23. Joyeux Noel !

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Jenna,

Maison des Stone,

- Mon Dieu, Jenna ! Mais que fais-tu ici ? Tu ne devais pas venir ! Ton père te l'avait interdit !

L'accueille de ma mère me fait chaud au cœur. Comme vous l'avez deviné, c'est ironique. Je m'y attendais en réalité. Je regarde ma génitrice, admire sa beauté et sa grâce mise en valeur par sa robe à sequins dorés. Ses cheveux blonds sont remontés en un chignon élégant et son maquillage, plus prononcé qu'à l'ordinaire, fait ressortir ses yeux identiques aux miens mais bien plus froids. Je suis son portrait craché mais j'ai juré de ne jamais devenir si insensible. Surtout pas avec mes enfants !

- C'est Noël ce soir, Mère. Et j'aurais pensé que vous m'autoriseriez à le passer avec vous.

Ma voix est assurée mais c'est un piètre mensonge. Enfin, pas tout à fait. Je savais que mes parents ne voulaient pas de moi mais j'avais encore l'infime espoir, comme la bêta que je suis, qu'ils m'accepteraient à leur table. Apparemment, me voir passer Noel seule ne les gêne pas plus que ça. Sympa, hein ?

- Papa sera furieux ! persifle Meg dans sa stupide robe rouge et blanche digne de la mère Noel. Il te mettra dehors dès qu'il te verra !

Je jette un regard dédaigneux à « ma grande sœur ». Son sourire mauvais me donne envie de lui arracher le visage. Que ne donnerais-je pas pour passer à l'acte !

- Tu as fait exprès de venir, n'est-ce pas ? gronde Meg en me désignant du doigt. Juste le soir où nous avons des invités de marque, tu viens ici pour tout gâcher !

- Non, pas du tout. Je suis juste venue passer Noel avec ma famille.

C'est tout ce que je dis. Je garde une apparence calme et distante comme ils me l'ont enseigné à travers des méthodes peu orthodoxes, mais à l'intérieur, je suis meurtrie. Si ma mère et ma sœur me regardaient de plus près, elles verraient mes blessures sanglantes et s'en moqueraient en me traitant de petite fille faible.

Ne leur montre pas tes cicatrices !

Les paroles de James me reviennent. J'aimerais tant qu'il soit là, avec moi ! Je me sentirais bien moins seule. Mais il a prétexté ne pas avoir eu de permission de l'armée. Il ne voulait pas venir ici. Il est moins idiot que moi apparemment.

- Jenna !

Le hurlement de Charles, mon père, me fait sursauter. Au contraire, Meg est tous sourires. Je pensais que ma mère aurait la même expression que sa pimbêche de fille, mais non. Elle semble soudainement inquiète. Pour moi ? Oh non ! Ce serait trop beau pour être vrai. Elle doit certainement s'inquiéter de voir mon père taper une de ses crises de nerfs. Il a le cœur tellement fragile, le pauvre ! Curieusement, son cœur est bien plus costaud quand il a l'occasion de se taper sa secrétaire, la prof de yoga de ma mère et la femme de ménage des Stewart. Mais quand il s'agit de supporter la présence de sa fille non désirée le soir de Noel...

- Je t'avais strictement interdit de venir ici, jeune fille ! C'est une condition à ton train de vie !

- Vous rajoutez les conditions au fur et à mesure, Père. Dès que cela vous arrange.

- Petite peste ingrate ! Nous payons tes études, ta voiture ! Nous te versons des sommes plus que généreuses sur ton compte et tu me remercies en cherchant à m'humilier ?

C'est ce qu'il me dit à chaque fois que je mets les pieds dans cette maison et que j'ai le malheur de tomber sur lui. Vous vous dites que je suis stupide d'essayer à tout prix de passer les fêtes auprès de ma famille qui me déteste ? Vous avez raison. Mais que voulez-vous ? Voir mes Thêtas heureuses de retrouver les leurs, de découvrir leurs cadeaux au pied du sapin, de se gaver de nourriture délicieuse et raffinée, m'a donné envie d'essayer. D'essayer de me faire accepter. Je le regrette en cet instant.

Ne me résiste pasOù les histoires vivent. Découvrez maintenant