Prince Arthur

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Il fait un temps à faire pleurer les roses.

Dessous la cape sombre du jour qui s'étale sur mon Monde, je traîne comme un pantin abasourdi dans les quelques méandres des rues. Le ciel est froid, le temps gelé, les rues glacées. J'ai la peur au ventre, pourtant j'avance encore – sans avoir jamais su vers où.

De verdure sur mon chemin, je n'en vois que des boîtes de conserve roulantes, des amalgames de tours carrées qui jonchent l'horizon, des années de goudron allongées sur la route. Et la pluie toujours, qui frappe, qui bat chacune des foulées de la Terre.

Les roses perdent leurs pétales – bien sûr, elles gardent l'épine – dans le désespoir environnant. La Beauté s'est levée, puis s'en est allée : la jambe de Rimbaud peut-être, n'était pas assez. Qu'en sais-je ? Je ne prétendrai jamais pour lui.

Il était beau je m'en souviens, la lumière bleue dans ses yeux. Je l'ai vu j'en suis sûr : j'étais là où il était, et j'en suis tombé amoureux. Ce ne peut être autrement : que serai-je sans lui, si je ne l'avais jamais connu ? Un piètre fou, qui se rêve à ses côtés...

Je l'ai entendu me lire chacun de ses poèmes. J'en ai connu par cœur, et j'apprends ceux que j'ai oubliés. J'ai tenu sa main lorsque la saison était à l'enfer, j'ai enfreint ses lèvres au printemps – je les embrassais sans cesse.

S'il pleuvait sur Paris, c'était la lumière. Mais le cœur jaloux ne pleurait que des ombres. Ah ! bien idiot qu'il était, s'il a cru qu'il l'aimait. Je n'en doute plus : nous nous aimions ! Mais il ne l'a jamais su.

Combien avons-nous ri ? Que ne nous sommes pas dit ? Sûrement encore, tant de milliers de poésies. Que n'avons-nous pas écrit ?

S'il n'était qu'un rêve, ma vie est un cauchemar. Je serais, sans lui, un non-sens. Tant amoureux que je suis de celui qui méprise l'amour, son poison m'a pourtant béni.

Et puis les roses se sont mises à pleuvoir. Les épines griffaient les fenêtres. Et mon amour n'était plus qu'un souvenir, un livre à dévorer à chaque instant... une perfection d'antan qui faisait naguère, des jardins de pluie des roses... des proses.

Arthur c'est en amour, mon Inconnu, que je viens déposer quelques mots

quand bien même nul ne puisse égaler ton talent

– Ô, Beau Rimbaud –

pour rêver un peu d'avoir été à ton temps... ton amant.

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