce qu'elles se détestaient et étaient diamétralement opposées dans leurs projets ou objectifs d'harmonies vis-à-vis des autres terres d'Angard.

« Les dragons noirs, nommés les Arguannoirs, étaient belliqueux, vicieux et n'aspiraient qu'à la destruction des nations des hommes. Ces effroyables créatures nous considéraient comme des êtres inférieurs à eux ne méritant pas de vivre.

Le public, suspendu aux lèvres du vieillard, retint son souffle.

— Les autres cracheurs de feu, appelés les Arguanaunes, étaient pacifistes. Ils voulaient vivre en parfait accord avec les hommes et tous les autres peuples d'Angard. Afin d'éviter toute menace de guerre, chaque année, au solstice d'été, les dragons jaunes envoyaient un émissaire pour qu'il rencontre le doyen de la dynastie des Arguannoirs.

« Ce représentant des Arguanaunes avait pour mission de rappeler que les dragons jaunes défendraient toujours les peuples susceptibles de subir le joug des Arguannoirs. Grâce à ces interventions dissuasives annuelles, les dragons noirs ne firent jamais d'agressions envers les hommes ou les autres peuplades de créatures mythiques. C'est ainsi que la paix à Angard perdura durant des siècles et des siècles.

« Les cracheurs de feu se terrèrent dans leurs régions volcaniques et ne firent plus jamais parler d'eux. Les hommes, avec le temps, finirent par oublier l'existence des dragons. En fait, les Arguannoirs attendaient juste patiemment le moment opportun pour assouvir leur vengeance et prendre le pouvoir à Angard.

Princesse Ania - Menace sur Angard - Tome 1Où les histoires vivent. Découvrez maintenant