chapitre 8

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Il y a des moments ou on aimerait revenir en arrière, et tenter d'effacer de notre vie les actes qu'on aurait fait. J'étais dans une pareille situation.

J'aurais aimé ne pas avoir à réaliser que je venais de forcer la serrure d'un endroit ou je n'avais pas posé les pieds depuis l'age de sept ans.

Quelques rayures de lumière pénétraient par les revèbres de la fenêtre aux persiennes baissées, éclairant faiblement la pièce. Une odeur de bois verni régnait en maitresse des lieux et on n'apercevait rien à travers l'épaisse pénombre.
Je m'avançai et allumai la lumière, dont la clarté m'aveugla dans un premier temps.

Le bureau en bois vernis de mon père se tenait là, bien mis en évidence, méticuleusement rangé, dont la surface lisse et brillante acceuillait néanmoins quelques grains de poussière qui s'y étaient déposés depuis le départ de mes parents.
Le silence était tellement lourd que j'avais l'impression de crouler sous un poids imaginaire. L'air sentait le renfermé et les documents.

Je promenai mon index sur le bureau, et celui-ci se salit aussitôt de poussière. Je l'essuyai sur ma veste et contemplai la pièce en ressentant un pincement au coeur. La froideur régnante me fit frissoner, et l'endroit me rappelait plusieurs souvenirs indésirables.

Émergeant finalement de ma léthargie momentanée, je me précipitai vers les tiroirs du bureau, et ouvrai chacun d'eux avec colère. Leur contenu était aussi innocent et insignifiant que celui d'un tiroir de bureau ordinaire. Mais je connaissais bien mon père. Et je connaissais ses préférences en matière de sécurité.

Finalement, bien qu'en vidant tout le contenu des tiroirs, mes trouvailles se résumèrent à des stylos, d'innombrables crayons à mine, et des documents témoignant des nombreuses actions achetées des compagnies de mon père.

Cela n'a aucun sens.
Pourtant, j'étais sûre d'être sur la bonne piste, j'étais sûre de trouver quelque chose d'intéressant en ce lieu.
Je continuai mes recherches, farfouillant partout, allant jusqu'à causer un bordel monstre dans le bureau de mon père, auparavant si bien organisé.

Épuisée, je m'assis lassivement sur un des luxueux fauteuils qui faisaient face au fameux bureau. Mes yeux convergèrent vers un buffet éternellement fermé, dont je n'avais jamais vu le contenu. J'essayai de l'ouvrir, sans résultat. Je retournai expressément vers le tiroir du bureau et en retirai une clé forgée. Au moment où je m'accroupissais de nouveau près du buffet et où la clé se dirigeait d'elle-même vers la serrure, ma conscience me rappela à l'ordre: la curiosité est un vilain défaut...
Pour une fois, je l'ignorai.

Le contenu du buffet était vieux. Non, vieux était le moins que l'on pouvait dire des tas de dossiers aux bouts frippés qui s'y entassaient. Ces dossiers semblaient avoir vécu la guerre, si ce n'est le délai de mon père.

Les papiers froissés semblaient causer un vacarme insoutenable entre mes mains dans le silence de l'endroit. J'allais me lever, quand, plus au fond, j'aperçus un tas de papiers plus récents. Ils ne dataient pas : c'était évident. Je m'en saisis, et à peine allais-je m'informer de leur contenu que des pas résonnèrent dans le couloir.
Si on me surprenait, ce serait la fin.

Heureusement, le bruit des pas s'éloigna assez vite, car apparemment, on demandait la domestique en cuisine. Je quittai le bureau, en prenant garde d'emporter avec moi les papiers pour pouvoir les étudier. Cependant, en m'éclipsant derrière la porte, j'aperçus une paire d'yeux gris m'épier depuis les fenêtres. Je regagnai l'endroit et vérifiai les environs.
Rien.
J'ai sûrement dû rêver.
J'abaissai les rideaux, la pièce retrouvant ainsi son état sombre initial, puis me faufilai avec discrétion par l'entrebaillure de la porte.

SHYOù les histoires vivent. Découvrez maintenant