▶️ RÉÉCRITURE DE LA SÉRIE 1/4
Milah travaille dans une agence immobilière depuis quelques années et enchaîne les ventes sans soucis. Le seul hic, le boss. Jérémie Duval, la trentaine, plutôt sexy, et surtout marié, qui lui fait du rentre dedans sans...
Enfin rentrée à la maison, j'appelle ForzaPizza et commande une pizza avec des lardons bien gras, des petits oignons, du reblochon qui pue et de la crème qui dégueule. La meilleure ! De toute façon, il n'y a personne qui va venir se plaindre de ma mauvaise haleine ou de ma façon de me nourrir alors je m'en tape le coquillard ! Envoyez le fromage qui fouette ! C'est vrai quoi ? Il n'y pas de mal à se faire plaisir. Et mon plaisir à moi, c'est la bouffe. Depuis toute petite d'ailleurs. Ce qui m'a valu un léger surpoids durant le collège. Et on le sait toutes, les collégiennes populaires raffolent des petites meufs avec un ou deux bourrelets, des spots sur la face et les bagues aux dents. Elles se sentent supérieures, bien dans leurs shoes, admirées par les bad boys de la récré. C'est dingue le nombre de conneries qu'elles peuvent débiter sur une personne qu'elles ne jugent pas à leur hauteur. Enfin bref... Une fois au lycée, j'ai évité d'abuser des cochonneries. J'ai la chance qu'aujourd'hui, avec mon train de vie à deux milles à l'heure, je peux ingurgiter ce que je veux, ça ne se voit pas. Maintenant, je ne me trouve ni laide, ni belle à tomber le cul par terre, mais je m'accepte. En réalité, c'est tout ce qui compte : que je me sente bien tel que je suis. Et personne n'a le droit de me faire douter de ça. On peut me trouver moche, trop maigre, trop grosse, trop sauvage, trop timide ou trop je ne sais quoi, je m'en contrefous.
Ma livraison arrivera dans une heure, ce qui me laisse largement le temps d'aller prendre une bonne douche. Mais avant, je vire mes talons d'un geste gracieux et sensuel. Ce qui veut dire dans mon langage : lancé de jambe à la perpendiculaire. Atterrissage de la chaussure en toute discrétion : badaboum contre la table, lampe qui tombe, strike. Ah bah je suis peut-être douée en maths depuis le collège, mais il faut bien se l'avouer, le sport et la gymnastique, ce n'est pas vraiment ma came. J'ai toujours été une catastrophe dans ces machins-là, alors ce n'est pas à vingt sept balais que ça va changer. Faut rester réaliste. Oui et la grace ce n'est pas non plus mon fort en y pensant. Décidément, j'ai tout pour plaire, un langage peu glorieux, une haleine qui sent bon la montagne et la délicatesse d'un camionneur. Pas étonnant que je sois encore célibataire ! #looseuse ! Pas étonnant que je n'ai pas trouvé pantoufle à mes orteils.
Je sors de la salle de bain plusieurs minutes plus tard, une serviette enroulée dans mes cheveux bruns, un masque noir au charbon sur la face et un peignoir rose méga sexy sur le dos. De toute façon, comme j'ai dit, je n'ai pas de mec et personne n'ira me dire que j'ai une dégaine à chier. Ah oui ! J'ai oublié de préciser que j'avais aussi mis mes grosses chaussettes montantes de Noël. So sexy même en été ! La tenue parfaite d'une célibataire qui va passer la soirée toute seule devant l'ordi avec sa pauvre pizza et un programme douteux à la télé.
Mais j'aime bien le célibat. On se console comme on peut... Personne pour me faire chier à la maison, j'ai largement ma dose au boulot. Personne qui ronfle et qui m'empêche de dormir. Personne pour se plaindre de ma tenue, de ma façon de cuisiner, ou même de ma mère. Pas de matchs de foot de merde à supporter, ni de soirées bières entre "couilles". J'ai essayé hein. Mais il n'y a rien à faire. Je ne suis jamais tombée sur LE mec parfait qui vous fait rêver toute la vie. Alors je me fais rêver toute seule quoi. Escort, chaussettes et pizza.
Sentant ma tronche brûler un instant plus tard, je me souviens alors que j'ai toujours mon masque au charbon sur le visage. J'ai plutôt intérêt à aller le retirer vite fait si je ne veux pas avoir la gueule cramée au troisième degré. La moitié du masque enlevé, on sonne à la porte. Merde la pizza ! Je me regarde dans le miroir avec un côté noir et un côté un peu rosi, signe avant coureur de ma brûlure imminente. Oh et puis merde ! Je sors de la salle de bain avec ma tête bicolore et pars ouvrir la porte. Au point où j'en suis... La honte ne tue pas il parait.
— Bonsoir ! dis-je gaiement après avoir ouvert.
— Bon... soir... fait le livreur, sûrement choqué que je l'accueille ainsi.
— Tenez, quinze euros, gardez tout, annoncé-je en lui tendant les billets d'une main et m'emparant de la pizza qui se trouve dans la sienne ensuite. Bonne soirée ! dis-je avec un grand sourire en deux teintes.
— Bonne... soirée, répond-il alors que je ferme la porte.
Bon bah, ça aurait pu être pire non ? Ouais d'accord, il a buggé. Mais je n'ai pas eu à le ramasser par terre ni un truc du genre. Il a dû en voir d'autres le petit livreur. Qu'il soit content que je ne l'ai pas accueilli à poil avec deux capsules de bières sur les nibards ! Allez ! À moi la pizza !
Je fonce à la cuisine pour couper mes huit parts de bonheur quand je vois mon reflet dans le four. Merde, mon masque ! Je termine mon découpage et retourne à la salle de bain pour effacer les traces du crime qui ont ravagé ma façade. C'était moins une ! J'espère qu'après une bonne nuit, il n'y aura plus ses marques qui commencent à rougir. C'est que ça chauffe ce machin !
Une fois installée dans le canapé, mon ordi portable sur les genoux, ma pizza à ma droite, mon verre de Fanta sur la table basse et Joséphine ange gardien à la télé, je me lance enfin. Putain, on dirait ma mère ! Je chasse vite cette pensée de ma tête et allume mon ordinateur. J'ai tout de même mieux à faire que de regarder Madame claquer des doigts !
Allez c'est parti ! Mission réservation !
J'attrape ma télécommande et lance Netflix. Rien que le générique m'a donné la nausée. J'envoie donc un film que j'ai déjà vu trente six fois, histoire de rester concentrée sur ma tâche. Aux chiottes Joséphine !
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