Le fou. Voilà le mot qui me qualifie le mieux, je crois, depuis mon entrée dans cette école. Seul un fou pourrait aimer un monstre. Pourtant, le monstre, je le connais depuis de nombreuses années déjà, et je l'aime quand même.
Je ne suis pas le seul à avoir sombré dans la folie cette année. Poudlard et le reste du monde sorcier ont plongé dans une sorte d'hystérie béate. J'ai toujours admiré la faculté qu'ont les gens, moi le premier, à détourner le regard, à attendre les coups sans répliquer alors même qu'ils savent qu'ils vont venir, comme ces animaux plantés droit au milieu des routes moldues, éblouis par la lumière des phares, qui attendent de voir la mort les faucher sur place.
Ce n'est pas une critique : je ne suis ni meilleur ni pire que tous ces gens qui ont laissé faire pendant que Vous-Savez-Qui s'emparait lentement mais sûrement du pouvoir. Pendant un temps, j'ai même nié l'évidence moi aussi. Je suis le fou, vous vous souvenez ? Bercé par l'incrédulité rassurante de ma mère, j'ai refusé l'inévitable, j'en ai même voulu à mon ami d'enfance, cet Elu qui voulait nous forcer à ouvrir les yeux sur une vérité déplaisante...
Personne n'aime la vérité. Personne n'aime celui qui l'apporte. Alors oui, durant ma cinquième année, je me suis détourné d'Harry, de la réalité, de Voldemort, je me suis détourné de la guerre. Mais je n'ai jamais tourné le dos au monstre.
Aujourd'hui, nous sommes le 1er mai 1998. Cette année fut difficile sur bien trop d'aspects pour pouvoir les décrire. J'ai partagé les murs si familiers de Poudlard avec une bande de Mangemorts. Je les ai vus enseigner la magie noire, et torturer les élèves qui refusaient de s'y soumettre. J'ai vu des camarades autour de moi organiser la résistance, Ginny Weasley en tête, et je me suis rangé dans leurs rangs avec la conscience modeste de ne pas être un leader, d'être né pour suivre. Ce n'est pas grave. Il n'y a pas de mal à être un suiveur. Sauf lorsque celui que l'on veut suivre est un monstre.
Je suis Seamus Finnigan. Toute cette année, alors que le monde sorcier sombrait dans le chaos, je n'ai vécu que dans une seule crainte, plus forte que la guerre ou la peur de mourir, plus forte que ce climat ambiant qui ne trouvait pas de prise sur moi.
J'avais peur pour Dean.
Je connais Dean depuis notre premier jour à Poudlard. Depuis le Poudlard Express, en fait. Je me suis assis à côté de lui dans le train, et j'ignore si le hasard ou des forces plus sombres ont voulu que mon sort se lie au sien ce jour-là. Tout ce que je sais, c'est qu'il m'a plu, dès le premier regard. Je n'avais que onze ans, et je venais de perdre mon innocence alors même que je pénétrai dans ce wagon. J'étais projeté dans un monde qui me forçait à assumer une sexualité que je ne comprenais pas, que je ne voulais pas...
A l'époque, j'aurais dû me rendre compte que Dean venait lui aussi de voir tout au fond de moi. Et qu'il avait trouvé en moi sa victime favorite. Tout au long de nos années d'adolescence, je l'ai laissé se jouer de moi, de l'attirance qu'il m'inspirait, déployant des trésors d'imagination pour me contrôler, me manipuler, m'humilier, m'infliger la souffrance de sa popularité et de ses relations publiques avec des filles parmi les plus belles de Poudlard...
Je connais Dean, je le connais depuis ce fameux jour de première année où il m'a embrassé dans un placard à balai, pour ensuite me dire qu'il se foutait de moi. Je le connais depuis que j'ai vu Ginny Weasley mourir doucement entre ses doigts, et tant d'autres avant elle, toutes brûlées par la morsure du scorpion. Personne d'autre ne le voit, mais moi, j'ai cette malédiction et ce privilège. Dean me l'a accordé à moi seul pour me faire souffrir davantage sans doute, si c'est possible, comme on donne à son esclave favori le droit d'être complice de ses crimes.
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Les Jeux du Sort
FanfictionTarot divinatoire : 22 cartes, 22 destins, 22 personnages. Une réécriture du tome 7 au prisme de la guerre, de la beauté, des triomphes et de la mort, de la fatalité... et de l'amour, peut-être ? (Suite de "Zodiaque").
