Chapitre 2

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Ce n'est qu'une fois arrivé à la maison que je consentis enfin à parler. Entre deux bouchées de crêpe au nutella, (miam !), j'expliquai en détail à ma mère ce que j'avais appris en cours d'informatique. Je voyais bien à sa tête qu'elle n'y comprenait strictement rien mais l'étincelle de fierté et d'admiration qui brillait dans son regard me faisait chaud au cœur et m'encourageait à poursuivre. Puis je lui fis part de mes notes, de mon point de vue sur l'actualité et pour terminer lui parlai des revues quasi-scientifiques que M. Manéchal m'avait données, lui rapportant ce qu'il avait dit à propos de mon orientation. A ce moment-là, maman se contentait de m'écouter en silence, hochant la tête de temps en temps, un petit sourire triste sur les lèvres. L'étincelle dans ses yeux avait disparu, remplacée par une espèce de crainte ou de frayeur. Je savais bien qu'elle aurait préféré que je lui parle avec insouciance, comme n'importe quel garçon normal de mon âge, de tel ou tel nouveau jeu vidéo qui venait de sortir, de mes délires avec mes potes ou même encore de filles. Mais je n'y pouvais rien, j'étais comme ça et pas autrement et voilà tout. Un peu comme un gamin qui aurait grandi trop vite, laissant ses cubes et ses peluches à l'âge de huit ans pour s'intéresser à la politique au lieu des cartes pokémon. Et si j'aimais parler de sujets plutôt sérieux ou scientifiques, ce n'était pas un crime. Mes parents avaient toujours eu des difficultés à me comprendre mais je ne leur en voulais pas, ils m'avaient fait tel que j'étais. Ça ne devait pas être facile, voire carrément difficile d'élever un gamin surdoué lorsque l'on n'était pas psychologue ou qu'on en était pas un soi-même. Ma mère avait bien tenté de s'intéresser aux neurosciences et autres mais bon... Elle, sa spécialité, c'était le comportement animal alors tout ce qu'elle pouvait faire, c'était comparer mon esprit à celui des rats mutants. C'était sans doute à cause de mes nombreuses difficultés que je n'avais jamais eu de frères et sœurs. Pourtant, lorsque j'avais six ou sept ans, je me souviens que mes parents parlaient d'avoir un autre enfant. Puis il y avait eu ce rendez-vous chez la psy et... ma vie avait irrémédiablement changé.

Mon goûter terminé, je demandai la permission à ma mère de me retirer dans ma chambre pour lire un peu. Elle y consentit mais pas sans m'avoir au préalable averti :

- « Euh, Mathis !... Ne travaille pas trop quand même, d'accord ?

- Non m'man, t'en fais pas... » répondis-je en lui adressant un petit sourire qui se voulait rassurant.

C'était bien la seule mère du monde à recommander à son fils de terminale de ne pas trop travailler ! Certains autres auraient adoré mais moi ça me culpabilisait plus qu'autre chose. Je ramassai les revues éparses sur la table et déposai un léger baiser sur sa joue gauche. A son tour elle m'adressa un sourire toujours empreint de tristesse, mais je la sentais quelque peu rassérénée. Me saisissant de la sacoche contenant mon ordinateur portable au passage, j'escaladai quatre à quatre les escaliers menant à l'étage supérieur. Je parcourus le couloir à grandes enjambées et poussai la porte de mon sanctuaire.

J'affectionnais particulièrement ce moment où, après une semaine de vie en communauté avec Quentin, son haleine de cheval et son odeur de fauve, dans notre minuscule chambre à l'internat, je retrouvai la mienne. Mon « colocataire » et moi étions sans cesse en train de nous disputer pour un nanomètre d'étagère en plus ! Grande et lumineuse, avec un vrai lit et un bureau rien qu'à moi, ma chambre était le seul endroit au monde où je me sentais parfaitement bien, chez moi, à ma place. Mais ce que je préférais par-dessus tout, c'était la grande bibliothèque croulant sous des tonnes de livres d'heroic fantasy, plus passionnants les uns que les autres.

Je déposai les magazines sur ma table de nuit et l'ordinateur sur mon bureau avant de pousser un soupir d'agacement. J'aurais aimé pouvoir m'étendre directement sur mon lit moelleux et débuter ma lecture mais je ne savais plus où j'avais mis mon carnet de note. Sans lui, je n'étais rien. C'était un vieux carnet en cuir patiné dans lequel je retranscrivais toutes les informations, impressions, pensées, etc... relatives à mes lectures. Je ne pouvais entamer ces revues remplies d'informations utiles sans prendre en notes certaines dont je pourrais avoir besoin par la suite. Rah ! Bon sang ! Mais où avais-je bien pu mettre ce fichu carnet ?! J'avais beau farfouiller partout dans les feuillets se trouvant sur mon bureau, rien à faire. J'étais fatigué et sur le point de renoncer à mes recherches avec ou sans livret. Ah ! Ce que j'aimerais qu'il soit là, sur mon lit ! pensai-je rageusement. A ce moment précis j'entendis un violent claquement dans mon dos et un objet passa en sifflant au-dessus de ma tête. Que cela cela pouvait-il bien-être ? Je me retournai dans la direction d'où il provenait et, stupéfait, je vis avec une horreur indicible mon tiroir de table de nuit se refermer tout seul. Hein, quoi ?! Mais que se passait-il ? Un bruit sourd, du côté de mon lit cette fois, me força de nouveau à faire volte-face. Il était là, immobile, en plein milieu de ma couette. Mon carnet était là, à la place exacte où je l'avais souhaité ! Il y avait de quoi devenir fou pour moins que ça ! L'avais-je déplacé comme ça, Pffiioooutt !, par la pensée ? Non... c'était impossible ! Quoique ? Ou... Ou alors j'étais tout simplement plus fatigué que je ne le pensais. Oui... oui, oui, c'était forcément ça. Je décidai donc de me plonger sans plus attendre dans une séance de lecture reposante. Avec mon carnet bien sûr ! Histoire d'oublier cet étrange et néanmoins terrifiant événement. J'enlevai mes chaussures et m'étendis sur mon lit avec mes magazines.

GENIUS - Tome 1 : TrahisonsDes histoires addictives. Découvrez maintenant