▶️ RÉÉCRITURE DE LA SÉRIE 1/4
Milah travaille dans une agence immobilière depuis quelques années et enchaîne les ventes sans soucis. Le seul hic, le boss. Jérémie Duval, la trentaine, plutôt sexy, et surtout marié, qui lui fait du rentre dedans sans...
Depuis quelques jours, il y a une ambiance dégueulasse à Come Home. Jérémie est exécrable au possible malgré les signatures qui s'enchaînent. Elles sont bien loin les vacances relaxantes à la mer. Qui aurait cru qu'après à peine un mois, tout ici serait pire qu'avant, Vanessa en moins par-dessus le marché. Lui qui devait ouvrir une autre agence à Ozoir, il passe ses journées ici sans rien faire, à grincer des dents sans cesse et à malmener son petit personnel. Si un jour on m'avait dit qu'il pouvait être pire qu'avant, je ne l'aurais pas cru.
— Milah ! Dans mon bureau ! ordonne-t-il en fin de journée.
Tiens, qu'est-ce que je disais ?
Tristan et Patrice me regardent en biais, comme pour me souhaiter bonne chance. Je me rends donc dans l'antre du Monstrueux Duval à tâtons. J'aurais même carrément dû amener un bouclier et un casque pour me protéger. On ne sait jamais dans quel état on va ressortir de son bureau en ce moment. Je me demande encore quelle bête l'a piqué celui-là. Une chose est sûre, je le soupçonne d'être en manque cruel de cul depuis le départ de l'autre grognasse. Faudrait peut-être qu'il songe sérieusement à se vider les burnes au lieu d'être à ce point casse-couilles.
— Un problème ? demandé-je en passant la porte.
— Ferme derrière toi, lâche-t-il sans aucune politesse.
S'il te plaît ? Merci ?
Nan, je dis ça, je dis rien...
Je m'exécute et attends ma sentence en fermant la bouche. Je ne vois pas bien ce qui peut le mettre dans cet état, et je ne pense pas avoir fait de boulette. Hormis tomber amoureuse de mon Escort Boy évidemment. Quand j'y pense, il va me falloir des années de glace au café, de pizzas qui fouettent et de films de chialeuse pour tenter de l'oublier. Jamais de ma vie je n'aurais pensé tomber raide dingue d'un mec sortant tout droit de mon ordinateur. Je ne regrette pas une seule seconde cette semaine passée à ses côtés, elle était de très loin la plus parfaite de ma vie. En revanche, je regrette juste les circonstances de notre "rencontre". Dans un tout autre contexte, peut-être que l'idée d'un vrai couple entre nous aurait pu être possible. Un mois que je lui ai dit adieu, j'espère qu'il est heureux avec ce nouveau départ et qu'il profite enfin de la vraie vie sans plus aucun contrat. Je me dis que j'ai de la chance d'avoir été sa dernière cliente, je sais que chaque fois qu'il se rappellera toutes ces années d'escort, il pensera à moi. Ça me réconforte un peu, même si je suis consciente que je risque d'être malheureuse un bon bout de temps. Moi qui voulais avoir le cœur brisé, j'entrevois maintenant toute l'étendue de la douleur qu'un chagrin d'amour peut créer. Je suis sans doute ridicule. Qui peut dire "tomber amoureux" en quelques jours ? Apparemment, j'en suis capable...
— Faut qu'on parle, balance Jérémie, me sortant de mes pensées dirigées vers Eliott.
— Je t'écoute.
Duval se lève de son fauteuil et vient me rejoindre entre la porte et son bureau. Son visage tout près du mien, je me sens immédiatement mal à l'aise et attaquée. Va vraiment falloir qu'il arrête de faire ça !
— Ça ne peut plus durer comme ça...
— J'ai fait une erreur ? dis-je surprise et perdue à la fois, tout en reculant d'un tout petit pas.
— On va devoir s'arrêter là, lance-t-il.
— Arrêter quoi au juste ? demandé-je en sentant mes joues rougir.
Putain, je le sens mal !
— Ca fait un mois que je t'ai donné ta putain de promotion, et toujours rien !
— T'abuse quand même, fais-je outrée. On bosse super bien en ce moment ! Je ne vois pas où est le problème...
— Le problème ? rit-il tout en diminuant la distance qui nous sépare. Le problème, c'est que je pensais comme un con que tu baisserais ta garde une fois que tu aurais eu ce que tu voulais, avoue-t-il en me fusillant du regard. J'ai fait ton putain de test ! J'ai attendu comme un petit toutou bien sage !
— Merde, j'ai peur de comprendre... T'as cru sérieusement que je m'allongerais après avoir eu la promotion ?
Alors là, c'est le pompon !
— J'ai fait ce que tu voulais, non ? Et qu'est-ce que j'obtiens ? Aucune reconnaissance ! Rien, que dalle !!
Ce connard mange directement ma main dans sa gueule.
Ah bah, au bout d'un moment, fallait s'y attendre.
— Va te faire foutre ! T'es vraiment qu'une merde ,Jérémie ! T'as qu'à me virer si ça te fait plaisir, au pire je démissionnerai. Et t'as bien de la chance que je ne te fasse pas chier pour harcèlement sexuel ! Va baiser ta femme sale con ! Et puis si elle ne veut pas de toi, achète-lui une nouvelle voiture et peut-être qu'elle acceptera de s'allonger !
Je me dirige vers la porte, déterminée à quitter cette boîte à pervers.
— Connard ! crié-je en claquant la porte.
J'aurais dû le voir venir avec ses grands sabots celui-là. Il a juste essayé de m'acheter comme il sait si bien le faire. Ses belles paroles pourries et ses déclarations à deux balles : de la merde comme tout le reste.
— Tout va bien ? me demandent les gars assis à leurs bureaux.
— Désolée les mecs, j'me casse. Bon courage avec Pervers Man ! Je passerai un autre jour pour ramasser mon bordel. Quand il ne sera pas là de préférence.
Tristan me fait un signe de tête, l'air inquiet. Il me dit ensuite qu'il me préviendra quand la voie sera libre.
Je me dirige vers mon bureau et prends le dossier Brunet/Langlois, la signature définitive aura lieu demain et je ne peux pas les laisser comme ça.
— Tiens Tristan, j'te laisse gérer ça pour moi, dis-je en lui donnant le dossier en question. Allez salut !
Je sors de Come Home avec le cœur qui palpite à trois mille et la main qui brûle à cause de la baffe que j'ai envoyée à Jérémie.
Bah voilà, Milah Laurent, presque vingt huit ans, célibataire au chômage : la vie est magnifique !
Il y a un mois, ce n'est pas ainsi que j'envisageais mon retour. J'ai naïvement pensé que tout reviendrait à la normale, avec des responsabilités en plus. Mais c'est pire que tout ce que j'aurais pu imaginer. Rien ne va ! Si j'avais su que ça se terminerait ainsi, je me serais éviter une peine de coeur et le frôlement du découvert à la banque. Quel connard !!!
J'ai même du mal à réaliser. Come Home, c'est terminé. Comme le reste...
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Faut voir le point positif de toutça : on dit ciao à Ducon Duval une bonne fois pour toute !